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deux artistes pour une alliance de fer

« En marbre, en bronze ? » Si cette exposition apporte un regret, c’est celui de la disparition de son concepteur, l’historien de l’art Tomas Llorens, décédé en 2021, sans en avoir vu le résultat, rendu exceptionnel par des prêts qui ne le sont pas moins, que la Fondation Mapfre à Madrid propose aujourd’hui en 170 ouvrages. C’est pourtant l’un de ceux dont on se demande pourquoi personne n’y a pensé plus tôt : si Picasso a pu, entre autres révolutions qu’il a introduites dans la sculpture du XXe siècle, maîtriser le fer et sa soudure, c’est grâce à l’enseignement du son compatriote Julio Gonzalez (1876-1942), installé comme lui à Paris.

Fils de Concordio Gonzales, ferronnier et orfèvre, Julio a appris le métier avec lui. C’est ainsi qu’il gagne sa vie lorsqu’il arrive à Paris en 1900. Il expose également des dessins et des pastels, quelques peintures rares, à l’époque très inspirées de celles de la période bleue de Picasso, qu’il rencontre vers 1897 à Barcelone. La vente de ses œuvres, dans le magasin qu’il ouvre en 1913 boulevard Raspail, doit être un maigre retour, puisque 1918 le voit travailler à la chaîne dans les usines Renault. Une libération en quelque sorte : c’est là qu’il apprend la technique de la soudure autogène. Il permet, après avoir fondu les extrémités de métaux de même nature, en ajoutant, si nécessaire, un métal d’apport, de les assembler solidement. L’un des avantages est que les fers en question peuvent être très fins.

C’est cette finesse qui attire Picasso, qui cherche une solution pour le monument qu’il entend dédier à son ami décédé, le poète Guillaume Apollinaire. Il veut, littéralement, dessiner dans l’espace. L’idée lui est venue en lisant poète assassinépublié en 1916, où Picasso apparaît sous le nom de « Oiseau du Bénin »chargé de lui élever une statue. « Une statue dans quoi ? En marbre, en bronze ? », lui demande Tristouse, la fiancée du défunt. « Non, répond l’Oiseau, il faut que je taille de lui une statue profonde, comme la poésie et la gloire. »

La créativité débordante de Picasso permettra à Gonzalez de s’affranchir d’une certaine lourdeur académique

Rien ne sera en fer. Avec l’aide de Gonzalez, Picasso, en bon oiseau, crée une cage faite de tiges de fer soudées. Une cage qui, dit Tomas Llorens, « donne forme à l’air. Elle l’enferme sans l’enfermer, car il n’y a rien de plus libre que l’air dans une cage… » Dans une forme d’échange sans doute involontaire, la créativité débordante de Picasso a permis à Gonzalez de se libérer d’une certaine lourdeur académique, quoique relative. Mais tous ceux qui ont ensuite travaillé le fer, de David Smith à César, en passant par Eduardo Chillida ou Anthony Caro, lui ont rendu hommage en précurseur.

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Lemonde Arts

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