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En France, « l’avenir du football féminin dépend de la qualité de sa diffusion »

La qualité de la retransmission des matchs de la D1 Arkema, la plus haute division du championnat de France de football féminin, bouleverse les followers. Le symptôme selon eux du décrochage progressif de la France par rapport à ses voisins dans la discipline.

Pour le match d’ouverture des 12e Journée entre le PSG et Rodez Vendredi 13 janvier, les téléspectateurs de la D1 Arkema, la première division du football féminin en France, ont eu la mauvaise surprise de regarder le match sur un terrain mal éclairé du Camp des Loges. Le lendemain, lors du choc entre Guingamp et Le Havre, ce sont des gouttes de pluie qui obstruent les caméras. Une série de dysfonctionnements qui a poussé le média Footeuses à tirer la sonnette d’alarme.

Lancé en 2018 dans la foulée de la Coupe du monde féminine organisée en France, ce média, qui vise à mettre en lumière le football féminin, a publié jeudi 19 janvier une lettre ouverte. Intitulée « Respectons et considérons le football féminin en France », il appelle « tous les acteurs concernés [à prendre] prise de conscience des réelles lacunes du football féminin dans notre pays ».

La lettre a été lue plus de 400 000 fois sur les réseaux sociaux depuis sa publication : « Depuis, on a eu une centaine de témoignages : des gens qui nous disent qu’ils arrêtent de regarder le foot féminin parce que c’est devenu inregardable. D’autres qui ont décidé d’arrêter jouer parce que les équipes féminines sont toujours la dernière roue du coach en termes d’infrastructures et de terrains », explique Clément Gauvin, co-fondateur de Footeuses. « Nous sommes des spectatrices quotidiennes du football féminin et nous voyons depuis des semaines et des mois des signaux très inquiétants. La qualité de la diffusion nous alerte chaque week-end. Ce sont des choses qu’on ne voit jamais dans aucun autre sport. L’avenir de la discipline dépend de la qualité de la diffusion. »


Canal + démarrage en contact

Du côté du diffuseur, Canal +, on déplore ce manque de qualité et les couacs techniques, tout en assurant qu’on ne peut pas faire mieux face au mécontentement des abonnés.

« Nous sommes évidemment déçus de l’émission proposée à nos abonnés le week-end dernier mais, malheureusement, nous rencontrons des difficultés qui ne dépendent pas de Canal +. Depuis quatre ans, [notre groupe] faire de notre mieux pour promouvoir la D1 mais nous ne pouvons pas avancer seuls : la FFF et les clubs doivent élever le niveau et professionnaliser le Championnat », assure ainsi Thomas Sénécal, directeur des Sports de Canal+, à l’Equipe. « Trop de D1 les stades ne disposent pas d’infrastructures suffisantes pour nous permettre d’assurer un enregistrement de qualité : parfois nous ne savons pas où installer nos caméras, elles ne sont pas protégées des intempéries, ou nous avons des problèmes d’éclairage.

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« C’est vrai que la mauvaise qualité de la diffusion est avant tout due à la mauvaise qualité des infrastructures. Quand les équipes jouent dans des petits stades, c’est très compliqué d’assurer la diffusion. Il faut des échafaudages et des nacelles placées à proximité du stade pour avoir un point de vue pour faire un plan large. Mais parfois ça ne marche pas donc la caméra reste au ras du sol et l’image est mauvaise », concède Thomas Gauvin.

« Pourtant, ça n’explique pas tout. Un match féminin par Canal+, c’est deux caméras. Pour les garçons, c’est 31 caméras », rappelle la co-fondatrice des Footeuses. « Il y a un manque de professionnalisme de la part de Canal+. Ce sont des commentateurs qui ne connaissent pas le foot féminin. Ils se trompent sur les noms des joueuses. Des joueuses alertent leur réseau sur le fait que leur nom est rayé, sur des erreurs factuelles … »

Aucun diffuseur à six mois de la date limite

Une échéance cristallise les inquiétudes des adeptes du football féminin français. Le contrat de diffusion de Canal + prend fin à la fin de la saison. Depuis 2018, il a versé 1,2 million d’euros par saison, un montant multiplié par six par rapport au précédent contrat. Mais la dynamique risque de se tarir en France, puisque, selon un dossier de l’Equipe, les diffuseurs sont loin de se bousculer à la porte. Or, dans le même temps, les droits TV, l’une des plus importantes mannes financières des clubs, ont explosé dans d’autres championnats et notamment en Angleterre : Sky Sports et la BBC paient 8 millions de livres par saison (9,1 M€), avec un diffusion partielle en clair.

« Il y a un manque d’intérêt de la part de Canal + avec ces droits de diffusion qui n’ont pas encore été achetés à six mois de l’échéance. On risque de se retrouver avec un prix dérisoire par rapport à ce qui se fait à l’étranger » fustige Clément Gauvin. « Les décideurs politiques doivent s’impliquer dans le dossier. On ne peut pas être dans une situation où, à six mois de la fin du contrat, on n’a plus de diffuseur. »

La France est historiquement un bastion du football féminin en Europe. Le Paris Saint-Germain et surtout l’Olympique Lyonnais sont les locomotives du championnat de France, remportant à eux deux tous les titres de champion depuis 2007. L’OL a même soulevé 8 fois la Ligue des champions durant cette même période.

« Nous étions en avance sur les autres pays européens. Le manque de politiques publiques se fait désormais sentir et nous sommes dépassés par tous les pays qui ont investi », pointe Clément Gauvin, qui fait la comparaison avec l’Angleterre.

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« Outre-Manche, ils ont su capitaliser sur l’organisation de l’Euro 2023. On ne l’a pas fait après la Coupe du monde 2019. Toutes les grosses équipes anglaises jouent dans les stades des garçons, ce qui permet une vraie promotion. réunir entre 30 et 40 000 personnes, voire plus quand l’équipe nationale joue », loue le co-fondateur des Footeuses. « Ils sont très présents sur les réseaux. Ils ont réussi à créer l’engouement dans les stades, notamment grâce à une politique tarifaire ultra intéressante. »

Un constat en phase avec celui dressé par Wendy Renard en septembre dernier dans L’Equipe : « Derrière la Coupe du monde 2019 en France, on n’a pas réussi à surfer sur cette vague positive, a regretté la capitaine de l’OL. il n’y a pas que le Covid : on n’a pas réussi à garder cette dynamique et on stagne », a expliqué la star des Bleues.


Outre les problèmes de retransmission, c’est souvent la qualité des pelouses où les footballeurs exercent leur talent qui sont souvent pointées du doigt. Un manque d’infrastructures qui n’est pas sans conséquence pour les joueurs. Citant une étude de 2021 publiée dans le British Journal of Sports Medicine, Footeuses rappelle que la qualité des infrastructures utilisées par les équipes féminines les expose deux fois plus à des blessures graves que leurs homologues masculins.

« Il faut donner au football féminin les moyens de réussir. Si on ne fait rien, il y a un risque de dégradation et de décrochage », conclut Clément Gauvin.



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