La France peut-elle se passer de nouvelles éoliennes, avec un « moratoire », comme le propose le RN ?

A quelques jours du premier tour des élections législatives, une question vraie ou fausse se pose : les mesures que proposent les partis politiques sont-elles applicables ? Ce mercredi, on s’intéresse au « moratoire » sur les éoliennes, voulu par le Rassemblement national.

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Un parc éolien à La Rochelle, le 6 février 2024. (XAVIER LEOTY/MAXPPP)

Arrêtez d’installer des éoliennes dans les champs et les mers françaises. C’est l’une des mesures du programme du Rassemblement national. En pleine campagne législative, le président du parti et candidat au poste de Premier ministre, Jordan Bardella, a confirmé lors d’une conférence de presse lundi 24 juin, sa volonté de mettre en place un « moratoire sur toute nouvelle construction de parcs éoliens ».

La France peut-elle arrêter de construire de nouvelles éoliennes ? Toute cette semaine, vrai ou faux, on se demande si les propositions des partis politiques aux élections législatives sont applicables, et quelles sont leurs conséquences.

Si la France veut répondre à la demande énergétique dans le futur, tout en respectant ses objectifs de décarbonation et de réduction des émissions de gaz à effet de serre, non, il n’est pas possible d’arrêter la construction d’éoliennes. L’éolien représente aujourd’hui 10 % de la production électrique française, selon le rapport réalisé par RTE, le gestionnaire du réseau, pour l’année 2023. C’est la troisième source d’électricité, derrière le nucléaire (64,8 %) et l’hydraulique (11,9 %). %).

Tous les experts s’accordent à dire que notre production d’électricité devra encore augmenter dans les années à venir, pour répondre à la demande et aux défis environnementaux. D’abord parce que, pour atteindre la neutralité carbone et réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, il faut réduire la consommation d’énergies fossiles, et donc nécessairement accélérer la production d’énergie électrique, une énergie bas carbone. La demande en électricité va, dans le même temps, augmenter, avec les changements des modes de consommation, comme le développement des voitures électriques.

L’énergie solaire pourrait-elle compenser « moratoire » sur l’énergie éolienne ? Non, car aujourd’hui le photovoltaïque ne représente que 4,4 % de la production électrique française, selon RTE. Pour remplacer une éolienne, il faut installer cinq hectares de panneaux solaires, explique le syndicat des énergies renouvelables. Pour compenser l’éolien, il faudrait donc couvrir la France de panneaux solaires, et dans des délais très courts. « Il y a aussi des contraintes sur les lieux d’installation », souligne le président du syndicat des énergies renouvelables, Jules Nyssen, à franceinfo. « On peut varier les ingrédients mais on ne peut se passer d’aucun d’entre eux », il résume.

Le nucléaire peut-il être une solution ? Non, car les réacteurs actuels vieillissent. Ils devront être remplacés dans les décennies à venir. Construire de nouveaux réacteurs prend du temps, une quinzaine d’années en moyenne. La France ne disposera pas d’un nouvel EPR avant au moins 2035. Il est impossible dans ces conditions d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. « Il est impossible pour la France d’atteindre ses objectifs climatiques sans développer massivement les énergies renouvelables. En comptant même sur une prolongation systématique de l’exploitation des réacteurs actuels jusqu’à 60 ans, voire au-delà pour certains, et sur un rythme de mise en service d’un nouveau réacteur EPR2 chaque année à partir de 2035 – deux hypothèses qui ne sont aujourd’hui pas certaines – la sortie du fossile les combustibles nécessitent la disponibilité rapide de quantités supplémentaires d’électricité à faible teneur en carbone qu’un nouveau programme nucléaire ne sera pas en mesure de fournir intégralement », écrit RTE. Il y a aussi l’électricité hydraulique, grâce aux barrages, mais il n’y a plus beaucoup de marge en France pour augmenter la production.

Dans son rapport « Energy Futures », RTE réalise des projections basées sur plusieurs scénarios. Le gestionnaire du réseau imagine notamment la situation d’un moratoire sur les énergies renouvelables. Dans ce scénario, dès 2035, la France manquerait d’électricité bas carbone « pour couvrir les besoins ». « En 2050, le déficit de production serait important, même dans une trajectoire de sobriété, et compris entre 60 TWh et 260 TWh selon les trajectoires de consommation », écrit RTE.

Pour combler un tel déficit, la France devrait importer en Europe de l’électricité, notamment en hiver, provenant principalement de centrales thermiques fossiles. A terme, la France devrait même compenser en utilisant des centrales à gaz ou abandonner ses objectifs d’électrification. Un moratoire sur les éoliennes implique donc de ne pas respecter les Accords de Paris. « Cela n’a aucun sens, les éoliennes ne sont pas seulement un enjeu écologique mais aussi économique et une question de souveraineté énergétique », conclut Jules Nyssen.