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En Russie, des révélations sur la fortune cachée de Vladimir Poutine

Une enquête publiée lundi par un groupe de journalistes d’investigation a réussi pour la première fois à lier Vladimir Poutine à une coopérative secrète de 86 sociétés qui possède des propriétés immobilières de luxe, des yachts et de nombreux comptes bancaires. Explications.

Face à face, c’est ce président qui a su faire simple : un salaire de 11 000 euros par mois et un patrimoine qui se résume à un terrain, un appartement à Saint-Pétersbourg, des montres de luxe et trois voitures. D’un autre côté, Vladimir Poutine est en fait l’un des hommes les plus riches du monde avec des yachts, des jets privés et de nombreux biens immobiliers.

Mais contrairement à Elon Musk ou Jeff Bezos, le président russe ne possède pas personnellement ces actifs. Leurs propriétaires officiels sont de riches oligarques soupçonnés d’agir comme des hommes de paille pour cacher la fortune du maître du Kremlin. Ainsi, en 2021, lorsque l’activiste anti-corruption Alexeï Navalny révélait l’existence du « palais de Poutine » sur les rives de la mer Noire, le milliardaire Arkadi Rotenberg, ami de longue date et partenaire de judo du président russe, prétendait être le propriétaire de ce somptueux complexe de 17 000 mètres carrés estimé à 1 milliard de dollars.

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Mais dans une enquête publiée lundi 20 juin, un consortium de journalistes d’investigation « Organized Crime and Corruption Reporting Project » (OCCRP) associé au média russe indépendant Meduza, est parvenu pour la première fois à faire le lien entre le président Poutine et une coopérative secrète de 86 sociétés et fondations qui possède 4,5 milliards de dollars d’actifs immobiliers et financiers de luxe.

« Je ne fais que signer des papiers »

Il s’agissait d’une fuite de données hébergée par Moskomsvyaz, une société informatique russe, qui a mis les enquêteurs sur la piste des milliards de Poutine. Les journalistes ont analysé les métadonnées des mails échangés entre les entités de cette coopérative qui, a priori, opèrent dans des secteurs différents et n’ont rien à voir les unes avec les autres. Première surprise : ils utilisent le même nom de domaine de messagerie privé, LLCInvest.ru.

Autre élément inquiétant, les dirigeants, cadres et employés de ces entreprises communiquent régulièrement entre eux via cette messagerie, discutant d’affaires communes, comme s’ils faisaient partie du même groupe. L’OCCRP cite en exemple la société Volna, détenue par Sergei Rudnov, le fils d’Oleg Rudnov, un ami de Vladimir Poutine décédé en 2015. Des fuites d’e-mails montrent le co-fondateur d’une société appartenant à ce cartel secret discutant des finances de Volna avec un autre homme, dont aucun n’a de lien public avec les affaires de Rudnov.

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Joignable par téléphone [par les auteurs de l’enquête], a confirmé le directeur de plusieurs sociétés coopératives aux journalistes utilisant la messagerie LLCInvest.ru. « Je ne suis qu’un humble employé qui s’occupe de ses propres affaires. Tout ce que je fais, c’est signer des papiers. Vous savez, parfois, vous enregistrez un sans-abri comme gérant d’une entreprise. Moi, je ne suis pas un sans-abri, mais je signe les papiers sans faire attention à les détails », a-t-il avoué.

Enfin, une bonne partie de ces 86 sociétés et fondations gèrent depuis longtemps des actifs attribués à Vladimir Poutine. C’est le cas des vignobles appartenant à l’oligarque Gennadi Timtchenko et au fils d’un ami d’enfance de Poutine ou encore de la station de ski d’Igora, près de Saint-Pétersbourg, liée à Svetlana Krivonoguikh, la prétendue maîtresse du président russe.

Ce réseau d’entreprises possède également plusieurs yachts de luxe, dont le plus grand est le « Shellest », un navire de 46 mètres de long, d’une valeur de 23 millions de dollars, qui voyage régulièrement entre Guelendjik, où se trouve le « Palais de la mer Noire » et le port de Sotchi. Ce géant des mers appartient à Revival of Marine Traditions, une fondation liée à Vladimir Poutine selon le Trésor américain

Une nébuleuse au service du clan Poutine

Pour couronner le tout, le cercle « LLCInvest » entretient des liens étroits avec la banque Rossia, surnommée la « banque des amis de Vladimir Poutine » et impliquée dans les Panama Papers. « La seule explication que je vois, c’est que ces entreprises ont un système de gestion commun », a déclaré l’OCCRP, un expert russe de la corruption, sous couvert d’anonymat. « LLCInvest agit comme une coopérative ou une association dans laquelle les membres peuvent échanger des bénéfices et des biens ».

Ce schéma de corruption informel mais bien établi n’est pas sans rappeler le système décrit par Sergueï Kolesnikov en 2010. A l’époque, cet homme d’affaires qui a fui la Russie affirmait avoir conçu un montage financier opaque permettant à un groupe d’oligarques de collecter des milliards de roubles en un « fonds d’investissement » au profit de Vladimir Poutine.

Selon Sergei Kolesnikov, cet argent a été détourné d’un projet caritatif destiné à acheter du matériel médical à transférer à la société Rosinvest. Ce dernier devait investir dans des entreprises russes, mais Vladimir Poutine aurait finalement décidé d’utiliser les fonds pour la construction de son palais sur la mer Noire. Après les révélations de Kolesnikov, Rosinvest a été dissoute.


Selon l’expert anti-corruption interrogé par l’OCCRP, LLCInvest a des points communs avec Rosinvest, mais est moins centralisé et donc moins vulnérable aux lanceurs d’alerte. « [Ce système] réduit les chances de révélations d’un nouveau Kolesnikov », analyse le spécialiste russe. Interrogé par des journalistes, le Kremlin affirme que « le président de la Fédération de Russie n’est pas lié ou associé aux organisations citées ».

Si la fortune de Vladimir Poutine reste une énigme, certains experts l’estiment à plusieurs dizaines voire centaines de milliards de dollars, rappelle le magazine Forbes. En 2015, l’homme d’affaires anglo-britannique Bill Browder, qui était le plus important investisseur occidental en Russie à la fin des années 1990, assurait dans un livre intitulé « Red Notice » que Vladimir Poutine s’était octroyé la moitié de la richesse de tous les oligarques . Selon ses calculs, le président russe aurait une fortune d’environ 200 milliards de dollars.

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