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HEC Montréal |  La fille sur la photo

Elle s’appelle Nouha. Elle a 22 ans. Elle est d’origine algérienne. Étudiante à HEC Montréal, elle s’est retrouvée malgré elle au milieu d’une énième polémique sur le port du voile lorsque sa photo est apparue sur la page d’accueil de son université.

Posté à 6h00

J’ai eu envie de parler à cet étudiant après avoir vu l’ancien chef du Parti québécois Jean-François Lisée dénoncer avec virulence sur Twitter la publication de sa photo par HEC Montréal. Selon lui, en diffusant la photo d’une femme voilée, l’Université « a choisi un signe religieux misogyne (signifiant pudeur et soumission de la femme) pour recruter des étudiantes algériennes ».

HEC Montréal |  La fille sur la photo

PHOTO DU SITE HEC MONTRÉAL

Nouha, étudiante, apparaît sur la page d’accueil du site Web de HEC Montréal.

Fini le temps où ce même Jean-François Lisée, inquiet d’une gestion populiste du débat sur les accommodements religieux, écrivait : « Le voile ? Franchement, je m’y suis habitué et ce que tu te mets sur la tête ne devrait pas soulever l’ire nationale1. Désormais, le simple fait que la photo d’une étudiante voilée soit publiée sur le site d’une université lui apparaît comme une hérésie. Il y voit une normalisation du hijab, inacceptable de la part d’un établissement public laïc et pro-égalité des sexes, ainsi qu’un manque de solidarité à l’égard des jeunes femmes algériennes qui ne veulent pas porter le voile.

Qu’en pense la fille sur la photo ? Elle hésitait beaucoup à m’accorder une interview, sachant que ses propos nuancés risquaient de lui attirer des critiques de toutes parts. Stress inutile quand elle veut se concentrer sur ses études.

« Je n’ai pas vraiment envie de dire ce qui va plaire aux gens. Si je parle, c’est pour dire ce que j’ai envie de dire. Cela ne peut plaire ni à ceux qui me critiquent ni à ceux qui me défendent. »

Ce que dit Nouha, une femme vedette qui n’a pas exactement le profil d’une femme soumise, ressemble un peu à ce qu’a dit la journaliste Kenza Bennis à la fin de sa courageuse enquête sur le hijab. Les monologues du voile (Robert Laffont, 2017) : « la » femme voilée n’existe pas. Il y a des femmes « voilées » qui vivent des réalités différentes2.

« Évidemment, il y a des femmes qui sont obligées de porter le voile, sinon elles risquent leur vie. Je suis contre ça », me dit d’emblée l’étudiante qui s’est toujours considérée comme une féministe.

« Mais il y a aussi des femmes qui ont choisi de porter le voile comme moi », ajoute-t-elle. C’est un choix personnel, par conviction religieuse, que personne ne lui a imposé et qu’elle n’impose à personne.

Dans ma famille, il y a plusieurs femmes qui ne le portent pas. Ma grand-mère ne l’a jamais porté. Ma tante ne le porte pas. J’ai choisi de le porter…

Nouha, étudiante à HEC Montréal

Un signe de soumission ?  » Non. A aucun moment je ne trouve que c’est un symbole qui diminue la valeur des femmes. Moi, personnellement, je me considère comme une femme super forte. Dans quelques années, je serai la manager de toute une équipe. Je ne peux pas me voir comme une personne faible ! »

J’ai fait remarquer à Nouha que c’est justement parce qu’elle traduit la complexité d’une question trop souvent simplifiée et exploitée qu’il est intéressant qu’elle s’exprime, plutôt que de laisser parler à sa place des commentateurs paternalistes.

L’étudiante m’explique qu’elle a accepté que sa photo soit publiée sur le site de HEC Montréal principalement pour dire aux filles qui portent le voile qu’elles n’ont pas à craindre d’y être victimes de discrimination.

C’était quelque chose qu’elle craignait elle-même avant d’arriver au pays en novembre 2020. En juin 2021, l’attaque au camion-bélier à London, en Ontario, qui a fauché quatre membres d’une même famille musulmane, n’a rien fait pour la rassurer.

« J’avais un peu peur avec tout ça d’être discriminé. »

Au final, il y a eu plus de peur que de mal. Pendant ses études à HEC Montréal, elle a découvert un Montréal très inclusif et très respectueux. « À aucun moment, je n’ai été victime de discrimination ou de manque de respect. »

C’est donc pour rassurer les étudiants qui pourraient avoir les mêmes craintes qu’elle a accepté (sans aucune rémunération) que sa photo soit publiée sur le site de son université.

La publication n’encourage aucunement les filles algériennes à porter le foulard. Il met simplement en évidence une minorité. On leur dit juste qu’il y a une place pour eux.

Nouha, étudiante à HEC Montréal

C’était aussi l’objectif de HEC Montréal : simplement refléter la diversité de sa population étudiante, confirme son porte-parole, précisant que la photo de la page d’accueil de son site Internet, qui change toutes les deux semaines, n’est pas une publicité.

Cela dit, Nouha comprend et respecte ceux qui voient les choses différemment. « Il ne faut pas oublier que nous sommes dans un pays qui est très clair sur la laïcité. Je comprends que l’école doit rester vraiment neutre. Mais mon point de vue est qu’il est aussi important de mettre en avant les personnes issues des minorités. Parce que ces minorités recherchent un endroit où elles se sentent à l’aise. Quelqu’un à Alger ne sait pas comment ça se passe à Montréal… »

Voir quelqu’un qui lui ressemble, quelle que soit son origine ou sa religion, permet de se projeter dans une société capable d’être à la fois laïque et inclusive.

Pour reprendre les mots de Jean-François Lisée en 2007, il n’y a franchement rien pour susciter l’ire nationale.

1. La citation est tirée de l’essai Nous de Jean-François Lisée (Boréal, 2007).


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