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Dans l’Arctique suédois, la course aux lancements de satellites depuis l’Europe


Par -20°C, une fusée scientifique se détache de la canopée enneigée de l’Arctique suédois : depuis ce centre spatial parmi les plus septentrionaux de la planète, un satellite doit être lancé dans les prochains mois, pour une éventuelle première sur le continent européen .

Pas un chat à l’horizon, seulement quelques rennes : le désert de forêts qui recouvre la région explique pourquoi la base spatiale est installée à cet endroit, au pied de la colline « Radar hill », à 200 kilomètres au-dessus du cercle polaire.

« Ici, nous avons 5 200 kilomètres carrés où personne ne vit, donc vous pouvez facilement tirer une fusée qui tombe sans blesser personne », a déclaré à l’AFP Mattias Abrahamsson, directeur commercial de la Swedish Space Corporation (SSC).

Créé par l’Agence spatiale européenne (ESA) en 1966 pour étudier l’atmosphère terrestre et les aurores boréales, le site a beaucoup investi ces dernières années pour se doter d’installations capables d’envoyer des satellites.

Dans un vaste hangar neuf capable d’abriter l’assemblage de deux fusées de trente mètres, Philip Påhlsson, responsable du projet « New Esrange », actionne une grande porte levante.

Sous le crépuscule rosé de ce début d’après-midi, on aperçoit alors, à l’extérieur, des engins de chantier qui s’activent pour achever la construction de trois nouvelles rampes de lancement.

– Un grand pas –

« C’est d’ici que se feront les tirs de satellites à partir de l’année prochaine », souligne M. Påhlsson. « C’est une étape majeure, la plus importante depuis la création d’Esrange ».

Le nouveau hangar capable d’abriter l’assemblage de deux fusées d’une trentaine de mètres au centre spatial d’Esrange, le 21 novembre 2022 à Jukkasjärvi, dans le nord de la Suède (AFP – Jonathan NACKSTRAND)

Près de 600 fusées dites suborbitales – dont la « Suborbital Express 3 » en ce jour glacial de fin novembre – ont déjà été lancées depuis ce coin de l’extrême nord de la Suède.

Si ces engins sont capables d’atteindre l’espace à des altitudes de 260 kilomètres, ils ne peuvent cependant pas être placés en orbite autour de la Terre.

Dans l’Arctique suédois, la course aux lancements de satellites depuis l’Europe
Le hangar abritant la fusée « Suborbital Express 3 » au centre spatial d’Esrange, le 21 novembre 2022 à Jukkasjärvi, dans le nord de la Suède (AFP – Jonathan NACKSTRAND)

Mais avec le futur premier lancement d’un satellite, la base espère rejoindre un club fermé de grands noms de l’histoire de la conquête spatiale comme Baïkonour au Kazakhstan, Kourou en Guyane française ou Cap Canaveral en Floride.

Des Açores portugaises à l’île d’Andøya dans l’Arctique norvégien en passant par l’Andalousie espagnole ou les îles Shetland, la liste des projets européens concurrents ne cesse de s’allonger, tous déterminés à être les premiers à tirer leur épingle du jeu.

« Nous pensons que nous sommes clairement les plus avancés », assure le SSC, qui vise un premier coup fin 2023 ou début 2024.

L’entreprise publique est en pourparlers avec plusieurs concepteurs de fusées et clients souhaitant placer des satellites en orbite, dans un secteur en pleine euphorie.

Dans l’Arctique suédois, la course aux lancements de satellites depuis l’Europe
Une antenne au centre spatial d’Esrange le 21 novembre 2022 à Jukkasjärvi, dans le nord de la Suède (AFP – Jonathan NACKSTRAND)

Avec le projet d’étage réutilisable Themis, Esrange accueillera également des tests de l’ESA sur des fusées capables de reposer au sol – comme les lanceurs du milliardaire américain Elon Musk.

Alors que la base de Plesetsk, dans le nord-ouest de la Russie, a effectué quelques lancements après la fin de la guerre froide, aucun autre pays du continent européen ne peut prétendre à ce titre.

Pourquoi l’Europe, si éloignée de l’équateur le plus favorable aux satellites, connaît-elle un tel boom spatial ?

« Les satellites sont plus petits et moins chers, et au lieu d’en envoyer un gros, vous pouvez les diviser en plusieurs plus petits, ce qui stimule la demande », explique Philip Påhlsson.

Dans l’Arctique suédois, la course aux lancements de satellites depuis l’Europe
Philip Påhlsson, responsable du projet « New Esrange », au centre spatial d’Esrange, le 21 novembre 2022 à Jukkasjärvi, dans le nord de la Suède (AFP – Jonathan NACKSTRAND)

Jamais depuis l’aube de la conquête spatiale autant d’objets n’ont été lancés dans l’espace qu’en 2021. Et de nouveaux records sont attendus dans les années à venir.

Une orbite Pôle Nord-Pôle Sud (plutôt qu’Est-Ouest) suffit pour beaucoup d’entre eux, rendant des sites comme Esrange intéressants.

Autre avantage : la proximité avec les clients européens évite le long et coûteux acheminement par bateau des satellites jusqu’à Kourou.

– Ukraine –

Ici, comme ailleurs en Europe, on parle pour l’instant de « micro-lanceurs ». Des fusées d’environ 30 mètres capables d’emporter des cargaisons de quelques centaines de kilos. A plus long terme, SSC vise des lancements supérieurs à la tonne.

Travailler dans le rude climat arctique « comporte un certain nombre de défis », reconnaissons-nous à SPC.

Dans l’Arctique suédois, la course aux lancements de satellites depuis l’Europe
Un tracteur sur le chantier de construction de trois nouvelles rampes de lancement au Centre spatial d’Esrange le 21 novembre 2022 à Jukkasjärvi, dans le nord de la Suède (AFP – Jonathan NACKSTRAND)

En air glacial, une prudence particulière s’impose, notamment lors de la manipulation de métaux devenus plus fragiles.

Mais la guerre en Ukraine – où sont fabriqués les moteurs de fusée européens Vega – et la rupture de la coopération spatiale occidentale avec la Russie ont encore accru l’intérêt pour les bases spatiales du Vieux Continent.

« L’Europe a besoin d’un accès indépendant à l’espace et la situation horrible en Ukraine a changé le contexte des affaires spatiales », a déclaré Påhlsson.


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