Cinq choses apprises sur la médaille olympique en visitant l’exposition « Or, argent, bronze » à la Monnaie de Paris

Dès la fin juillet, les Français verront défiler une multitude de médailles olympiques qui récompenseront les athlètes des JO 2024. La Monnaie de Paris offre la possibilité d’en savoir plus sur cet objet, que souvent seuls les récipiendaires voient de près, à travers l’exposition « Or, argent, bronze – une histoire de la médaille olympique ».

France Télévisions – Culture Edito

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L'affiche de l'exposition

La Monnaie de Paris revient sur l’histoire de la médaille olympique qu’elle a fabriquée à de nombreuses reprises, à travers l’exposition Or, argent, bronze. Elle le frappa pour la première fois en 1896 pour les premiers Jeux de l’ère moderne à Athènes. L’institution le fera encore sept fois, détenant ainsi un record historique. « Par rapport aux autres médailles sportives, la médaille olympique est un objet qui récompense, honneurs, mais aussi oblige. Lorsque nous la recevons, nous devons devenir exemplaires en tout car cette médaille aussi tente d’être exemplaire par sa forme, par la manière dont elle a été pensée, conçue et fabriquée. souligne Dominique Antérion, commissaire de l’exposition Or, argent, bronze – Une histoire de la médaille olympique. L’exposition vous invite ainsi à entrer dans l’intimité d’un objet que seuls les sportifs partagent véritablement.

Jusqu’au 22 septembre, le Musée de la Monnaie de Paris partage également son expertise avec les visiteurs de cette exposition. Franceinfo Culture vous donne quelques idées à explorer lors de votre prochaine visite.

Médaille des jeux de la première Olympiade (Athènes, 1896) conçue par Jules-Clément Chaplain.  (ARGENT DE PARIS)

Une médaille qui se réinvente

L’histoire de la médaille olympique commence aux Jeux d’Athènes en 1896 où elle apparaît, pour la première fois, dans le cérémonial olympique grâce au Français Pierre de Coubertin, l’inventeur des Jeux modernes. En 1928, à Amsterdam, la médaille des Jeux est standardisée, enfermant l’objet dans un « carcan » créative dont elle s’affranchit partiellement en 1972 à Munich. Son revers est désormais laissé à la discrétion de chaque comité organisateur. Quelques années plus tôt, en 1968, la liberté de création dont jouissent les médailles d’hiver s’est manifestée grâce à Roger Excoffon aux Jeux d’hiver de Grenoble. A A partir de 1992, de nouveaux matériaux apparaissent : les médailles d’Albertville sont en cristal. Un nouveau design, qui prévaut aujourd’hui, est apparu en 2004 aux Jeux d’Athènes. Douze ans plus tard, les médailles olympiques commencent à devenir écologiques. De même, la récompense n’a pas cessé « de grandir parce qu’il faut que cela soit vu par les médias », souligne Dominique Antérion.

Jeu d’hiver Jeux d’été : une question de liberté créative

Contrairement à celle des Jeux d’hiver, la médaille des Jeux d’été fut standardisée à partir de 1928, et ce pendant quarante ans. Ce qui a restreint cette médaille d’été « à un objet très pauvre artistiquement », explique Dominique Antérion.  » D’une manière générale, même si à partir de 2004, la médaille des Jeux d’été a changé avec un motif différent de celui qui prévalait auparavant, elle reste relativement contrainte. Sur l’avers, doit toujours figurer la déesse Niké sortant du stade Panathénaïque. De l’autre côté de la médaille, le pays organisateur peut pleinement s’exprimer. Alors que si vous prenez les mêmes médailles contemporaines pour les Jeux d’hiver, il n’y a aucune contrainte. Ils offraient ainsi une véritable « champ de liberté pour les artistes ».

Des récompenses respectueuses de l’environnement

Reflets de leur époque, les médailles n’échappent pas à la question environnementale. « Avec les Jeux de Rio et particulièrement ceux de Tokyo, les comités d’organisation olympiques vont beaucoup travailler sur cette dimension de durabilité en termes d’approvisionnement en métaux pour fabriquer ces médailles. Pour Tokyo, le Japon a organisé une grande collection de composants électroniques. Tout l’or, tout l’argent, qui a servi aux médailles en 2020, a été fourni par cette collection.« . De ces Jeux, la médaille « devient un élément du discours du pays organisateur en ce qui concerne les préoccupations environnementales et sociales également. (…) Quand on fait une médaille d’or, il faut être sûr que cet or est propre. »note Dominique Antérion.

La France, terre viscéralement olympique

La France démontre régulièrement son ADN révolutionnaire et innovant dans le domaine olympique. Elle sera le premier pays à organiser, la même année, en 1924, les Jeux d’été et les premiers Jeux d’hiver. Un exploit qu’elle partage avec l’Allemagne et les Etats-Unis. « Nous avons toujours cherché à nous démarquer. L’Olympisme est une sorte de croisade pour laquelle Coubertin a fait campagne. »rappelle Dominique Antérion. « Après l’échec des Jeux de 1900, de 1904, la Première Guerre mondiale qui bouleversa l’idéal même de l’humanité, du sport… à chaque fois, Coubertin sortit les Jeux du marasme dans lequel ils se trouvaient plongés. » Ainsi, en 1924, la France tient son « vengeance ». « Elle a tout misé sur les Jeux de 1924, qui furent une réussite, à tous les niveaux », poursuit Dominique Antérion. C’est le même esprit qui prévaudra pour les Jeux de 1968 à Grenoble.

Médailles de bronze (slalom) des Xes Jeux Olympiques d'hiver (Grenoble, 1968), avers dessiné par Roger Excoffon.  (ARGENT DE PARIS)

« Quand de Gaulle appelle (le graphiste) Roger Excoffon souhaite vraiment dépoussiérer la charte graphique des Jeux pour qu’elle soit en accord avec la modernité à laquelle la France commence à adhérer. Les médailles Excoffon sont uniques en leur genre ». Même chose à Albertville, en 1992, où Lalique dessine des médailles en cristal. « Nous voulions, encore une fois, nous démarquer en créant autre chose. Ensuite, tout le monde s’est lancé : toutes les médailles hivernales qui ont suivi étaient toutes dans cette veine originale » Idem pour les cérémonies d’ouverture. Celle d’Albertville « complètement dépoussiéré du genre ». Comme la cérémonie de 2024 promet encore de le faire.

Médailles des Jeux olympiques d'hiver d'Albertville de 1992.  (STUDIO Y. LANGLOIS / MUSÉE LALIQUE)

La Monnaie de Paris, championne de la monnaie

La France, où se sont déroulés plusieurs Jeux olympiques, continue de briller à travers l’un de ses symboles majeurs. Les premières médailles olympiques modernes, décernées en 1896, ont été conçues par le Français Jules-Clément Chaplain. « C’est la France qui a frappé le plus grand nombre de médailles olympiques de l’histoire et la Monnaie de Paris est le plus grand fabricant de médailles olympiques de l’histoire », note Dominique Antérion. La Monnaie de Paris a décroché huit fois des médailles olympiques et paralympiques : « En 1896 pour les Jeux Olympiques d’Athènes, pour les Jeux Olympiques de 1900, pour les Jeux d’été et d’hiver de 1924, pour les Jeux Olympiques de Grenoble en 1968, pour les Jeux Paralympiques d’Albertville en 1992 et, enfin, pour les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024.

Les médailles olympiques 2024 sont une création de Chaumet. A l’avers, la récompense « conforme aux règles définies depuis 2004« , à Athènes, avec le dessin créé par l’artiste grecque Elena Votsi. L’inverse, décidé par le comité d’organisation français des Jeux Olympiques, tire son originalité « notamment dans l’écrin de ce petit hexagone de fer qui figure au revers et qui est un petit morceau de la Tour Eiffel. Une d’abord. Cela n’a jamais été vu dans aucune médaille olympique. On retrouve, dans très peu de médailles, un petit morceau du patrimoine national. La médaille des Jeux de 2024 crée ainsi un tout nouveau monde de rêves pour l’athlète. Peu de gens peuvent se vanter d’avoir un petit morceau de la Tour Eiffel autour du cou. Et ce qui est très beau, c’est que ce revers est commun aux médailles olympiques et paralympiques. C’est aussi une première ». La différence se fera sur l’avers de la médaille paralympique.  » Chaumet a choisi de dessiner une vision de la Tour Eiffel vue d’en bass », comme si nous levions les yeux pour voir le monument.

Jusqu’au 22 septembre 2024 à la Monnaie de Paris.
Du mardi au dimanche de 11h à 18h
Nocturne le mercredi jusqu’à 21h