En France, Biden poursuivra son duel avec Trump à distance

Joe Biden s’est envolé mardi pour la France, où il saluera l’héroïsme des troupes américaines en 1944, vantera les alliances des Etats-Unis et plaidera pour la démocratie : autant d’occasions de forcer le contraste avec Donald Trump.

« Nous sommes la grande puissance mondiale », proclame le président démocrate dans une interview diffusée par le magazine Time, plaidant pour un rôle actif de l’Amérique dans le monde.

Au contraire, les alliés des Etats-Unis craignent, en cas de victoire de leur prédécesseur républicain en novembre, un nouveau virage isolationniste.

« J’ai une vision radicalement différente » de la sienne, affirme Joe Biden, ajoutant que « l’élément principal (de la sécurité américaine), ce sont nos alliances ».

« Lui, Trump, il voulait simplement les abandonner », assure le démocrate de 81 ans, évoquant notamment les critiques du milliardaire de 77 ans à l’égard de l’Otan.

Le programme du président américain en France témoigne de cette volonté de se distinguer le plus possible de son adversaire.

Dimanche, Joe Biden déposera une gerbe au cimetière américain de Bois Belleau (Aisne), en hommage aux soldats tombés lors de la Première Guerre mondiale.

En 2018, Donald Trump avait renoncé à s’y rendre, officiellement à cause du mauvais temps.

– « Perdants » –

Il craignait, selon des propos rapportés au magazine The Atlantic par des témoins, que la pluie ne perturbe sa coiffure. Et il aurait dit : « Pourquoi devrais-je aller dans ce cimetière ? Il est plein de ‘perdants’. »

Joe Biden visitera jeudi un autre célèbre cimetière américain, celui de Colleville-sur-Mer, en Normandie, et il y rencontrera des vétérans.

Avant de participer, le même jour, à la cérémonie internationale commémorative du débarquement allié du 6 juin 1944, à Omaha Beach.

Puis il sera reçu vendredi à Paris par Emmanuel Macron, avec une cérémonie de bienvenue, un défilé militaire et un déjeuner de travail au programme, avant des déclarations communes à la presse.

La journée se terminera par un dîner d’État, une manière pour le président français de rendre la politesse, lui qui avait bénéficié du même traitement à Washington en décembre 2022.

Selon la Maison Blanche, les deux dirigeants doivent faire des annonces sur la coopération dans la région Asie-Pacifique, la transition énergétique et l’énergie nucléaire.

Entre commémoration du « Jour J » et faste de l’Elysée, le président américain s’est réservé vendredi pour s’adresser à ses compatriotes.

Il prononcera un discours sur la démocratie et la liberté depuis la Pointe du Hoc, promontoire pris d’assaut par les « Rangers » américains lors de l’une des batailles les plus féroces du Débarquement.

– Reagan –

Il y a 40 ans, Ronald Reagan lançait au même endroit un puissant plaidoyer en faveur de la démocratie, « la forme de gouvernement la plus honorable inventée par l’homme », et pour l’affirmation de la puissance américaine dans le monde.

« Nous, en Amérique, avons tiré les leçons amères des deux guerres mondiales : il vaut mieux être ici (NDLR : en Europe), prêts à protéger la paix, que de se terrer de l’autre côté de l’océan, pour ne pas » riposter. seulement lorsque la liberté sera déjà perdue », a déclaré le président républicain.

En 1984, il faisait bien entendu référence à la rivalité avec l’Union soviétique.

En 2024, ces propos font écho à la volonté de Joe Biden de soutenir l’Ukraine contre la Russie, ou de tenir tête à la Chine.

La Maison Blanche a par ailleurs annoncé mardi, peu après le départ du président américain pour la France, qu’il rencontrerait son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky en marge des commémorations du Débarquement, puis du sommet du G7 en Italie.

Mais c’est bien sûr aussi à Donald Trump que pensera le président démocrate.

Le républicain, qui n’a jamais concédé sa défaite en 2020, fait campagne sur une promesse de « revanche » contre ses opposants politiques.

« Quelque chose s’est vraiment cassé chez ce type » il y a quatre ans, a déclaré Joe Biden lundi lors d’une réunion avec les donateurs démocrates.

« Cela le rend littéralement fou », a-t-il ajouté, répétant, comme à chaque fois, que la démocratie américaine serait « en jeu » lors des élections de novembre.

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