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Double symbole |  La presse

Coup de foudre : Fady Dagher revient au bercail et devient chef du Service de police de la Ville de Montréal. On le croyait menotté au quartier général du préfet de police de Longueuil, lui qui y avait signé un contrat de huit ans, en décembre 2021.


Coup de tonnerre?

Fady Dagher est auréolé d’une notoriété publique née de ses nombreuses sorties médiatiques. Il sait parler de la police simplement et intelligemment. Il parle avec le cœur, confiant par exemple qu’il a lui-même fait du profilage racial…

Ce qui lui permettait, répétait-il souvent, d’en voir l’inutilité.

Quelques semaines après un jugement interdisant le profilage racial, ce détail n’est pas anodin1.

À Montréal, Fady Dagher gagnera (un peu) moins que les 300 000 $ annuels que Longueuil lui donnait2. Mais selon mes informations, la Ville de Montréal lui a accordé un contrat de sept ans, une durée inhabituelle pour un administrateur du SPVM : les contrats sont habituellement de cinq ans.

M. Dagher s’est fait arracher l’oreille. Mais d’après ce que j’ai pu apprendre, l’offre était tout simplement irrésistible : le SPVM est l’un des trois plus gros corps policiers au Canada, c’est « dans le Service » que Fady Dagher a grandi. Il se préparait depuis longtemps à devenir le chef et il en rêvait depuis longtemps…

Un rêve brisé par l’administration de Denis Coderre qui, en 2015, lui a préféré Philippe Pichet.

M. Dagher est allé à Longueuil et M. Pichet n’a jamais terminé son désastreux mandat, terni par toutes sortes de scandales qui ont fini par l’éjecter de son siège, du jamais vu à Montréal.

À Longueuil, Fady Dagher bouscule les habitudes et les certitudes policières avec des idées avant-gardistes3dont le RESO, qui fait travailler la police en amont des appels au 911, pour les prévenir.

L’idée est progressiste, mais l’institution policière ne l’est pas toujours : il y a eu des résistances. Le projet est étudié par des universitaires : le verdict quant à son succès chiffré (ou non) ne sera pas connu avant quelques années.

Ce projet RESO a reçu beaucoup d’amour des médias (dont une série documentaire sur RDI) et de la politique : le gouvernement du Québec a financé avec enthousiasme le RESO4.

Avec le départ surprise de Sylvain Caron à la retraite, on savait qu’il fallait lui trouver un successeur à la tête du SPVM. Sophie Roy a assuré l’intérim. Nous ne pensions pas qu’elle était intéressée par le poste… Jusqu’à ce qu’elle postule.

Le nom de M. Dagher n’a jamais été mentionné dans les calculs des dernières semaines : comme je le disais, on pensait qu’il était solidement attaché à Longueuil. Le 3 novembre, Paul Arcand lui demandait encore s’il était intéressé à diriger le SPVM…

« Je ne postulerai pas », a-t-il répondu.

– Et si on vous demande de venir ?

– Je ne vais pas entrer dans les hypothèses », a rétorqué Fady Dagher.

Écoutant attentivement la réponse, Fady Dagher balbutie un peu. Car c’est exactement ce qui s’est passé : « nous » lui avions demandé de postuler…

Le symbole de la sélection de Fady Dagher est doublement puissant.

Premièrement, l’approche avant-gardiste du chef Dagher à Longueuil, c’est cet esprit que la mairie souhaite voir se répandre dans tout Montréal… Dans un environnement social et sécuritaire beaucoup plus complexe qu’à Longueuil : Montréal est l’un des trois grands centres de police services au Canada, ainsi qu’à Toronto et Vancouver.

Deuxièmement, Fady Dagher devient le premier chef de police de Montréal né à l’extérieur du Canada. D’origine libanaise, il a grandi en Côte d’Ivoire. Il n’a jamais caché son amour du Québec, il se sent redevable au Québec.

Qu’on se le dise : on peut naître en Afrique de parents libanais et devenir chef de police à Montréal. Fady Dagher en est la preuve. Espérons que cela rassurera une bonne partie des citoyens de cette ville mixte.

Il arrive à la tête du SPVM dans une période de turbulences. Les nombreuses fusillades ébranlent le sentiment traditionnel de sécurité des Montréalais, dans un contexte où les policiers se plaignent de ne pas être soutenus par la population… Et une partie de la population, celle d’origine immigrée, principalement – ​​comme M. Dagher –, se sent injustement pris pour cible par la police.

Diriger le SPVM a toujours été un exercice périlleux, où il faut naviguer dans un environnement difficile. Il faut gagner le respect des troupes sans perdre celui de la population, dans un contexte où les réseaux sociaux amplifient toute forme de mécontentement. La politique doit être tenue à distance sans l’aliéner. Des décisions difficiles doivent être prises du point de vue des relations de travail sans s’aliéner la Fraternité de la police.

Il va falloir se battre pour les budgets, à une époque où le définancement de la police fait saliver les militants bruyants. Il va falloir convaincre la police de faire un virage plus social… tout en arrêtant les bandits, qui existent bel et bien.

Tout cela dans une métropole où il y aura inévitablement des manifestations dans les rues, peut-être un ou deux coquins arrêtés, des fuites embarrassantes dans les médias, l’arrestation embarrassante d’un innocent et, bien sûr, la proverbiale arrestation « musclée », qui provoquera réactions jusqu’à l’Assemblée nationale.

Sans parler des luttes de pouvoir au sein même du SPVM, luttes qui ont souvent dégénéré par le passé : les courses à la chefferie passées ont souvent laissé du sang métaphorique sur les murs du QG de la rue Saint-Urbain, comme le rappelait récemment avec justesse Daniel Renaud dans La presse5.

C’est un leader solide qui prend les commandes du SPVM, plus solide que s’il avait remporté le concours de 2015.

Aujourd’hui, il sera célébré et loué. Ce sera sans aucun doute l’un des plus beaux jours de la vie de Fady Dagher, ce jour dont il rêvait depuis plus d’une décennie.

A partir de demain, les sept années les plus exigeantes de la vie de Fady Dagher commencent.


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