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Agents de changement |  Le jeune adulte trans ouvre la voie dans la région

Ils font l’actualité. Ce sont des agents de changement dans leur domaine. Mais nous savons peu ou rien à leur sujet. La presse vous le présente tout au long de la saison estivale.

Posté à 5h00

Agents de changement |  Le jeune adulte trans ouvre la voie dans la région

Caroline Touzin
La presse

« Les seules personnes trans que j’ai vues dans ma vie étaient des tueurs en série dans les films. »

Dire que Séré Beauchesne Lévesque, 25 ans, a eu une adolescence malheureuse est un euphémisme. « J’étais sûr que j’allais mourir avant mes 18 ans », se souvient le jeune adulte trans non binaire de Sherbrooke.

Séré Beauchesne Lévesque nous demande d’utiliser le pronom iel et les accords masculins pour le désigner dans l’article. Iel comme dans une combinaison de « il » et « elle ». Non binaire comme ni homme ni femme, bien que Séré s’identifie également comme un homme trans.

« Adolescente, je savais que j’étais différente, mais je ne comprenais pas qui j’étais », raconte Séré, qui a été scolarisée dans une école privée pour filles.

Pendant cinq ans, l’étudiant ne se sent pas à sa place et ne comprend pas pourquoi. « J’ai heurté un mur. On s’attend à ce que je sois une fille parce qu’on m’a assigné une fille à la naissance et que je me conforme aux stéréotypes de la féminité. »

L’adolescent commence à lire L’ABC des filles « apprendre » à répondre aux attentes de la société. Ils ne s’y reconnaissent pas du tout. «J’ai commencé à penser que j’étais bizarre; que j’étais fou. Quand j’ai terminé le lycée, j’étais déprimé et suicidaire. »

Séré nous donne rendez-vous chez TransEstrie dans une vitrine au coeur du centre-ville de Sherbrooke en ce beau mardi de juillet.

Séré a fondé l’organisme il y a deux ans afin qu’aucun autre jeune trans de sa région ne connaisse un parcours comportant autant d’embûches que le sien.

Un sac plein de classeurs – un débardeur de compression qui sert à aplatir les seins des hommes trans – est posé sur la table.

C’est impossible d’en trouver en région, alors on en fournit parce que sinon les jeunes vont aller acheter taper à la pharmacie et ils finiront avec des côtes cassées.

Séré Beauchesne Lévesque

Au Cégep, Séré rencontre une première « vraie personne trans ». Rien à voir avec les « tueurs en série fous » des films de son enfance. « J’ai découvert qui j’étais. Il a cliqué en 24 heures. »

Le début d’un long combat

Sa quête d’identité s’est alors transformée en un dur combat pour le respect de ses droits. Séré change de nom à mi-parcours du collège. Sauf que tout le monde le connaissait en tant que fille, donc connaît son ancien nom. Les étudiants l’utilisent pour lui faire du mal.

Son nouveau nom apparaît sur sa carte d’étudiant, mais le collège dit que c’est trop compliqué de le changer dans le système informatique. Au début de chaque trimestre, Séré doit faire son sortir à chacun de ses professeurs puisque son prénom sur la liste officielle est celui de naissance.

Ça devient épuisant quand on n’a qu’une envie, prendre ses cours comme tout le monde.

Séré Beauchesne Lévesque

Malgré cela, certains enseignants persistent à utiliser son nom de naissance puisqu’il s’agit de son nom « légal » sur la liste de classe. L’un d’eux, apprenant que Séré est trans, lui demande même quels sont ses organes génitaux. « Tu m’apprends le français, tu n’as pas besoin de savoir ce qu’il y a dans ma culotte. »

À l’époque au Cégep de Sherbrooke, il n’y avait que quelques toilettes non genrées. « Dans la bibliothèque, toutes les toilettes individuelles étaient genrées. On a collé des autocollants avec un symbole neutre au-dessus des sigles masculins et féminins, ça a fait paniquer les bibliothécaires », raconte Séré qui a fini par faire dégenrer les toilettes individuelles et le système informatique pour intégrer le prénom usuel.

Lorsqu’il est admis à l’Université de Sherbrooke en mathématiques, « tout était à recommencer ». Séré a changé de nom légal après la rentrée. L’étudiant était terrifié à l’idée que ses camarades de classe apprennent son nom de naissance car il apparaissait toujours lorsque Séré se connectait à un ordinateur universitaire. « J’ai caché mon écran avec un ordinateur portable à chaque fois pour éviter que cela ne se produise. »

Après s’être entraîné au gymnase, Séré doit prendre une douche chez son père qui habite non loin de là. « Je risquais de me faire battre dans le vestiaire des gars et je n’étais pas en forme dans le vestiaire des filles. »

Séré a fondé un groupe de transaction au sein même de l’université. Il a fallu trois ans, la durée de son baccalauréat, pour que les choses changent.

J’ai passé plus de temps dans des comités avec la direction à expliquer les droits des trans que dans mes cours. Le premier réflexe des autorités est toujours de répondre : « C’est compliqué. »

Séré Beauchesne Lévesque

Tout cela en naviguant dans le système de santé puisque Séré poursuit alors sa transition et prend des hormones.

En 2019, l’Université annonce qu’elle permet à ses étudiants et à son personnel de choisir leur prénom, nom et sexe. Parmi les genres, vous pouvez cocher « femme », « homme » ou « autre ». L’établissement s’est également engagé à aménager un premier vestiaire universel, mixte, accessible à tous, hommes, femmes ou autres, au centre sportif.

Agents de changement |  Le jeune adulte trans ouvre la voie dans la région

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Séré Beauchesne Lévesque

Séré termine alors pratiquement son bac en mathématiques : « C’est l’histoire de ma vie. Je mène le combat et ceux qui suivent en profitent. »

À l’époque, son organisation étudiante reçoit de nombreux appels à l’aide de toute la région. C’est là que Séré a eu l’idée de fonder un organisme « par et pour les personnes trans » en Estrie.

Son cheval de bataille : créer des services pour les personnes trans et non binaires en dehors des grands centres urbains. « Je ne voulais pas laisser les jeunes de côté en disant : Montréal est la seule destination pour obtenir des services pour une personne trans. »

Très éloquent, Séré est devenu une voix forte dans les médias.

Séré a même témoigné dans un procès en Cour supérieure à la demande du Centre de lutte contre l’oppression de genre pour faire valoir que plusieurs articles du Code civil du Québec étaient discriminatoires envers la communauté LGBTQ+.

Le juge Gregory Moore a donné raison au Centre en ordonnant au gouvernement du Québec d’offrir des options autres que masculines ou féminines dans les certificats délivrés par la Direction de l’état civil.

« Notre 11 septembre »

C’était en janvier 2021. Cependant, cette victoire fut de courte durée. Dix mois plus tard, le ministre de la Justice Simon Jolin-Barrette dépose le projet de loi 2 visant à moderniser le droit de la famille au Québec.

C’était notre 11 septembre, toutes les personnes trans se souviennent de ce qu’elles faisaient, où elles se trouvaient lorsque le projet de loi a été présenté.

Séré Beauchesne Lévesque

C’est que le projet de loi nécessitait une intervention chirurgicale avant un changement dans la mention du sexe ; une exigence qui a été abrogée en 2015.

Cela a représenté un énorme revers aux yeux de beaucoup, y compris des organisations de défense des droits des communautés LGBTQ+, qui n’ont pas hésité à qualifier le projet de « transphobe ». Ce n’est pas tout. La législation cherchait à ajouter une identité de genre distincte, ce qui risquait de créer sortir forcée » pour les personnes qui n’étaient pas passées sous le bistouri, selon ces mêmes organismes. En effet, Québec a proposé que la mention du sexe soit remplacée par une mention de l’identité de genre sur les documents d’état civil des personnes trans, créant une distinction entre leurs documents et ceux d’une personne cisgenre.

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PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES DE LA PRESSE CANADIENNE

Simon Jolin-Barrette, ministre de la Justice

Séré n’a pas baissé les bras. L’étudiante non binaire est allée témoigner, encore une fois, cette fois en commission parlementaire. Le ministre de la Justice a reculé. Il a retiré le préalable chirurgical à la modification de la mention du sexe.

Mener toutes ces luttes à un âge où la plupart des étudiants se consacrent à leurs études et profite de la vie universitaire l’a fait mûrir rapidement. Lors de l’entretien, nous avions souvent l’impression d’avoir devant nous une personne beaucoup plus âgée.

Séré se vante de la jeune génération – celle qui étudie actuellement au secondaire et au cégep – à qui nous n’avons pas à expliquer des termes comme personne non binaire, homme trans ou femme trans (voir glossaire ci-dessous).

La discrimination fondée sur l’identité et l’expression de genre est interdite depuis juin 2016 en vertu de la Charte québécoise des droits et libertés. Le pronom iel a été ajouté au dictionnaire robert. « Les mentalités évoluent vite, se réjouit Séré.

L’étudiant retourne à l’université à l’automne pour entreprendre un deuxième baccalauréat, cette fois en psychologie. Aider les autres, ils l’ont dans la peau.

« Je ne me suis pas levé un matin en me disant : je vais devenir un militant trans », raconte Séré. Je devais juste me battre pour mes droits. »

Avec la nouvelle politique, Séré n’aura plus à perdre un temps précieux à se doucher chez son père après une séance d’entraînement au gymnase. Et plus important encore, l’étudiant est heureux et bien dans sa peau.

Lexique

  • Personne trans : personne dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe qui lui a été attribué à la naissance.
  • Personne non binaire : terme générique désignant les personnes dont l’identité de genre n’est pas exclusivement féminine ou masculine.
  • Cisgenre : Personne dont le sexe correspond au sexe qui lui a été attribué à la naissance.
  • Homme trans : un homme qui s’est vu attribuer une fille à la naissance, généralement parce qu’il est né avec une vulve.
  • Femme trans : une femme qui s’est vu attribuer un garçon à la naissance, généralement parce qu’elle est née avec un pénis.

Source : Conseil LGBT TransEstrie et Québec


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