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A l’église des Trinitaires d’Arles et au château d’Oiron, Noémie Goudal montre la destruction de la nature

Noémie Goudal a exposé simultanément aux Rencontres de la photographie d’Arles (Bouches-du-Rhône), seule dans la vaste église des Trinitaires, et, d’autre part, au Château d’Oiron (Deux-Sèvres), dans l’exposition collective « L’horizon des événements ». Dans les deux cas, l’artiste, né en 1984 à Paris et diplômé du Royal College of Arts de Londres en 2010, présente des œuvres très récentes qui puisent dans la photographie, la performance et la vidéo – en couleur à Arles, en noir et blanc à Oiron . Et, dans les deux cas encore, la perception va de l’incertitude initiale à une meilleure compréhension de ce que l’œil voit, puis, celle-ci acquise, à des réflexions de plus en plus inquiètes.

L’image projetée, en grand format, est d’abord celle d’un paysage, dans le genre exubérant, avec de beaux arbres et de grands palmiers. Cela ressemble à une publicité pour un voyagiste ou à la couverture d’un magazine touristique. Mais, d’une manière à peine perceptible au début, cette image commence à bouger. Soit un arbre s’enfonce lentement dans l’eau comme s’il s’écoulait verticalement, soit une légère fumée apparaît, suivie de flammes qui commencent à détruire le feuillage – une image du feuillage en fait. Mais derrière elle, une seconde apparaît, qui à son tour enflamme et révèle une troisième.

Processus cyclique

Lorsque ce processus de destruction est achevé, il ne reste plus que les cadres sur lesquels étaient accrochés ces tirages photographiques et le « vrai » paysage : un terrain vague qui pourrait être un vestige d’aérodrome ou un sol sablonneux et un mur aveugle. . C’est le cas à Oiron et dans une des vidéos diffusées à Arles. Dans le second, moins déconcertant, les images d’arbres, retenus par des câbles, glissent dans un bassin, puis en ressortent, un processus cyclique accompagné de chants d’oiseaux. Dans la même série, phénixqui donne son nom à l’exposition d’Arles, appartiennent des tirages des mêmes motifs découpés en bandes verticales ou horizontales disjointes, comme des collages qui auraient été mal exécutés et révéleraient leur fausseté d’images mensongères.

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C’est d’ailleurs la première interprétation proposée de l’œuvre de Noémie Goudal, telle qu’elle la construit depuis une décennie. Ce serait une mise en scène ironique des artifices de la représentation photographique, dont on sait combien elle peut être trompeuse. Goudal montrerait que ces paysages luxuriants ne sont que des fantômes de papier et qu’il n’y a derrière eux qu’une réalité terne et sans qualité. Les dispositifs techniques complexes que l’artiste invente et maîtrise n’auraient d’autre fin que cette cruelle autodestruction de la photographie.

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