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A Paris, des « mères pragmatiques et efficaces » pour aider les réfugiés ukrainiens


Depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février, la France a accueilli quelque 100 000 réfugiés sur son sol. Le pays peut compter sur l’élan de solidarité des collectivités, des entreprises mais aussi des particuliers. Reportage aux côtés des Mamans de Paris pour l’Ukraine, un collectif sur le pont depuis près de quatre mois.

Le rendez-vous est désormais bien connu. Il est 13h dans les couloirs du centre commercial du Palais des Congrès à Paris, dans le très chic 17e arrondissement. Au milieu des enseignes haut de gamme, une boutique aux couleurs du drapeau ukrainien se démarque. La longue file d’attente aussi.

Dans la foule, des jeunes, des vieux et surtout beaucoup de mères et d’enfants. Tous ont fui l’Ukraine, pays ravagé par la guerre, et ont trouvé refuge à Paris ou en banlieue parisienne. Tous les mercredis, le collectif des Paris Moms for Ukraine leur donne rendez-vous dans cet ancien magasin de vêtements. Une mine d’or de quelques mètres carrés pour ces réfugiés, qui peinent à joindre les deux bouts et à assurer le confort nécessaire à leurs enfants.

Sortant un sac de courses rembourré, Nadiia, une grande blonde aux cheveux raides, a le sourire aux lèvres. « Je viens chercher mon fils. Ici, je peux lui chercher des couches, des chaussures ou même des vêtements. Je n’en trouve pas gratuitement à Chaville [sa ville de résidence] donc je viens vraiment pour ça. Je dois le faire parce que je n’ai pas de travail en France », explique la mère de famille de 27 ans, qui a été psychologue en Ukraine.

Margaux Lemoîne, co-fondatrice de Mamans de Paris pour l’Ukraine (à gauche), Nadiia, réfugiée ukrainienne de Kyiv, et son fils, lors d’une distribution solidaire à Paris, le 22 juin 2022. ©Tiffany Fillon, France 24

Légumes, boîtes de conserve, lait en poudre, jouets ou encore bijoux : vous trouverez de tout ici. Chacun peut prendre ce qu’il veut, dans les quantités qu’il veut. Les dons abondent et viennent de partout. « Hier nous avons présenté notre collectif au siège de Procter & Gamble [la multinationale qui possède notamment la marque Pampers] et ils ont accepté de nous donner plus de 40 000 couches », se réjouit Barbara Lévy-Frebault, responsable des opérations de distribution.

Faire des associations sans formation, un challenge

Les particuliers font leurs dons aux « mères relais » de leur quartier ou, à la fin de leurs courses, aux bénévoles présents dans les supermarchés.

De son côté, le collectif puise dans sa trésorerie – 60 000 euros obtenus auprès d’entreprises et de particuliers grâce au travail d’un bénévole chargé de récolter des fonds – pour acheter des produits à prix coûtant. C’est le principe d’un de leurs partenariats, avec un magasin Intermarché de l’arrondissement. Derrière cette collaboration, il y a un pilier : le gérant de l’établissement, qui n’est autre que le père de Karolina Bloch, co-fondatrice du collectif. Depuis mars, cette franco-polonaise mère de trois enfants est également chargée d’organiser sept convois de produits de première nécessité vers l’Ukraine.

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« Nous ne sommes pas des pros de l’association mais pour trouver des financements et des partenariats, nous nous appuyons sur nos compétences et sur notre réseau, ceux de chaque bénévole. Et nous avons une vraie diversité de profils », assure Barbara Levy-Frebault, l’une des plus bénévoles actifs, qui est également directeur de l’innovation dans un groupe tech.

A quelques mètres d’elle, Sergei, en sueur, pousse un chariot de boîtes de conserve qu’il vient de décharger de sa camionnette. Ce grand brun costaud a le physique pour le poste : il travaille dans le bâtiment. Face à lui, Jean-Étienne, libraire, donne des consignes en russe aux Ukrainiens qui font la queue, tandis que Véronique, ingénieure chez Enedis, s’affaire en réserve pour ranger de nouvelles caisses.

« J’ai découvert le collectif sur Instagram », explique cette jeune femme aux grands yeux bleus. « Dans un premier temps, j’ai contacté les bénévoles pour leur donner des vêtements dont je ne voulais plus. Le lendemain, j’ai vu mes cartons de vêtements en photo sur Instagram. Au moins, c’est concret ! », se réjouit-elle.

La puissance des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont le point de départ de cette aventure humaine. « Au départ, j’étais comme tout le monde, abasourdie par ce qui se passait en Ukraine avec un terrible sentiment d’impuissance, et surtout l’envie d’aider. J’ai répondu à un appel de Karolina Bloch sur un groupe Facebook de mamans de mon quartier. se connaissaient pas. Elle cherchait des médicaments à envoyer en Ukraine. Et j’en avais. Quand on s’est appelées, on s’est dit qu’on pourrait collecter massivement et plus efficacement en créant un réseau de mamans chargées d’organiser des points de collecte en Île-de-France. de-France », explique Margaux Lemoîne, qui a co-fondé le collectif.

Le même jour, le 4 mars, les deux femmes lancent un groupe Facebook. « En quelques jours, on a eu 40 ‘mères relais’ et l’équipe de base s’est constituée », résume cette journaliste en reconversion professionnelle. Aujourd’hui, le collectif, qui organise toutes ses actions sur des groupes WhatsApp, compte 4 600 membres sur Facebook, près de 1 300 abonnés sur Instagram, et compte jusqu’à 250 bénévoles actifs. Environ 450 adultes ukrainiens et autant d’enfants assistent à chaque distribution. « Les réseaux sociaux ont permis une croissance exponentielle. Je ne pensais pas que c’était possible », s’étonne Barbara Levy-Frebault.

Pour Margaux Lemoîne, le nom même du collectif a aussi contribué au développement de la communauté. « C’est efficace, aller à l’essentiel, quitte à être segmenté. Le but était de fédérer très vite un réseau solidaire. Même si évidemment notre collectif a été ouvert à tous dès le départ », précise-t-elle.

Un pari gagnant, alors que la majorité des réfugiés ukrainiens sont des femmes et des enfants, les hommes étant restés au pays pour participer à l’effort de guerre. « Notre nom est rassurant pour ces familles ukrainiennes, avec cette notion universelle de mères protectrices », ajoute cette mère de trois enfants chargée de structurer et développer le collectif. Ironie du sort, la charge mentale supportée par les mères a fait la force de l’équipe. « Les mamans ont l’habitude de jongler entre leur travail, leurs enfants, la logistique à la maison et de gérer mille problèmes à la fois. Elles sont donc souvent très pragmatiques et efficaces », explique Margaux Lemoîne.

Vers un nouveau départ

Le collectif n’étant pas une association, chacun s’investit à son échelle. « Certains ont dû mettre leur vie professionnelle et familiale entre parenthèses. Nous sommes à plein régime depuis début mars. Pour les chargés de mission et l’équipe proche, c’est très engageant et intense, sans pause le soir et le week-end. », avoue Margaux Lemoîne, qui note une « brièveté des dons » et une baisse du nombre de bénévoles actifs.

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Autre obstacle : la salle où ont lieu les distributions a été prêtée par la mairie et devra être restituée fin juin. Raison de plus pour réfléchir à l’avenir du collectif. « Nous réfléchissons à une autre manière d’aider, moins chronophage, avec plus d’autonomie pour les bénévoles qui souhaitent continuer à s’investir », poursuit Margaux Lemoîne.

Le collectif Les Mamans de Paris pour l’Ukraine souhaite créer un système de parrainage, qui permettrait aux réfugiés d’être accompagnés par des bénévoles pour, par exemple, trouver un emploi. Des actions jugées plus en phase avec le contexte actuel : les Ukrainiens rentrent désormais dans leur pays et les arrivées sont moins importantes aujourd’hui qu’au printemps. « Nous ne sommes plus dans une situation d’urgence », constate Margaux Lemoîne. Même si une page se tourne, la jeune femme reste optimiste. « Après quatre mois d’existence, notre slogan est validé : ‘Ensemble, on peut vraiment déplacer des montagnes !' »


A Paris, des « mères pragmatiques et efficaces » pour aider les réfugiés ukrainiens

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