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Glissements de terrain à La Baie |  « La pire chose qu’ils pourraient nous faire »

Les explications exhaustives des autorités pour rassurer les centaines de victimes de La Baie n’ont pas suffi à les convaincre toutes qu’il sera sécuritaire de retourner chez elles dans deux à quatre mois.

Mis à jour à 00h17

Glissements de terrain à La Baie |  « La pire chose qu’ils pourraient nous faire »

Vincent Larine
La presse

Glissements de terrain à La Baie |  « La pire chose qu’ils pourraient nous faire »

David Bouly
La presse

Les visages étaient longs à la sortie du Vieux Théâtre de La Baie mercredi après-midi. Après que le premier ministre du Québec, François Legault, eut annoncé le matin même qu’ils pouvaient, à terme, retourner chez eux, 67 ménages y étaient réunis pour qu’on leur explique la suite.

Alors que la nouvelle a été accueillie par certains comme un soulagement, la perspective de retourner dans la maison d’où ils ont été évacués a été un cauchemar pour d’autres.

Glissements de terrain à La Baie |  « La pire chose qu’ils pourraient nous faire »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Jonathan Ouellette

« C’est la pire chose qu’ils pouvaient nous faire », dit Jonathan Ouellette, pour qui obtenir une indemnisation aurait été une bien meilleure option. « C’était le fond de l’héritage de mon fils, cette maison, ma caisse de retraite. Maintenant ça ne vaut rien. »

Même histoire avec Sheldon Samson. Le résident de la rue de la Terrasse-Bellevue n’a pas été évacué, mais lui et sa conjointe déménageront leur ménage dans une roulotte non loin de La Baie puisqu’ils ne se sentent plus en sécurité à l’intérieur de leur maison.

Glissements de terrain à La Baie |  « La pire chose qu’ils pourraient nous faire »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Sheldon Sanson, résident de La Baie

Pour Nathalie Tremblay, c’est plutôt la perspective de devoir habiter loin de chez elle, probablement pendant plusieurs mois, pendant que les autorités procèdent à des travaux de renfort, qui l’inquiète.

Nous avons l’hypothèque de la maison à payer, mais j’ai l’impression que c’est à mes frais que je dois me reloger. À la maison, nous avons quatre enfants, âgés de 15 à 19 ans. Ce n’est pas facile de se déplacer, tout le monde est là.

Nathalie Tremblay, sinistrée de La Baie

Adoucir la pente

Car d’importants travaux d’excavation devront être réalisés dans les prochains mois afin d’adoucir la pente où s’est produit le glissement de terrain à La Baie, a expliqué lors d’une présentation exhaustive aux citoyens le chef de la section glissement de terrain au ministère des Transports, Denis Démers.

L’expert a confirmé du même coup la cause du glissement de terrain qui avait emporté une première maison le 13 juin : les fortes pluies printanières, autour de 157 millimètres pour le mois de mai, ont presque doublé la normale. Couplé à la fonte d’une couche de neige plus épaisse que d’habitude, « c’est ça la cause exacte de l’éclosion », estime Denis Demers.

Glissements de terrain à La Baie |  « La pire chose qu’ils pourraient nous faire »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Maisons dont les occupants ont dû déménager depuis la catastrophe

Craignant une possible « coulée d’argile », phénomène très rare, mais possible dans ce cas, selon les données dont disposaient les autorités à l’époque, la Ville de Saguenay a décidé d’évacuer les résidents de 53 maisons supplémentaires samedi soir. à dimanche dernier. Une première vague d’évacuation a eu lieu le 13 juin, après l’apparition de fissures en avril.

La question que nous nous posons est : dormirions-nous dans ces maisons ? C’est pourquoi nous avons mis un très grand périmètre […]. Dans ce cas, des vies étaient en danger.

Denis Demers, ingénieur et chef de la section des mouvements au sol au ministère des Transports

« Quand nous aurons terminé notre travail, ce sera très sûr à long terme », a-t-il assuré en conclusion, ajoutant qu’il dormirait « sur [ses] deux oreilles » dans l’une des demeures qui seront encore debout.

Rémunération améliorée

De passage au Saguenay-Lac-Saint-Jean mercredi pour rencontrer les victimes de La Baie, François Legault a annoncé une augmentation des indemnités qui leur seront accordées.

Glissements de terrain à La Baie |  « La pire chose qu’ils pourraient nous faire »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Le premier ministre François Legault a visité La Baie mercredi.

Si le montant maximal remboursé était auparavant de 260 000 $, il passera désormais à 385 000 $, soit l’équivalent du coût de la reconstruction, a-t-il précisé.

La compensation quotidienne de 20 $ par personne par jour – un montant jugé dérisoire par plusieurs, dont la mairesse de Saguenay, Julie Dufour – sera également doublée, a indiqué le Premier ministre. La valeur de leurs meubles, qu’ils n’ont pu récupérer à leur départ, leur sera également remboursée.

Cependant, les propriétaires de seulement quatre maisons pourront percevoir cette somme puisque leurs résidences, situées en haut du remblai qui s’est effondré, devront être démolies pour de bon.

Legault se veut rassurant

C’est aussi le cas de Charles-David Bergeron Brisson, d’Érika Simard et de leurs cinq enfants, dont la maison a été engloutie par le glissement de terrain du 13 juin. Depuis, ils sont hébergés en famille.

« Ce que nous regrettons le plus, c’est d’avoir perdu la sécurité de nos enfants. Avant, ils pouvaient jouer dans la cour », a déclaré le père de famille au Premier ministre lors d’une rencontre émouvante. « Bravo pour votre résilience, nous serons là pour vous », a répondu M. Legault.

Quatre autres ménages pourraient également avoir droit à une indemnisation, les autorités n’ayant toujours pas statué sur le sort de leurs habitations situées en bordure de la zone de glissement de terrain.

François Legault s’est voulu rassurant auprès des personnes effrayées à l’idée de réintégrer la zone évacuée. Beaucoup craignent une baisse de la valeur de leur maison.

« Ça arrive à chaque fois, et il faut pouvoir les rassurer avec des scientifiques et des ingénieurs. […] On ne peut pas commencer à dire que tout le monde peut bouger », a déclaré le Premier ministre.

En tout, 187 personnes ont dû être évacuées de 76 habitations en raison du risque de glissements de terrain dans un secteur de La Baie.

M. Legault a également pris soin de remercier les autorités responsables des mesures d’urgence, grâce auxquelles « personne n’a été blessé ». « Ils ont sauvé des vies », a-t-il déclaré.

Le député de Jonquière, le PQ Sylvain Gaudreault, s’est réjoui de la possibilité pour certaines victimes de retrouver éventuellement leur logement, mais il demande à Québec d’aider aussi ceux qui voudraient quitter définitivement le secteur.


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