à la conférence annuelle de Chicago, de nouveaux espoirs dans la lutte contre le cancer du poumon

Des résultats très prometteurs contre plusieurs formes de cancer du poumon ont été annoncés dimanche à l’Asco, où se réunissent jusqu’à mardi 35 000 oncologues du monde entier.

Article rédigé par

franceinfo – Florence Méréo, envoyée spéciale à Chicago (États-Unis)

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Valérie Montagny (à droite), présidente de l'association cancer du poumon ALK+ France, et Anne-Laurence Coursier (à gauche), membre de l'association, lors du congrès Asco 2024 à Chicago (États-Unis).  (FLORENCE MEREO / FRANCE TÉLÉVISIONS)

En posant ses valises à Chicago, Valérie Montagny rêvait d’une bonne nouvelle. Dans les immenses allées de la conférence annuelle sur le cancer (Asco), elle a récolté plus que prévu. A 57 ans, dont sept luttent contre la maladie, ce président d’une association de malades du poumon est l’un des rares invités d’honneur de cette grand-messe de lutte contre le cancer, qui se tient du 31 mai au 4 juin. « Je suis là pour porter la voix des patients. C’est à chacun d’eux que je pense quand je vois les annonces positives s’accumuler, à l’espoir que cela va susciter »elle explique.

Il ya quelque chose. Cette année, la moisson scientifique est plus que bonne dans le domaine des tumeurs thoraciques. Deux études, présentées dimanche 2 juin, ont même fait sensation lors de la très sélective séance dite « plénière » du congrès, où des avancées majeures ont été discutées. Une sorte de Saint Graal.

Parmi les médicaments qui vont changer la donne, il y a notamment l’immunothérapie. Il a été administré à des patients souffrant d’une forme très agressive de cancer du poumon, le cancer à petites cellules (SCLC), largement imputable au tabac. Le chanteur Florent Pagny avait notamment déclaré dans la presse souffrir de ce type de tumeur.

Administrée après l’association de traitements de chimiothérapie et de radiothérapie, cette immunothérapie réduit le risque de décès de 27%, a-t-on appris dimanche. Plus révélateur encore : 56 % des patients sont encore en vie trois ans après leur diagnostic, contre 47 % auparavant, soit une augmentation de la survie globale de près de 10 %. « 10 % ça paraît peu, mais à l’échelle de la cancérologie, c’est colossal ! commente le docteur Maurice Pérol, chef du service d’oncologie thoracique au Centre Léon Bérard, à Lyon.

« Cela signifie que nous espérons guérir 10 % de patients en plus. Face à un ennemi redoutable, ça compte.

Maurice Pérol, chef du service d’oncologie thoracique au Centre Léon Bérard

à France Télévisions

De mémoire du médecin, il n’y avait pas eu de tels progrès dans cette forme de la maladie depuis vingt-cinq ans. Injectée une fois par mois pendant deux ans au patient, l’immunothérapie entraîne le système immunitaire à identifier les cellules cancéreuses et à les détruire. En France, 2 000 patients – sur les 52 000 nouveaux cas de cancer du poumon chaque année – pourraient être éligibles à ce traitement. Bonne nouvelle au vu des chiffres acharnés : le cancer du poumon est la première cause de décès par cancer dans le monde et en France. Une personne meurt toutes les vingt minutes.

Au McCormick, le grand palais des congrès de Chicago, un autre traitement est également à l’honneur. Cette fois, il s’agit d’une thérapie ciblée qui porte ses fruits dans une autre forme de cancer du poumon, celui provoqué par une mutation dite de l’EGFR. On parle couramment de cancer « des non-fumeurs », dont le développement est suspecté de contribuer au développement de la pollution aux particules fines.

Pour celui-ci, l’immunothérapie n’est pas efficace. L’étude présentée dimanche montre en revanche une réduction considérable du risque de rechute chez les patients ayant reçu la thérapie ciblée – sous forme de comprimés – après leur chimio et radiothérapie. Deux ans après leur diagnostic, 65 % des patients ayant reçu le traitement ciblé n’ont pas rechuté, contre seulement 12 % des patients ayant reçu le protocole standard. « Un traitement ciblé bloque la protéine responsable du cancer, c’est très encourageant » observe le docteur Maurice Pérol, qui estime à 600 le nombre de patients français qui pourraient bénéficier du traitement.

« Pour les patients, tous ces mois gagnés sans rechute, cela signifie moins de temps à l’hôpital mais plus, beaucoup plus, avec leur famille, leurs enfants. Plus de temps à voyager, à faire des activités, à vivre normalement », liste Valérie Montagny, les yeux bleus émus devant le lac Michigan qui entoure la ville américaine.

Ni elle ni Anne-Laurence Coursier, une autre patiente de 47 ans ayant fait le déplacement, ne sont éligibles à ces traitements, mais elles n’en restent pas moins convaincues : « Cela met en lumière les formes mutées qui touchent beaucoup les jeunes, les femmes, les sportifs, et dont on parle trop peu. Et cela montre que plus rien n’est impossible.

Ce n’est pas le professeur Nicolas Girard, onco-pulmonologue à l’Institut Curie, à Paris, qui va les contredire. Il vient de sortir d’une séance où a été démontrée l’efficacité d’un médicament ciblé contre une autre forme très spécifique de cancer (appelé ALK), avec près de 60 % des patients encore en vie cinq ans après le diagnostic de leur maladie.

« Cet Asco 2024 montre enfin que tous les sous-groupes de cancer du poumon sont couverts par un médicament, voire deux. Et c’est nouveau.

Nicolas Girard, onco-pulmonologue à l’Institut Curie

à France Télévisions

Il y a dix ans, lorsqu’il était jeune médecin, seuls 5 % des nouveaux patients étaient encore en vie cinq ans plus tard. « Aujourd’hui, nous en sommes à 15, voire 20 %. Guérir du cancer du poumon n’est plus un fantasme, il dit. Réalisez-vous ce que cela signifie pour les malades et pour nous qui soignons ?