ENQUÊTE EXCLUSIVE – Européennes 2024 : petit bond en faveur de LFI dans la dernière ligne droite

A deux jours du vote de ce dimanche pour les élections européennes, c’est la dernière photographie des forces en présence et elle montre un paysage global qui semble se stabiliser.

Dans le baromètre Eurotrack OpinionWay-Vae Solis pour « Les Echos » et Classical Radio, la liste Rassemblement National emmenée par Jordan Bardella continue de dominer largement avec 33% d’intentions de vote (stable par rapport à lundi dernier). Elle est suivie, loin derrière, par celle de la majorité présidentielle menée par Valérie Hayer, à 15% des intentions de vote (stable également), qui reste suivie de près par la liste PS-Place publique de Raphaël Glucksmann, à 14% (stable) .

Des surprises possibles

On est dans la marge d’erreur, ce qui n’exclut pas, en fonction de la participation de dimanche, des surprises. L’indice de participation est en effet estimé dans l’enquête à 48%. Au même moment, avant le vote de l’élection continentale de 2019, elle était de 44% et la participation était finalement de 50,1%. C’est une élection où les électeurs se mobilisent et décident souvent au dernier moment.

« Cela indiquerait une bonne probabilité que la participation soit au moins équivalente à celle de 2019 voire un peu supérieure », estime Bruno Jeanbart, vice-président d’OpinionWay. Si tel était le cas, la participation serait alors supérieure à celle du premier tour des élections législatives de 2022 et le scrutin européen deviendrait la deuxième élection nationale, après l’élection présidentielle, pour laquelle vote le plus grand nombre en France.

Avec, au sein de ce chiffre, des écarts et des disparités très importants, entre hommes et femmes – les premiers votent davantage – et surtout entre les différentes tranches d’âge, avec une participation estimée à 31% chez les 18-24 ans et à 63% chez les 65 ans et plus.

Éveil d’un électorat jeune et urbain

Dans cette toute dernière ligne droite, c’est du côté de la liste de La France Insoumise (LFI) conduite par Manon Aubry, jusque-là très basse, que l’on constate des évolutions avec une hausse de 2 points en quelques jours, à 8 %. « Très clairement, il y a un peu de remobilisation du côté de LFI ; ce n’est pas une dynamique énorme car la liste passe de 6% à 8% et cette dynamique reste fragile car elle est conditionnée à la participation de dimanche et à la structure de cette participation», analyse Bruno Jeanbart.

Mais cette résurgence pourrait marquer le réveil de l’électorat jeune et urbain, qui avait beaucoup voté pour Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022, note l’enquêteur et aurait pu être séduit par la campagne de LFI très centrée autour de la guerre à Gaza.

Plus inquiétant pour la liste écologiste de Marie Toussaint, ce regain de mobilisation ne lui profite en rien, contrairement à ce qui s’est passé en 2019 pour la liste de Yannick Jadot et alors que ce scrutin est globalement favorable aux Verts. Il est en zone rouge avec 5% d’intentions de vote et donc un risque élevé, s’il passe en dessous de cette barre, de ne pas avoir d’élus.

Ce regain de mobilisation ne semble pas profiter, dans ce bloc de gauche où la concurrence est rude et le vote plus volatile qu’ailleurs, la liste de Raphaël Glucksmann, stable par rapport à la dernière vague du 3 juin.

Petit effet de vote utile

La mobilisation semble également difficile pour la liste LR de François-Xavier Bellamy, prise entre le RN, la Reconquête et la majorité. LR perd 1 point, à 6% des intentions de vote. Difficile, également à l’extrême droite, pour Reconquête et Marion Maréchal, elles aussi à 6% d’intentions de vote. « Il y a peut-être, pour ces listes, un petit effet de vote utile qui profite au RN », note Bruno Jeanbart.

Réalisée entre le 4 et le 6 juin, l’enquête ne mesure pas l’impact qu’ont pu avoir l’interview de jeudi soir d’Emmanuel Macron et les images des commémorations du Débarquement. « C’est atypique d’avoir un événement aussi fort à trois jours du scrutin. Dans un pays un peu en colère, est-ce que cela crée un peu d’unité nationale ou pas ? » demande l’enquêteur.

Aux incertitudes liées à la participation, s’ajoutent aussi celles du choix de liste : 27% des Français ayant manifesté leur intention de voter déclarent également pouvoir encore modifier leur liste. C’est 7 points de moins que lors de la vague précédente du baromètre, mais cela reste un chiffre important qui pourrait réserver quelques surprises dimanche soir.