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À propos de François Legault |  « C’est inacceptable », déclare l’ancien avocat d’Abdulla Shaikh

« C’est odieux de la part d’un premier ministre. L’ancien avocat de l’auteur présumé du triple homicide à Montréal et Laval dénonce les propos « inacceptables » tenus par François Legault à la suite du décès d’Abdulla Shaikh, abattu par la police.

Publié à 20h39

À propos de François Legault |  « C’est inacceptable », déclare l’ancien avocat d’Abdulla Shaikh

Léa Carrier
La presse

Vendredi, le premier ministre François Legault s’est demandé pourquoi Abdulla Shaikh « avait été libéré » alors qu’il était « déjà visé » par des accusations et souffrait de problèmes de santé mentale.

«Je suis heureux qu’on soit débarrassé de cet individu», a-t-il déclaré au lendemain de la mort du suspect du triple meurtre, abattu par la police dans un motel de l’arrondissement de Saint-Laurent.

« Le sang m’a fait trois tours quand j’ai entendu ça. J’étais abasourdi. C’est inacceptable », a immédiatement protesté l’ancien avocat d’Abdulla Shaikh, M.e François Legault, qui partage le nom du premier ministre.

« Même les pires criminels » ont « le droit de subir un procès juste et équitable, de présenter une défense, et d’être défendus », rappelle M.e Legault en entrevue avec La presse.

«S’il y a quelque chose dont on ne doit pas se débarrasser, ce sont les règles de droit», souligne celui qui a été procureur de la Couronne pendant 35 ans.

D’après Me François Legault, ce genre de propos peut aussi être « très stigmatisant pour les personnes qui souffrent de troubles mentaux ». « Ce n’est vraiment pas le truc à dire, et là, je mesure mes mots », dénonce l’avocat.

Rappelons qu’Abdulla Shaikh a reçu un diagnostic de schizophrénie et de traits de personnalité narcissiques et antisociaux, selon des documents judiciaires. En 2016, il a été accusé, entre autres, d’agression sexuelle et armée. Son procès était prévu en janvier prochain, à Laval.

Dans une autre affaire de méfait en 2018, il a été déclaré non responsable criminellement. Il était depuis suivi en psychiatrie et avait été hospitalisé jusqu’en 2021. Son état nécessitait un examen annuel par la Commission de révision des troubles mentaux, dont le dernier a été réalisé en mars 2022.

Encore un commentaire dérangeant

Devant les médias, le Premier ministre s’est aussi dit « satisfait » du travail effectué par la police « qui a agi rapidement ». Un commentaire qui a également surpris Me François Legault, car l’opération policière fait actuellement l’objet d’une enquête par le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI).

« L’avis du Premier ministre ne doit pas primer sur le travail des policiers qui seront appelés à enquêter. Ça met quand même la pression sur les enquêteurs du BEI », craint-il.

Tant que toute la lumière aura été faite sur les circonstances entourant la mort d’Abdulla Shaikh, l’avocat se réservera le droit de commenter l’opération policière.

« Mais j’ai le droit de me poser des questions. Qu’est-ce qui a précédé cela ? Avons-nous pris toutes les mesures ? Y avait-il des personnes de l’urgence psychosociale présentes sur place ? », relève-t-il. « Avant de dire que la police a bien agi, attendons de voir ce que l’enquête va révéler », conclut l’avocat.

La plus récente victime de cette série d’homicides qui a secoué la métropole est Alex Lévis Crevier, un Lavallois de 22 ans. Il faisait de la planche à roulettes dans le quartier Laval-des-Rapides lorsque la fusillade s’est produite. Il aurait été ciblé au hasard. Deux hommes ont été tués à moins d’une heure d’intervalle mardi soir. La première victime est André Fernand Lemieux, un homme de 64 ans, père du boxeur québécois David Lemieux.

Une heure plus tard, les policiers ont trouvé un homme allongé sur le sol avec des blessures par balle, à environ trois kilomètres du premier meurtre. Mohamed Salah Belhaj, agent d’intervention à l’hôpital psychiatrique Albert-Prévost, 48 ans, a également succombé à ses blessures.

Comme de nombreux experts, M.e François Legault espère que cette tragique affaire fera la lumière sur les fissures. « Le suivi est la clé. Tant à l’hôpital psychiatrique qu’à l’extérieur. Il faut sans doute plus d’intervenants », estime-t-il.

Avec Henri Ouellette-Vézina, La presse


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