« La droite que nous souhaitons reconstruire ne s’appelle plus Les Républicains »

Aurélien Pradié, député LR du Lot, lors de la tenue du bureau politique du parti Les Républicains, au Musée social, à Paris, le 12 juin 2024.

Lors de la réforme des retraites, en 2023, Aurélien Pradié (Les Républicains, LR) a contesté l’autorité d’Eric Ciotti. Cette affaire lui avait coûté sa place de numéro deux du parti. Ce mercredi, il a voté, comme l’ensemble du bureau politique, l’exclusion du président de LR, après l’annonce de l’accord de ce dernier avec le Rassemblement national (RN). Pour l’élu de 38 ans, cette crise doit être l’occasion pour la droite républicaine de se reconstruire. Et pourquoi pas avec un nouveau nom de parti.

Que signifie l’exclusion d’Eric Ciotti pour les Républicains ?

Les dirigeants de droite ont pris cette décision à l’unanimité pour la première fois depuis longtemps. Peut-être que lorsque l’essentiel est en jeu, chacun parvient à gommer ses petites différences. Quand vous êtes un leader politique comme Eric Ciotti et que, pour sauver votre petite place, vous sacrifiez l’histoire de la droite gaulliste qui ne s’est jamais associée à l’extrême droite, vous êtes un des acteurs des comportements pourrissants de la vie politique et vous bafouer son code d’honneur.

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Nous sommes habitués aux trahisons de toutes sortes. Quitter sa famille pour un poste ministériel est devenu la règle, alors qu’avant c’était l’exception. Je craignais que cette ambiance générale ne donne des idées à certains. Ce fut le cas d’Éric Ciotti.

Mais vous l’avez toujours soupçonné en privé d’être prêt à se « brader » pour un poste ministériel…

Oui, je l’ai senti tenté par la Macronie après l’épisode de la retraite, en 2023. Mais tout cela ajoute à sa disgrâce. Être capable de vous vendre à n’importe qui fait de vous un véritable opportuniste. Au fond, la politique n’ayant plus aucune prise sur les changements du monde, il ne restait que la partie la plus dérisoire : les honneurs. Comme le gyrophare sur la voiture du ministre.

Cette crise sans précédent peut-elle s’avérer bénéfique pour LR ?

La droite était trop hésitante à affirmer son indépendance et rêvant en partie d’un gouvernement qu’elle n’est plus, elle cherchait à gouverner coûte que coûte. Hier, en flirtant avec la Macronie, aujourd’hui, pour Eric Ciotti, en s’alliant à Marine Le Pen. C’est le même phénomène. L’épisode Ciotti pourrait être l’année zéro de la refondation d’une droite républicaine ou la fin de l’histoire.

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Eric Ciotti affirme que les militants approuvent cet accord avec le RN et souhaitent qu’ils votent. Craignez-vous que votre position soit désavouée par votre base ?

Comme tous les militants, ce qu’ils veulent, c’est gagner. S’ils en viennent à penser que pour cela il faut se vendre à Marine Le Pen ou à Emmanuel Macron, c’est parce que nous avons perdu notre capacité à donner de l’espoir. Je veux le leur rendre. Mais, au-delà des LR, je vois les Français. Je ne les laisserai pas suffoquer entre Mmoi Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Depuis dimanche soir, on ne parle que de bêtises politiques, que ce soit entre le RN et Reconquête !, ou à gauche avec les « nouveaux » Nupes. Il faut mesurer le divertissement et le divertissement dans lesquels nous tombons. Plus les enjeux sont grands, plus nous cédons au spectacle du cirque. Et M. Macron est celui qui met à chaque fois un ticket sur la table pour refaire le tour de la piste.

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