La cession de BFMTV et RMC à CMA CGM avance après le feu vert des autorités

Le régulateur de l'audiovisuel, Arcom, et l'Autorité de la concurrence ont donné leur feu vert au rachat par l'armateur CMA CGM de la branche médias du groupe Altice, qui comprend BFMTV et RMC (Nicolas TUCAT)

Le régulateur de l’audiovisuel, Arcom, et l’Autorité de la concurrence ont donné leur feu vert au rachat par le groupe maritime CMA CGM de la branche médias du groupe Altice, qui comprend BFMTV et RMC (Nicolas TUCAT)

La voie est libre pour un bouleversement majeur dans le paysage médiatique français : la vente de BFMTV et RMC à l’armateur CMA CGM a reçu vendredi le feu vert du régulateur de l’audiovisuel, l’Arcom, et de l’Autorité de la concurrence.

Dirigée par le milliardaire Rodolphe Saadé, l’entreprise maritime marseillaise a créé une énorme surprise en annonçant le 15 mars avoir signé un accord pour racheter la branche médias du groupe Altice à l’homme d’affaires Patrick Drahi.

CMA CGM avait alors indiqué que la transaction serait finalisée « dans le courant de l’été », pour un montant de 1,55 milliard d’euros.

En donnant son autorisation à l’opération, l’Autorité de la concurrence l’a toutefois conditionnée au respect par CMA CGM de certains engagements concernant le marché publicitaire dans le sud de la France. Dans cette région, l’armateur possède déjà le quotidien La Provence.

En particulier, CMA CGM s’est engagée à ne pratiquer aucune forme d’offre de vente groupée (couplage) d’espaces publicitaires pour La Provence et les chaînes locales BFM Paca.

Par ailleurs, CMA CGM doit « maintenir une séparation des régies publicitaires respectives de La Provence et des chaînes BFM PACA », selon l’Autorité de la concurrence.

De son côté, Arcom a également décidé de « donner son aval » au rachat d’Altice Media par CMA CGM, « au regard des engagements pris par l’acquéreur ».

Ces engagements portent notamment sur les « obligations déontologiques » des médias audiovisuels qui proposent des programmes d’information, « au pluralisme, à l’honnêteté et à l’indépendance des informations et des programmes », a indiqué le régulateur dans un communiqué.

– Empire médiatique –

Avec cette acquisition, Rodolphe Saadé et CMA CGM ajoutent une pierre majeure à l’empire média qu’ils sont en train de bâtir, seulement deux ans après avoir posé le pied dans le secteur.

Durant cette période, le milliardaire franco-libanais acquiert le journal La Tribune et le groupe La Provence (les quotidiens régionaux La Provence et Corse Matin), ainsi que des participations dans M6 et le média vidéo en ligne Brut.

Mi-mai, CMA CGM a recruté un grand capitaine pour son empire en faisant entrer le patron sortant de M6, Nicolas de Tavernost, comme vice-président de sa nouvelle holding CMA Médias.

Mais la construction de ce nouveau géant médiatique suscite des craintes en termes d’indépendance.

En mars, les journalistes de La Provence s’étaient mis en grève pendant 72 heures et avaient dénoncé une « ingérence éditoriale inadmissible », en réaction au licenciement du directeur de la rédaction, après une Une sur la visite d’Emmanuel Macron à Marseille jugée « ambiguë » par la direction.

Jeudi, les syndicats de journalistes et la direction de La Provence ont signé une « charte d’indépendance éditoriale et de déontologie », qui garantit notamment la protection des journalistes contre « toute forme de pression ».

– Concurrence de CNews –

Toujours en mars, Rodolphe Saadé avait tenté de rassurer les salariés d’Altice Media sur les emplois et sa volonté de ne pas interférer directement dans le travail des rédactions.

Altice Media, qui s’appelait NextRadioTV jusqu’en 2021, a été progressivement cédé à Patrick Drahi par Alain Weill à partir de 2015. Le groupe comprend la chaîne d’information BFMTV, la radio RMC et les chaînes TNT RMC Découverte et RMC Story.

Dirigée par Marc-Olivier Fogiel, BFMTV a longtemps été numéro un de l’information en continu en France. Mais elle a été doublée en mai pour la première fois sur un mois par CNews, filiale de Vivendi, le groupe du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

Dans le cadre du feu vert de l’Arcom, deux chaînes locales de BFM, BFM Lyon et BFM Alsace, doivent cesser de diffuser sur la TNT pour migrer vers les réseaux non terrestres.

En réalité, leurs autorisations datent respectivement de 2021 et 2023. Or, la loi interdit la cession d’une chaîne dans les cinq ans suivant l’attribution de sa fréquence TNT.

pr/mch/sla