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Fiona aux Îles-de-la-Madeleine |  « Personne ne dormira beaucoup ce soir »

A la veille de l’arrivée de Fiona, les madelinots retiennent leur souffle

Publié à 21h02

Fiona aux Îles-de-la-Madeleine |  « Personne ne dormira beaucoup ce soir »

Texte : Caroline Touzin
La presse

Fiona aux Îles-de-la-Madeleine |  « Personne ne dormira beaucoup ce soir »

Photos : Olivier Jean
La presse

(Îles-de-la-Madeleine) Roberto Bourgeois, pêcheur de homard, fixe son bateau de pêche, l’air inquiet.

Les Îles, qui sont en plein milieu de la trajectoire, doivent être préparées à affronter des vents de 100 à 160 kilomètres à l’heure et à recevoir 75 à 125 millimètres de pluie au total, ce qui inclut donc la pluie déjà tombée depuis jeudi soir. Une marée de tempête viendra s’ajouter au plateau du samedi matin.

Les propos du météorologue Jean-Philippe Bégin ont été glaçants. « Pour les Îles-de-la-Madeleine, les conditions vont s’aggraver pour devenir exécrables et même dangereuses durant la nuit. Le pire pour les Îles-de-la-Madeleine se situe entre [la nuit de vendredi] et tard samedi soir, donc environ 24 heures », a-t-il affirmé.

« J’aurais dû le mettre au sec avant, mais j’avais encore du travail », se lamente Roberto Bourgeois, un pêcheur de homard rencontré sur le quai de l’Étang-du-Nord vendredi en fin d’après-midi, alors qu’une pluie fine tombait sur les Îles-de-la-Madeleine.

Avec sa cagoule en coton vissée sur la tête pour seule protection, le Madelinot s’affaire à « tripler, voire quadrupler » ses amarres.

La pêche au homard a pris fin en juillet, l’homme basané raconte un été passé en mer, mais il a décidé de continuer les expéditions avec des plongeurs pour récupérer les cages perdues.

C’est pour cette raison que son bateau n’a pas encore été entreposé.

Fiona aux Îles-de-la-Madeleine |  « Personne ne dormira beaucoup ce soir »

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Roberto Bourgeois, pêcheur de homard

« J’espère que ça tiendra », dit-il en remplaçant une corde endommagée par une bien plus grosse et toute neuve.

Comme beaucoup, l’homme s’apprêtait à passer la nuit dans son bateau. « Tous ceux qui se soucient de leur bateau le font », dit-il, malgré les risques que cela comporte.

Le pêcheur est prêt à tout pour sauver son gagne-pain – le bateau vaut 800 000 $, souligne-t-il – alors que tout le monde sur l’archipel du golfe Saint-Laurent craint les conséquences que la tempête tropicale Fiona pourrait laisser sur son passage.

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PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Roberto Bourgeois est occupé à « tripler, voire quadrupler » ses amarres.

Vents de 150 km/h

Fiona devait toucher l’est du Québec vendredi soir, jusqu’en fin de journée samedi. Des vents jusqu’à 150 km/h, des vagues jusqu’à 6 à 8 mètres et beaucoup de pluie étaient attendus.

« Des visites préventives sont effectuées en collaboration avec les services de sécurité incendie, et des services de sinistre ou des centres d’hébergement seront mis à disposition en cas de besoin. Tout est en place pour assurer la sécurité des Madelinots. Soyez prudent », a déclaré la ministre de la Sécurité publique sortante, Geneviève Guilbault, sur Twitter en fin de journée vendredi.

Sur le site historique de La Grave, à Havre-Aubert, les commerçants se préparaient au pire vendredi. Luc Chevrier a rangé ses bijoux, l’air résigné. « C’est la première fois que j’écris depuis que j’ai la boutique », dit-il. Avec sa femme, Solange Leblanc, il vidait son commerce de son précieux contenu, multipliant les allers-retours entre son véhicule et le magasin.

Fiona aux Îles-de-la-Madeleine |  « Personne ne dormira beaucoup ce soir »

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La Grave à Havre-Aubert, aux Îles-de-la-Madeleine

« On risque de tout perdre », déplore M. Chevrier alors que son commerce situé au bord de l’eau ne peut être assuré contre les inondations et les tempêtes. Il l’a achetée pour plus de 100 000 $ il y a 8 ans et a investi quelque 50 000 $ dans des rénovations depuis.

« Plus ça va, plus on est stressé », ajoute sa femme.

Le couple craint que les gros rochers qui viennent d’être installés pour limiter l’érosion des berges du site historique de La Grave brisent ses vitres et qu’alors l’eau s’infiltre partout. C’est que la municipalité a récemment terminé les travaux de recharge de la plage au niveau du site historique; un chantier rendu nécessaire pour protéger le lieu contre l’érosion côtière et la submersion.

Protection bancaire

L’érosion des berges est un problème majeur ici; un phénomène accéléré par le changement climatique. En 2020, le maire, Jonathan Lapierre (maintenant candidat aux élections provinciales pour la Coalition avenir Québec), et le député péquiste, Joël Arseneau, ont demandé à Québec de fournir une enveloppe de 80 millions de dollars dédiée à la protection des berges. pour les 10 prochaines années.

« Il s’agit du premier test majeur pour le projet d’enrochement de La Grave », souligne le maire suppléant des Îles-de-la-Madeleine, Richard Leblanc. Ce conseiller municipal dont le « vrai métier » est d’être fonctionnaire à Emploi Québec a accepté d’assumer les fonctions de maire après que Jonathan Lapierre eut décidé de tenter de se faire élire membre de la CAQ dans la campagne en cours.

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Richard Leblanc, maire adjoint des Îles-de-la-Madeleine

En fait, M. Leblanc est un « remplaçant par intérim » puisqu’un autre collègue avait été désigné, mais ce dernier est actuellement à l’étranger (il doit rentrer aux Îles ce week-end). « J’ai dit oui sans savoir que j’allais vivre Fiona », lance-t-il avant d’éclater de rire.

Cependant, il ne fallut pas longtemps avant que le fonctionnaire de carrière reprenne son sérieux. « Nos équipes sont prêtes », a-t-il déclaré. Dès que le plan d’urgence sera déployé, les pompiers et les travaux publics travailleront 24 heures sur 24. »

souvenirs de Dorien

« Personne ne dormira beaucoup cette nuit », lance le maire Leblanc, qui garde un très mauvais souvenir de la tempête post-tropicale. Dorien. Cette tempête avait fait des ravages dans l’archipel du golfe du Saint-Laurent il y a trois ans. « Les travaux publics avaient mis quatre à cinq semaines pour tout réparer », se souvient-il. Des rafales allant de 70 à 120 km/h ont alors été enregistrées. Des vagues de 12,8 m avaient été détectées par une bouée de Pêches et Océans Canada au large des Îles. Quelque 5 000 abonnés d’Hydro-Québec ont été privés d’électricité à un moment ou à un autre. Au total, 43 mm de pluie ont été enregistrés. La route 199 avait été inondée et jonchée de rochers, de sable et de nombreux débris sur plusieurs kilomètres dans tout l’archipel.

Il n’est pas le seul à craindre de rejouer dans le même film catastrophe. Depuis quelques jours, les Madelinots prennent d’assaut les épiceries pour s’approvisionner en eau et en nourriture.

« C’est comme la veille de Noël ; tout le monde s’approvisionne », raconte le gérant de la COOP IGA de Havre-aux-Maisons, Pascal Thorne. Comme plusieurs autres commerçants, il a pris la décision de fermer samedi. «  A Dorien, des fils électriques étaient tombés sur les routes, se souvient-il. Nous ne voulons pas que quiconque prenne des risques », ajoute-t-il.

Fiona aux Îles-de-la-Madeleine |  « Personne ne dormira beaucoup ce soir »

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Jean-Claude Gaudreau s’approvisionnait à la Coop IGA de Havre-aux-Maisons, avant le passage de la tempête Fiona

Le gérant est d’un calme incroyable, comme beaucoup de Madelinots rencontrés quelques heures avant l’arrivée de Fiona. « Ce n’est pas notre première tempête », répondent-ils lorsqu’on leur demande comment ils anticipent les prochains jours.

« Ici, en hiver, quatre jours avec des rafales de vent à 100 km/h, ce n’est pas exceptionnel », explique le maire suppléant, qui insiste à son tour sur le fait que les Madelinots sont habitués aux intempéries. .

Dans les paniers de nombreux clients de l’épicerie, des caisses de bière de la microbrasserie locale – la bien nommée À l’abri de la tempeur – côtoyaient bouteilles d’eau et canettes.

Samedi, aux Îles, c’est aussi l’ouverture de la chasse au canard. Certains ne veulent pas partir Fiona gâcher l’événement. « Si le temps n’est pas trop mauvais, je ne manquerai pas ça », déclare M. Thorne, le gérant de l’épicerie.

Avec La Presse canadienne


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