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Décès de la galeriste Suzanne Tarasiève, infatigable défenseuse des artistes

On aurait pu le croire éternel, le feu sacré de Suzanne Tarasiève, furieusement amoureuse de la vie, tourbillonnante, attachante et, jusqu’au bout, généreuse. Cette galeriste parisienne effrontée comme une Arletty, avec un sourire en plus, relookée en vinyle moulant, manteau panthère et bottes rock’n’roll, continuait de la tromper, infatigable, malgré le cancer qui la rongeait. Cette grande dame est décédée, toujours digne, ce mardi 27 décembre à Paris, à l’âge de 73 ans.

Avec son père radio électricien et sa mère couturière, Suzanne Tarasiève grandit dans le Berry et découvre Munch, Bosch et Kirchner à l’école. Un premier déclic pour une vie qu’elle écrira avec tempérament. A Barbizon (Seine-et-Marne), berceau bourgeois de la peinture de paysage, elle ouvre sa boutique en 1978 pour vendre l’avant-garde. Avec le même goût de l’aventure, cette frêle blonde quitte la forêt de Fontainebleau en 2003, poussée par le collectionneur français Marcel Brient, et se lance à Paris dans l’expérience d’un 13e quartier en pleine réinvention, rue du Chevaleret, à proximité de la Très Grande Bibliothèque. Parallèlement, en 2008, elle inaugure Loft19, à Belleville, à la fois son adresse personnelle et son showroom, avant de s’installer dans le Marais, à partir de 2011.

Si elle défend, toujours avec ferveur, les artistes de la scène picturale française comme Youcef Korichi et Romain Bernini, elle propulse également la sculptrice Eva Jospin, qui travaille le carton, ou le virtuose du graphite Jean Bedez. Mais son regard se tourne toujours vers l’Est : vers l’Allemagne, avec AR Penck, Jörg Immendorff et Sigmar Polke ; à l’Ukraine, ses racines. Sa sincérité sera sa meilleure arme pour s’attirer les bonnes grâces des grands artistes. Sa fidélité fera le reste. Elle réussit à convaincre Georg Baselitz, qui était déjà une star, d’exposer à Barbizon. Elle l’expose ensuite à Paris, même s’il est représenté par le puissant galeriste Thaddaeus Ropac.

Audace et pas de fadeur

En 2000, elle s’immobilise à Düsseldorf, en Allemagne, devant le travail troublant du photographe Boris Mikhaïlov, qu’elle n’a cessé d’exposer depuis. « J’ai eu une sorte de bouffée de chaleur quand j’ai vu ses photos, dit-elle, en décembre, en Salon de la vanité. J’ai tout fait pour le rencontrer au plus vite et je lui ai dit : « Je t’aime, je t’achète ! » » Bien qu’affaiblie, cet automne, elle a mis un point d’honneur à être présente à l’inauguration de sa magistrale exposition à la Maison européenne de la photographie.

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Lemonde Arts

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