« Il y a ceux qui sont sur le bord de la route, de plus en plus de jeunes notamment, et ceux qui visitent la France en hélicoptère devant leur télé », souligne Jean Viard

La course cycliste du Tour de France recommence aujourd’hui. Elle a toujours été décrite pour ce qu’elle est, à savoir une grande fête populaire. Mais est-ce toujours ça ? Un enjeu de société décrypté par Jean Viard.

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La 111ème édition du Tour de France débute aujourd'hui, samedi 29 juin 2024 et se termine à Nice le 21 juillet. (POOL LUCA BETTINI/ SPRINT CYCLING AGENCY / MAXPPP)

Le Tour de France cycliste reprend aujourd’hui. Cet événement est-il toujours aussi populaire ? C’est la question que l’on se pose ce week-end où l’on ne peut pas parler de politique.

franceinfo : Le Tour, c’est toujours la même bouffée d’air frais, cette grande boucle ?

Jean Viard : Je pense qu’il y a deux choses. D’abord, il y a un nouveau public, c’est très clair, aussi bien devant la télévision qu’au bord de la route, les 18-24 ans, sans doute, des gens qui l’ont regardé pendant le Covid, en plus, ça pose des problèmes de sécurité au bord de la route… Il y a un renouvellement très fort, notamment chez les jeunes. Et puis il y a toujours ces vieux publics. Et puis il y a deux Tours de France. Il y a ceux qui sont au bord de la route, qui s’intéressent vraiment au vélo et ceux qui visitent la France en hélicoptère, depuis le Tour de France, beaucoup plus de gens le regardent à la télévision.

La vision à la télévision, c’est une magnifique carte de France, on fait le tour des châteaux, des belles collines. C’est une France paradisiaque, disons apaisante. Et dans le contexte actuel, je trouve que c’est absolument parfait. En plus, c’est une France nationale, même si on fait un petit tour en Italie et qu’on finit à Nice. Nice, c’est accidentel, à cause des JO, on n’a pas pu aller à Paris.

C’est aussi une manière de promouvoir la France et je crois que c’est important non seulement dans le contexte actuel, mais aussi parce que nous n’avons pas autant de grandes cérémonies où la France est mise en valeur de cette façon, et il n’y a pas autant de concurrence, car ce sont des champions du monde entier qui s’affrontent. Donc au premier plan, le territoire de la France est très valorisé.

Le fait que la grande finale et le podium aient lieu à Nice, en banlieue parisienne, est peut-être l’occasion d’amener un public encore plus large à contribuer à cette célébration ?

Oui, en même temps, il n’y aura pas le public parisien. C’est exceptionnel parce que le Tour arrive le 21 juillet, on était juste au début des Jeux Olympiques. Évidemment, le public niçois sera content, il viendra, c’est très positif quand même. Mais les Champs-Elysées, on y reviendra probablement parce que justement, le symbole du Tour de France, c’est le symbole de la nation, de la République, c’est-à-dire les Champs-Elysées, Paris.

On parle beaucoup, et ce n’est pas fini, des Jeux Olympiques et Paralympiques. Il y a aussi l’Euro. Au milieu de tout ça, il y a le Tour de France. Est-ce un rendez-vous que les gens attendent, un rendez-vous important pour se ressourcer ?

Les Tours de France, c’est le début des vacances. Quand le Tour démarre, on sait que l’année est finie, on en parle sur toutes les télés, toutes les radios. Donc pour moi c’est d’abord un marqueur du temps. Et puis, c’est la grande victoire du courage populaire, c’est-à-dire de gens qui viennent de régions de montagne où ils ont gravi des collines toute leur jeunesse ou de travailleurs du Nord, ça valorise l’effort, une certaine souffrance pour obtenir des résultats. Et ça a quelque chose d’héroïque en même temps d’une certaine manière.

Ce combat de l’homme avec lui-même, celui qui finit devant, et le courage de ceux qui sont derrière, des chauffeurs qui ne sont là que pour aider les patrons. Et dans les étapes les plus dures, ce sont ceux qui souffrent le plus, parce qu’ils sont plus faibles. Et il faut penser à tout ça, le dernier maillon. Et puis devant l’héroïsme du vainqueur, et ce sont encore de belles valeurs.