Skip to content
Biniam Girmay, symbole de la montée du cyclisme africain

Vainqueur de la 10e étape du Giro, Biniam Girmay est devenu à 22 ans le premier cycliste érythréen à remporter une étape d’un Grand Tour. Une étape importante pour le cyclisme africain et une confirmation du talent précoce du jeune homme.

Biniam Girmay continue d’écrire l’histoire de son pays et du continent africain. Moins de deux mois après avoir remporté la classique belge Gand-Wevelgem, le coureur de 22 ans a de nouveau brillé, cette fois sur les routes du Giro. Mardi 17 mai, il a remporté le 10et étape du Tour d’Italie, entre Pescara et Jesi, devenant ainsi le premier coureur noir africain à remporter une étape sur un Grand Tour.

Alors que le peloton s’était rétréci en raison des multiples difficultés concentrées dans les 100 derniers kilomètres de l’étape, Biniam Girmay a confirmé l’étendue de ses qualités. Soutenu par son équipe Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux, il a d’abord réduit les tentatives d’échappée de ses concurrents avant de remporter le sprint en petit comité.

« Dis-moi qui tu as battu, je te dirai quel vainqueur tu es », a-t-on coutume de dire dans le cyclisme. Biniam Girmay a déjà tout d’un grand vainqueur : juste derrière lui, le phénomène néerlandais Mathieu van der Poel, petit-fils de Raymond Poulidor, a levé le pouce en se levant à quelques mètres de la ligne d’arrivée pour saluer la performance de son jeune frère. . Il l’a alors embrassé pour le féliciter.

« Chaque jour, nous écrivons une nouvelle histoire », s’est réjoui Girmay, le visage toujours souriant. « Je peux dire que je suis heureux et reconnaissant », a ajouté l’Erythréen, qui est un honneur sportif pour son pays.

Biniam Girmay a flirté avec la victoire depuis le début du Tour d’Italie : 2et derrière van der Poel dans la première étape, 4et pendant les étapes 3, 6 et 8, et 5et lors de l’étape 5.

Progrès constant

Une victoire de prestige sur un Grand Tour qui vient récompenser un parcours à la progression régulière et empreint de précocité. S’il a commencé à faire du vélo à l’adolescence en Erythrée en imitant son cousin, Biniam Girmay a vite tapé dans l’œil des recruteurs.

Il rejoint le Centre Mondial du Cyclisme (CMC) pour sa deuxième année junior, en 2018. Cette structure, créée par l’Union Cycliste Internationale, a pour objectif de soutenir les talents des pays émergents.

Cette même année, il se fait déjà un nom en devenant triple champion d’Afrique junior sur route, remportant la médaille d’or de la course sur route, du contre-la-montre et du contre-la-montre par équipe. Dès lors, il multiplie les victoires prestigieuses pour son jeune âge, s’imposant notamment devant le phénomène belge Remco Evenepoel lors de l’Aubel-Thimister-Stavelot. En 2019, il devient le premier coureur né dans les années 2000 à remporter une course professionnelle en remportant la troisième étape de la Tropicale Amissa Bongo au Gabon avec la sélection érythréenne. Il enchaîne avec une victoire sur le Tour du Rwanda et une cinquième place sur l’étape reine du Tour de l’Avenir, un vrai Tour de France junior.

De quoi inciter l’équipe continentale professionnelle française Nippo Delko One Provence à le recruter. Ses performances lors de sa première année chez les pros lui ont valu le titre de coureur africain de l’année par un jury présidé par Bernard Hinault. Il fait ensuite le grand saut dans le World Tour – la plus haute division du cyclisme – avec Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux. Avant de gagner Gand-Wevelgem, il s’était déjà fait remarquer fin septembre aux championnats du monde en décrochant la médaille d’argent en junior, une première pour un coureur noir africain.

Biniam Girmay est aujourd’hui un pionnier dans un sport où les coureurs africains à la peau foncée ont longtemps été absents, les victoires continentales ayant souvent été remportées par des coureurs blancs – comme le Sud-Africain Daryl Impey, « Robbie » Hunter, ou encore le « Kenyan blanc » Christopher. Froome.

L’Erythrée, terre de cyclisme

Biniam Girmay est l’héritier d’une longue lignée de coureurs érythréens qui excellent dans le cyclisme. Egalement passé par le Centre Mondial du Cyclisme, Daniel Teklehaimanot a été le premier d’entre eux. En 2015, il devient le premier coureur d’Afrique sub-saharienne à porter le maillot à pois de meilleur grimpeur du Tour de France. Teklehaimanot. Il a également remporté le classement de la montagne du Dauphiné en 2015 et 2016.

Mais depuis cette « étincelle », ses compatriotes ont eu du mal à s’installer au plus haut niveau. « Je me demandais si le cyclisme érythréen n’était pas un peu à bout de souffle », a déclaré Michel Thèze, ancien directeur du CMC, dans un entretien à l’AFP. Le succès de Biniam Girmay « arrive au meilleur moment, ça va donner un second souffle », estime-t-il. « C’est une confirmation du grand potentiel qui existe là-bas. »

Coincée entre les hauts plateaux de la Corne de l’Afrique et la mer Rouge, l’Érythrée est propice à la pratique du vélo. Avec une grande partie du pays nichée entre 1 800 et 3 000 mètres d’altitude, les coureurs développent des capacités physiologiques exceptionnelles.

Et la pratique du vélo, héritée de la colonisation italienne entre 1885 et 1941, est profondément ancrée dans la culture érythréenne. Les compétitions y sont fréquentes, et « de haut niveau », souligne Michel Thèze.

En Afrique, les Erythréens écrasent aussi la concurrence : depuis 2010, ils ont remporté huit des onze titres continentaux individuels sur route, et dix titres dans le contre-la-montre par équipes. Plusieurs équipes s’appuient sur ces talents, comme EF Education-EasyPost avec Merhawi Kudus ou Cofidis avec Natnael Berhane.

Leur succès suscite une énorme ferveur, en Erythrée comme dans la diaspora. « Ceux qui réussissent sont des stars », confirme Michel Thèze. Ils agissent comme des ambassadeurs de ce pays qui n’apparaît dans l’actualité que pour ses réfugiés fuyant un régime accusé de violer les droits de l’homme, son implication dans le conflit en Éthiopie ou, récemment, son opposition à une résolution de l’ONU appelant à la fin de la combats en Ukraine.


En 2015, au retour du Tour de France, Daniel Teklehaimanot et Merhawi Kudus ont défilé dans les rues de la jubilatoire Asmara et ont été reçus par le président Issayas Afewerki.

« Enfant, je regardais le Giro d’Italia à la télévision »

Egalement célébré par ses compatriotes immigrés en Europe au départ et à l’arrivée des courses, Biniam Girmay avait insisté avant le départ du Giro sur la particularité du Tour d’Italie pour l’Erythrée, en raison des anciens liens coloniaux entre les deux pays. .

« Enfant, je regardais le Giro d’Italia à la télévision avec mes amis. Je faisais du vélo avec le rêve de pouvoir un jour participer à un Grand Tour », a déclaré l’Erythréen. « Avec l’équipe, nous nous sommes fixé comme objectif de remporter une victoire d’étape. Si j’ai la chance d’y parvenir, je deviendrai le premier Africain noir à remporter une étape dans un Grand Tour. [..] Cela signifierait beaucoup pour mon pays, pour le continent africain et pour le cyclisme en général. »

Dix pas plus tard, le but est déjà atteint. Mais alors qu’il célébrait son succès historique sur le podium d’apparat de Jesi, le jeune Erythréen de 22 ans a reçu par inadvertance dans l’œil le bouchon de la bouteille géante qu’il devait ouvrir. Une blessure qui l’a empêché de prendre le départ de l’étape suivante et de poursuivre son mano a mano avec Arnaud Démare pour le maillot de meilleur sprinteur. Cette nouvelle première pour un coureur devra donc patienter encore un peu.

Une fois cet incident derrière lui, l’avenir s’annonce radieux pour le natif d’Asmara. Le jeune puncheur a sans doute en tête l’échéance des championnats du monde 2025, qui seront organisés au Rwanda, une première pour l’Afrique. Quelle histoire serait plus belle que de voir un coureur du continent y lever les bras ?

France 24 Sport

Toutes les actualités du site n'expriment pas le point de vue du site, mais nous transmettons cette actualité automatiquement et la traduisons grâce à une technologie programmatique sur le site et non à partir d'un éditeur humain.