François Ruffin se dit « capable d’être Premier ministre » en cas de victoire du Front populaire

POLITIQUE – Qui représentera la gauche à Matignon en cas de victoire aux législatives ? Alors qu’un accord de principe est trouvé entre LFI, PCF, Écologistes et PS, les noms des candidats à la tête du gouvernement commencent à être connus. Après Jean-Luc Mélenchon, c’est au tour du député de la Somme François Ruffin de faire le point ce jeudi 13 juin.

«Je m’en sens capable aussi. Si jamais il y a un consensus sur un nom, je suis prêt à prendre la place que nous voulons pour transformer la vie des gens.a déclaré François Ruffin sur France 2, estimant qu’il était « le premier qui en a eu marre de Macron ».

« Si jamais dans l’histoire de notre pays, quel que soit le poste que j’occupe, si c’est à Matignon comme Premier ministre, pourquoi pas, mais si c’est comme ministre des Sports et que j’arrive à donner le sport pour tous, pour tous les enfants de notre pays, j’en serais fier », il ajouta.

Le député de la Somme est à l’origine de la reprise de l’appellation « Front populaire » pour l’union de la gauche après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée. Sa pétition lancée immédiatement a recueilli des centaines de milliers de signatures en quelques heures, avant que les dirigeants socialistes, écologistes et communistes ne se mobilisent autour de l’idée, suivis ensuite par les insurgés.

Le programme oui mais…

Les négociations sont désormais bien avancées pour finaliser l’accord. Selon les premiers éléments communiqués à la presse, la France Insoumise devrait récupérer 229 investitures (une centaine de moins qu’en juin 2022), le Parti socialiste 175 (+100 grâce à sa percée aux élections européennes), les écologistes 92 et les communistes une. cinquante. Des annonces plus précises sont attendues ce jeudi sur le programme.

La partie est loin d’être simple. L’explosion du Nupes s’est produite sur fond de désaccords profonds sur les questions internationales, ajoutés à d’autres divergences déjà problématiques sur l’écologie, la méthode et les stratégies politiques… En face, Emmanuel Macron et son camp n’hésitent pas à mettre en avant ces divergences des avant gauche : « Sur chacun de ces sujets essentiels, ils pensent le contraire » avait-il fustigé la veille lors d’une conférence de presse, évoquant l’Ukraine, la « les valeurs de la République et le rapport au Parlement ».

Mais les désaccords programmatiques ne sont pas les seuls – ni les plus délicats – à gauche. Dans les rencontres qui se tiennent actuellement, la question de l’incarnation doit occuper une place au moins aussi importante. C’est simple sur le papier : qui comme tête d’affiche derrière laquelle se rallier, alors que le RN a déjà choisi Jordan Bardella et Renaissance Gabriel Attal ?

Mélenchon, Ruffin, Berger… ou une femme ?

Sur le plateau de France 2 mercredi soir, Jean-Luc Mélenchon a déclaré se sentir  » capable «  être Premier ministre. « Je ne m’élimine pas mais je ne m’impose pas », a toutefois nuancé le fondateur de LFI. En juin 2022, avec ses 22 % et sa place de troisième personne à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon avait revendiqué – et obtenu sans difficulté – le rôle de figure du rassemblement dans la campagne des législatives. Nupes fait alors campagne autour du slogan « Mélenchon à Matignon ».

Mais depuis, le rapport de force a évolué et la stature de Mélenchon avec elle. Il y a d’abord eu l’affaire Quatennens, qui a valu à l’ancien parlementaire des critiques dans les rangs du Nupes. Puis la réforme des retraites et l’attentat terroriste du Hamas du 7 octobre ont brisé l’alliance jusqu’à l’éclater. Et au centre, la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, de plus en plus clivant et que certains souhaiteraient voir davantage. « retiré ».

A commencer par Raphaël Glucksmann qui a proposé le nom de Laurent Berger comme Premier ministre. Ce 13 juin, la socialiste Valérie Rabault estime que «au vu du rassemblement au sein du Front populaire, une candidature féminine au poste de Premier ministre aurait de nombreux avantages». Le coordinateur national de LFI Manuel Bompard plaide pour sa part pour que la proposition vienne du groupe qui aura rassemblé le plus de députés au soir du 7 juillet. Sur RTL ce jeudi, le numéro 1 du PCF Fabien Roussel ajoute son grain de sel. « Nous sommes plusieurs » pour pouvoir y prétendre, estime-t-il. « Il faut un Premier ministre populaire du Front populaire. Gentil, fédérateur, capable de parler à tout le monde. Si demain nous n’avons pas la majorité absolue, il faudra aussi pouvoir travailler avec d’autres qui ne sont pas de notre sensibilité, il faudra pouvoir travailler avec tout le monde »argumente-t-il.

Une manière d’éliminer immédiatement Jean-Luc Mélenchon, qui fait également office de repoussoir pour une partie des socialistes ? Son homologue Olivier Faure s’est montré moins catégorique. « Je ne disqualifie pas (Jean-Luc Mélenchon), je dis juste que ce choix sera un choix collectif »a-t-il déclaré sur RMC le 13 juin, ajoutant qu’il ne « pas de problème avec le fait qu’il (Mélenchon) considère qu’il fait partie de ceux qui peuvent prétendre à ce poste ».

 » Nous n’excluons personne aujourd’hui » parce que « il faut d’abord présenter le visage d’une équipe », précise Fabien Roussel. Ce qui continue de marteler que « ce qui compte aujourd’hui, c’est d’abord de présenter notre programme aux Français, d’avoir une majorité et un maximum de députés ». Certainement. Mais le choix de la tête d’affiche est tout aussi crucial, avec le risque de raviver des fractures cicatrisées dans l’urgence de la dissolution.

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