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Jean Le Gac, peindre à lire

Jean Le Gac « Peintre français, né en 1936 » nous lisons le plus souvent à son sujet. C’est trancher trop vite la question majeure posée par son œuvre : être ou ne pas être peintre au sens usuel du terme ? Ses oeuvres sont plutôt de peinture » que de « peinture » à proprement parler. Elles ne sont plus à définir comme « de » la photographie, bien que de nombreuses images photographiques entrent dans la composition de la plupart de ses œuvres. Ni comme « de » la littérature, bien que de nombreux textes y occupent une place non moins considérable.

Et ce dès le début : à la fin des années 1960, Le Gac commence à combiner des pages dactylographiées et des photos en noir et blanc ou en couleur : Les cahiers (1968-1971), Le roman d’aventure (1972) ou L’histoire (1972). Ces dispositifs supposent de lire, de regarder et d’établir des relations entre lisible et visible, relations qui sont laissées à l’appréciation et à l’imagination de chacun.

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Quelques années plus tard, Le Gac y ajoute des dessins et des pastels, qu’il ne pousse pas au-delà d’esquisses ou de fragments. La confrontation de ces trois modes d’expression s’organise autour d’un sujet le plus souvent volontairement anecdotique – Une anecdote est le titre d’une de ses œuvres de 1974 – dans laquelle se glissent des allusions à la vie de l’artiste, à sa jeunesse ou à ses lectures et réflexions sur ce que c’est qu’écrire, photographier ou peindre. Depuis, il n’a pas arrêté et cela se voit dès les premières salles de son exposition au domaine de Chaumont-sur-Loire (Loir-et-Cher). On s’attendrait à une rétrospective, mais la chronologie est à l’envers.

« Je mets à jour et je réactive »

Il l’explique dans son appartement-atelier-bibliothèque-cabinet de curiosités à Paris, près du cimetière du Père-Lachaise. « Non, ce n’est pas la chronologie qui a décidé de l’ordre des travaux, ce sont les dimensions des pièces. Quoi qu’il en soit, cette idée de chronologie n’a pas de sens pour moi. Les œuvres peuvent avoir été réalisées en une seule fois et être mises à jour dix ans plus tard, voire plus. C’est une idée que j’ai depuis longtemps : l’œuvre est la totalité et tout communique, une œuvre de 1973 et une récente. Je peux mixer et même obtenir un nouveau travail. Je mets à jour et je réactive. »

Cette conception est aussi évidente chez lui qu’à Chaumont-sur-Loire : tout communique dans son appartement. À une collection d’ouvrages où les éditions originales de Raymond Roussel côtoient des albums de bandes dessinées des années 1940 et 1950, des sculptures d’Afrique, une photographie de Salvador Dali et quelques éléments de son propre travail. « J’en aurai peu à vous montrer, la plupart sont à Chaumont » il s’excuse, alors que de nombreuses œuvres, qu’on ne verra pas, sont posées au sol, tournées contre le mur, attendant sans doute d’entrer dans de nouvelles compositions en cours. « C’est vrai que j’ai un grand goût pour ce genre d’opération, qui produit des œuvres nouvelles. Je suis devenu, pour ainsi dire, l’imprésario de mon travail. »

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