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Jacques Villeglé, affichiste et chroniqueur de la France contemporaine, est mort

L’artiste Jacques Villeglé est décédé lundi 6 juin à Paris, à l’âge de 96 ans, a annoncé mardi le Centre Pompidou. Son nom et son œuvre sont indissociables du mouvement du Nouveau Réalisme et de ceux de Raymond Hains (1926-2005), qui furent ensemble les inventeurs de l’affiche dont la matière première se trouve, comme son nom l’indique, sur les murs des villes.

Né le 27 mars 1926 à Quimper sous le nom de Jacques Mahé de la Villeglé, plus tard abrégé en Villeglé, il s’inscrit en 1944 à l’Ecole des Beaux-Arts de Rennes, où il rencontre bientôt Hains, son exact contemporain. En 1947, alors qu’il étudie désormais l’architecture à Nantes, il travaille à Saint-Malo, où abondent les traces de la Seconde Guerre mondiale et du Mur de l’Atlantique, et commence à ramasser des débris. Ce sont les Sons of Steel-Chaussée des Corsaires, dont Hains a dit à plusieurs reprises qu’il annonçait le Nouveau Réalisme dix ans à l’avance. Ce sont en effet des objets trouvés, prêt à l’emploi donc, dans la mesure où l’intervention de l’artiste se limite à leur collecte et à leur mise en scène selon les principes de Marcel Duchamp ; mais ils sont choisis pour leur pouvoir expressif, contrairement à l’indifférence revendiquée par Duchamp.

Affiches déchirées

Ayant renoncé à l’architecture en 1949, Villeglé s’installe à Paris, où Hains avait déjà exposé ses photographies indéchiffrables prises avec une lentille en verre cannelé, l’hypnagogoscope, et où ils partagent un atelier jusqu’en 1954. Leur premier travail commun date de la même année : Ach Alma Manetro, une frise d’affiches lacérées marouflées sur toile de 2,56 mètres de long. Les mots sont difficiles à lire, leur superposition impénétrable et l’idée maîtresse de l’affiche déjà présente : arracher des murs et des palissades les traces de toutes les actualités du moment, dégradées par la pluie ou les passants. L’intervention doit se limiter à des déchirures et des lacérations qui révèlent l’imbrication des papiers.

De ce moment jusqu’à ses dernières opérations de ce type, un demi-siècle plus tard, en 2001, Villeglé ne transige pas sur ces règles et fait de cette méthode l’instrument d’une chronique de la France contemporaine. Dans ces échantillons, titrés de la rue et de la date de leur capture, les allusions politiques ne manquent pas, de la guerre d’Algérie à Mai 68 et aux campagnes présidentielles suivantes ; des annonces commerciales les plus nombreuses aux plus variées, jusqu’à celles des « minitel rose » ; des raisons sociales, comme le bal de l’Ecole Polytechnique ; et des sujets artistiques, des affiches pour des expositions d’art ancien ou contemporain, y compris le Nouveau Réalisme lui-même.

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