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dans le sillage de l’armée russe, des mines antipersonnel sophistiquées


Des mines antipersonnel POM-3 ont été identifiées par l’ONG Human Rights Watch autour de la ville de Kharkiv fin mars. Il s’agit du premier cas documenté d’utilisation de mines depuis le début de la guerre en Ukraine. C’est surtout un modèle sophistiqué très récent.

Les soldats russes commencent à laisser des mines derrière eux alors que leurs troupes se retirent ou se repositionnent en Ukraine. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a tiré la sonnette d’alarme dimanche 3 avril, affirmant que l’armée russe laissait des mines antipersonnel autour « des maisons détruites, du matériel abandonné et même dans les corps de ceux qui ont été tués ».

Des allégations sur l’utilisation massive de ce type d’arme qui n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante sur le terrain, souligne l’agence de presse AP. D’autre part, l’existence de mines antipersonnel laissées en Ukraine par des Russes a déjà été vérifiée par Human Rights Watch (HRW).

Mines avec capteurs sismiques

L’organisation non gouvernementale a reçu des photos de ces engins meurtriers prises dans la région de la ville de Kharkiv, dans l’est de l’Ukraine. « Elles nous ont été envoyées par des démineurs ukrainiens le 28 mars », a expliqué Fred Abraham, directeur adjoint des programmes de Human Rights Watch, contacté par France 24. Les photos ont ensuite été soumises pour vérification à des experts indépendants travaillant avec HRW.

Il s’agit du premier cas documenté d’utilisation de mines antipersonnel depuis le début de la guerre d’invasion en Ukraine lancée par Moscou le 24 février. La Russie, qui n’est pas signataire de la convention de 1997 sur l’interdiction des mines antipersonnel contrairement à l’Ukraine, est habituée à utiliser ce type d’arme lors des conflits auxquels elle participe. « Nous n’avons pas été surpris car partout où les soldats russes vont, que ce soit en Syrie, en Libye ou ailleurs, ils laissent des mines derrière eux », a déclaré Mark Hiznay, directeur associé de la division armement de Human Rights Watch. , contacté par France 24. « Nous avons trouvé des traces de mines antipersonnel d’origine soviétique ou russe dans 60 pays », précise Fred Abraham.

Mais ceux qui ont été localisés autour de Kharkiv sont d’un genre nouveau. Il s’agit de mines POM-3 qui « ont été fabriquées en 2021 et qui étaient en développement depuis cinq ans », détaille Mark Hiznay. Ce nouveau schéma peut se déclencher avant même qu’une victime ne marche dessus. Il possède des capteurs capables de détecter les mouvements à proximité et qui se déclenchent à une certaine distance.

Ce mécanisme, en tant que tel, n’est pas nouveau. « Ce sont des capteurs sismiques qui ont été utilisés sur les mines depuis les années 1970, et notamment par les Américains pendant la guerre du Vietnam. Ils ne servent pas seulement à détecter des mouvements, mais peuvent aussi être configurés pour déclencher la mine uniquement lorsqu’un certain poids est atteint. » détecté, ce qui permet, par exemple en théorie, d’exploser uniquement au passage d’un camion militaire et non d’une voiture civile », explique Alexandre Vautravers, expert en sécurité et armement et rédacteur en chef de la « Revue militaire suisse » (RMS) , contacté par France 24.

Mais les POM-3 poussent bien plus loin la sophistication meurtrière. Lorsqu’elles sont déclenchées, ces mines bondissent au-dessus du sol et explosent en se fragmentant sur un périmètre de 16 mètres autour d’elles, précise le site d’information militaire CAT-UXO (« Collective Awareness to UXO », acronyme qui désigne les Unexploded Ordnance, ou « Submerged explosive dispositifs »), qui a documenté ce modèle de mines antipersonnel russes.

Le déminage rendu plus difficile et dangereux

En d’autres termes, ce sont des munitions qui ont été développées pour exploser au niveau de la tête des victimes et causer des dégâts sur une zone beaucoup plus large que les mines antipersonnel traditionnelles.

Ce n’est pas tout. Ces mines ne sont pas placées manuellement. Ils sont envoyés par grappes de dizaines depuis des lance-roquettes sur une distance de 15 kilomètres. Les POM-3 sont également équipés d’un système d’autodestruction qui peut être déclenché à distance et permet de programmer l’explosion de l’appareil huit heures ou 24 heures plus tard, peut-on lire sur le site CAT-UXO.

Enfin, le POM-3 serait capable de « faire la différence entre un animal et un être humain », écrit le New York Times. C’est en tout cas « ce qu’affirme le constructeur sur sa documentation commerciale, arguant qu’il existe des algorithmes et de l’intelligence artificielle embarquée qui permettent de faire la distinction », note Mark Hiznay. Pour Alexandre Vautravers, « c’est un discours purement marketing, il n’y a pas de mines antipersonnel capables de faire ça ».

Même si ces mines ne sont pas aussi « intelligentes » que le prétendent les Russes, « il peut paraître étonnant d’utiliser des engins aussi sophistiqués », souligne Mark Hiznay. Peut-être « qu’ils n’ont plus rien d’autre que des mines », note cet expert de Human Rights Watch.

Reste à savoir si Kharkiv est le seul endroit où les POM-3 ont été placés par l’armée russe. Leur découverte « doit en tout cas nous pousser à intensifier nos recherches, notamment autour d’autres villes d’Ukraine dont l’armée russe s’est récemment retirée, comme Kiev ou Marioupol », note Fred Abraham de Human Rights Watch.

Ceci est d’autant plus important que ce type de mine antipersonnel est plus complexe à désamorcer du fait de ses capteurs. « Pour le moment, nous n’avons pas de solution pour ce type de menace », a déclaré au New York Times James Cowan, directeur de HALO Trust, une ONG britannique qui travaille à débarrasser les anciennes zones de conflit des engins explosifs. seraient restés, comme les mines. « Il faudra probablement qu’un donateur nous fournisse des robots capables de désarmer ces appareils à distance », conclut-il.

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