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Attaque de métropole |  Le rapport caché de la SQ enfin public

Caché pendant 10 ans par la Sûreté du Québec (SQ), l’unique rapport d’enquête sur l’attentat du Métropolis a finalement été rendu public jeudi grâce à l’intervention d’un juge, au grand dam du procureur général du Québec. Ce rapport, aux conclusions dictées à l’avance par l’état-major, ne critique guère la police provinciale.

Publié à 20h16

Attaque de métropole |  Le rapport caché de la SQ enfin public

Louis-Samuel Perron
La presse

« Meilleure planification », « communications en temps réel » et « coordination plus efficace avec ses partenaires »: telles sont en substance les conclusions de ce rapport exécutif d’à peine huit pages visant à faire la lumière sur « l’attaque politique » visant Pauline Marois, le soir de sa victoire électorale, le 4 septembre 2012. Le technicien Denis Blanchette est tué, tandis que Dave Courage est grièvement blessé par Richard Henry Bain derrière le Métropolis.

Ce rapport jamais dévoilé au public, la SQ s’est battue bec et ongles ces dernières semaines pour le garder secret. La SQ, même dans un premier temps « a nié » son existence, s’est offusquée de Met Virginie Dufresne-Lemire, l’avocate des plaignants qui a insisté pour que le document soit déposé en preuve au procès. Cependant, il n’est pas « pertinent » pour le procès selon M.et Julien Bernard, procureur du procureur général du Québec.

Mais jeudi après-midi, le juge Philippe Bélanger de la Cour supérieure a autorisé son dépôt en preuve dans la poursuite civile intentée contre la SQ et le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) par quatre survivants de l’attentat. . Traumatisés, ils ont réclamé 600 000 dollars à la police en raison du manque de sécurité.

De grandes parties de ce rapport non signé avaient déjà été citées par des témoins lors du procès, mais son contenu intégral était encore caché au public. L’auteur du rapport, le capitaine Louis Bergeron a admis en cour l’avoir rédigé sans avoir rencontré de témoins, après avoir reçu son mandat.

Attaque de métropole |  Le rapport caché de la SQ enfin public

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Louis Bergeron, ancien capitaine de la Sûreté du Québec, au palais de justice de Montréal.

En effet, le policier a dû analyser le travail de son propre service, la Direction de la protection des personnes et des infrastructures. D’ailleurs, son patron de l’époque, Denis Rioux, a avoué devant le juge s’être fait dicter les conclusions du rapport par un directeur général adjoint de la SQ. « Le mandat semblait télégraphier les conclusions », s’interroge le juge.

Le « Rapport exécutif sur la soirée électorale du Parti québécois dans la métropole du 4 septembre 2012 » indique que la menace pesant sur le parti souverainiste a été jugée « faible » lors des élections. Le service de renseignement de la SQ n’avait reçu aucune information « portant à croire que des actes de perturbation pourraient être posés » le soir du scrutin.

Cela dit, le rapport mentionne six menaces proférées à l’encontre de Pauline Marois « entre 16h38 et 20h32 suite à la divulgation partielle des résultats électoraux ». Ces menaces, dont la nature n’est pas précisée, ont fait l’objet d’enquêtes « rapidement », peut-on lire. Aucun témoin du procès, même le chef du service de renseignement, n’avait eu connaissance de ces menaces avant l’attentat.

« Cependant, le chef du poste de commandement n’avait pas de rapport de situation informé sur l’état de ces menaces en temps réel », conclut le rapport. Ainsi, parmi les cinq « ajustements organisationnels », il est suggéré d’établir des « canaux de communication » pour permettre aux responsables de l’opération d’être au courant de toutes les menaces le jour de l’événement.

Le rapport égratigne également le SPVM au passage. En effet, il est précisé que le SPVM « a refusé que la Sûreté procède à une évaluation des besoins. Ils ont préféré conserver la latitude d’évaluer les besoins externes et allouer les ressources en fonction de leur seule évaluation ».

Mais dix ans plus tard, Louis Bergeron a catégoriquement nié l’utilisation du mot « refuser » dans son rapport, disant au juge qu’il ne savait pas pourquoi il avait utilisé ce terme. Étonnamment, l’ex-capitaine de la SQ n’a pas pu certifier avoir écrit chaque ligne du rapport.

« Je reconnais certains de mes mots, certaines de mes phrases. Est-ce que tous mes mots sont exacts ? Je ne peux pas donner cette réponse », a-t-il avoué au début du procès.

Le rapport conclut également que Richard Henry Bain avait le « profil de loup solitaire identique ». «Il est clair qu’il visait la cause souverainiste et le Parti québécois, constituant ainsi une attaque politique», conclut-on.

Le procès se poursuit mardi au palais de justice de Montréal.


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