A trois jours du scrutin, Marine Le Pen fait monter les tensions sur une éventuelle cohabitation

A trois jours du premier tour des législatives historiques, Marine Le Pen a accru la tension sur une éventuelle cohabitation en réduisant la fonction de chef des armées du président de la République à un simple « titre honorifique », des propos implicitement assumé par Jordan Bardella mais fortement dénoncé par Gabriel Attal et le Nouveau Front Populaire.

En cas de large succès du parti d’extrême droite, Marine Le Pen a esquissé, dans un entretien au Télégramme, une cohabitation approximative : « Chef des armées, pour le président, c’est un titre honorifique puisque c’est le Premier ministre qui tient les cordons de la bourse. » Conséquence, selon elle : « sur l’Ukraine, le président ne pourra pas envoyer de troupes », alors qu’Emmanuel Macron a refusé d’exclure cette option.

La probable candidate à l’élection présidentielle de 2027 a certes semblé nuancer cette déclaration quelques heures plus tard sur X, évoquant « le domaine réservé du président de la République ». Mais elle a soutenu que le chef du gouvernement a « par le contrôle budgétaire les moyens de s’opposer » à l’envoi de troupes à l’étranger.

« C’est le Premier ministre qui décide du budget de fonctionnement des armées », a insisté Jordan Bardella lors d’un dernier débat télévisé avec le socialiste Olivier Faure, qui représentait le Nouveau Front populaire, et Gabriel Attal.

Ces déclarations ont fait sursauter ces derniers. En cas de victoire du RN et de cohabitation, « il y aurait une forme de litige entre le Premier ministre et le président de la République pour savoir qui a le rôle de chef des armées », a-t-il prévenu. « C’est un message envoyé aux puissances mondiales, au monde entier, qui est un message très sérieux pour la sécurité des Français ».

Lors des trois précédentes cohabitations de la Ve République, le président avait conservé de larges pouvoirs en matière de politique internationale et de défense, en vertu du « domaine réservé ».

Mais cette fois, prévient Olivier Faure, le parti d’extrême droite veut « tout prendre ».

Dans une déclaration à l’AFP, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est toutefois dit convaincu que « le prochain gouvernement continuera à soutenir pleinement l’Ukraine » et « quelle que soit la situation politique ».

– Deux millions de procurations –

Une nouvelle cohabitation, avec Jordan Bardella à Matignon, nécessite l’obtention d’une majorité absolue pour le RN en sièges à l’Assemblée à l’issue du second tour le 7 juillet.

Pour l’instant, l’extrême droite est largement pressentie en tête du premier tour dimanche, avec 36% des intentions de vote, selon un sondage Ipsos-Fondation Jean-Jaurès-Cevipof-Institut Montaigne pour Le Monde portant sur près de 12.000 personnes.

Selon cette vaste étude, qui ne propose pas de projections de sièges, la gauche rassemblerait 29% des voix, le camp macroniste 19,5% et LR 8%.

Le « poids » du RN « est si élevé qu’il peut non seulement envisager une majorité relative, mais on ne peut pas exclure, loin de là, une majorité absolue », souligne l’enquêteur Brice Teinturier (Ipsos) à l’AFP.

Mais les 577 élections, dans chaque circonscription, comportent bien des inconnues, les équations étant par ailleurs appelées à être profondément bouleversées entre les deux tours au gré des maintiens, des retraits ou encore des consignes de vote.

Seule une majorité relative ouvrirait la perspective d’un éventuel blocage institutionnel, renforcée par le refus de Jordan Bardella de former un gouvernement s’il ne dispose pas d’une majorité absolue.

L’intérêt pour ces législatives anticipées ne faiblit pas : deux tiers des électeurs envisagent de voter dimanche, selon Ifop-Fiducial, ce qui correspondrait au meilleur taux de participation pour ce type d’élection depuis 1997.

Preuve de cet engouement, la barre des deux millions de procurations a été franchie mercredi soir et plus de 410 000 Français de l’étranger ont participé au vote en ligne, qui s’est clôturé ce jeudi à midi (contre 250 000 en 2022), un record.

– Des échanges animés –

Les échanges ont été souvent vifs lors du dernier débat télévisé.

Gabriel Attal a accusé son rival d’extrême droite d’avoir présenté « une centaine de candidats » aux législatives qui avaient tenu « des propos racistes, antisémites et homophobes », que le leader du RN a rejetés en masse.

Le Premier ministre a également dénoncé la volonté du RN de « stigmatiser 3,5 millions de Français binationaux » en leur interdisant l’accès à certains emplois jugés « stratégiques ».

« Caricature », a répondu M. Bardella, estimant que son adversaire « a intérêt à jouer sur les peurs » et assurant qu’il ne souhaitait pas « remettre en cause la double nationalité ».

Interrogé sur qui pourrait accéder à Matignon en cas de victoire, Olivier Faure a assuré qu’il faudrait « une force tranquille, une force qui sait où elle va ». « Je serai donc le Premier ministre de tous les Français pour engager le redressement du pays », a aussitôt rétorqué Jordan Bardella.

Entre-temps, des manifestations pour bloquer le Rassemblement national ont de nouveau eu lieu dans plusieurs grandes villes de France, rassemblant plusieurs milliers de personnes, selon un décompte de l’AFP.

pab-far-lum-sde/gbh/gvy