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« la rasputitsa », une nouvelle épine dans le pied de l’armée russe

Problèmes logistiques, manque de coordination, résistance effrénée de la population, l’invasion de l’Ukraine est semée d’embûches pour l’armée russe, qui doit aussi faire face à la « rasputitsa », un phénomène climatique qui freine l’avancée des soldats et des véhicules blindés. Explications.

Le Kremlin aurait-il pu choisir le mauvais moment pour envahir l’Ukraine ? Depuis plusieurs jours, les images de chars russes coincés dans la boue se multiplient sur les réseaux sociaux. Dans la légende, un mot revient sans cesse : « raspoutitsa ».

Bien connue en Ukraine, en Russie et en Biélorussie, la « raspoutitsa » ou « le temps des mauvaises routes » fait référence au dégel qui survient au printemps et qui transforme les terrains plats détrempés par les pluies d’automne en véritables mares de boue.

Traditionnellement, le phénomène se produit vers la mi-mars, lors de la fonte des neiges au printemps, ou de fortes crues à l’automne. Mais cette année, l’Europe de l’Est a connu un mois de janvier particulièrement doux et humide, favorisant l’apparition précoce de cette boue collante, redoutable pour les véhicules militaires.


Les difficultés pour les troupes russes d’avancer sur ces terrains boueux semblent se concentrer à l’est et au nord de l’Ukraine. Selon des experts militaires, ce phénomène climatique expliquerait en partie la progression erratique vers Kiev de l’immense colonne de blindés russes vue sur les images satellites.

« Il y a déjà eu de nombreuses situations dans lesquelles des chars et autres véhicules russes ont traversé les champs et ont été bloqués. Les soldats ont été contraints de les abandonner et de continuer à pied », raconte l’analyste militaire ukrainien Mykola Beleskov interrogé par l’AFP. « Ce problème existe, et il va s’aggraver », ajoute le chercheur.

Un atout majeur pour l’Ukraine

L’armée russe de Vladimir Poutine n’est pas la première à subir l’étreinte glaciale de la rasputitsa. En 1812, les troupes de Napoléon sont retardées dans leur progression vers Moscou lors de la campagne de Russie à cause de ce phénomène.

Mais c’est surtout pendant la Seconde Guerre mondiale que la rasputitsa a joué un rôle important. Entre juin et décembre 1941, l’Allemagne nazie lance l’opération Barbarossa pour envahir l’URSS. Cependant, les plans d’Adolf Hitler sont contrecarrés par l’état du sol et la progression de la Wehrmacht est considérablement ralentie, contribuant à la première défaite militaire du III.et Reich.

De même, la contre-offensive de l’Armée rouge est ralentie par cette « mauvaise saison routière » en Europe de l’Est en 1943.


Sur le front de l’Est, « si les grandes opérations mécanisées étaient presque totalement arrêtées lors des fortes pluies d’automne ou lors des dégels printaniers à cause de la fameuse rasputitsa, la boue des plaines russes, elles reprenaient en hiver, lorsque les sols s’étaient à nouveau durcis, » expliquait l’historien Laurent Henninger dans le magazine Défense nationale en 2015.

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Selon le général Dominique Trinquand interrogé par France 24, Vladimir Poutine a lancé son offensive fin février dans l’espoir de faire tomber la puissance ukrainienne en quelques jours et d’éviter le dégel, synonyme de gêner l’avancée des troupes.

« Cependant, la ‘Blitzkrieg’ [guerre éclair] initial n’a pas fonctionné. Aujourd’hui, les opérations se heurtent à une défense ukrainienne extrêmement efficace et la ‘rasputitsa’ gêne considérablement la manœuvre des troupes russes », explique l’expert en stratégie militaire.

Incapables de se déplacer sur des terrains boueux, les véhicules russes sont contraints d’avancer en colonne sur les routes. Cependant, en cas d’attaque ou de problèmes d’approvisionnement, nombreux depuis le début de l’offensive russe, toute la colonne doit s’immobiliser, la rendant vulnérable aux attaques de drones et de lance-roquettes Javelin.

« De plus, comme les troupes russes ne peuvent pas quitter les routes principales, elles ne peuvent pas encercler complètement les villes. Elles n’ont donc que des points d’attaque spécifiques. Cela favorise les défenseurs, surtout lorsque ces derniers utilisent des moyens légers et ont une bonne connaissance du terrain », analyse le général Trinquand.

« Une impasse » dans la région de Kiev

Dans ces conditions, le salut des Russes viendra-t-il des airs ? Rien n’est moins sûr, car la supériorité théorique de l’aviation russe tarde à se traduire dans les faits depuis le début de l’attaque. Plusieurs raisons ont été avancées pour expliquer ce paradoxe : mauvaise coordination de la part de l’état-major russe, crainte des lanceurs de missiles Stinger fournis par les États-Unis ou encore retenue dans l’utilisation de l’armée de l’air pour éviter un trop grand nombre de victimes civiles. et dégâts matériels.

« Dans le sud, le rouleau compresseur russe finira par remplir ses missions », prédit Dominique Trinquand. « En revanche, dans la région de Kiev, il y a une impasse. Mais le temps joue contre le président Poutine. Plus le temps passe, plus il lui sera difficile d’atteindre ses objectifs. »

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Selon un rapport du Pentagone publié mardi, entre 2 000 et 4 000 soldats russes ont perdu la vie depuis le début de l’offensive et plusieurs centaines de véhicules ont été détruits ou saisis par les Ukrainiens.

Face au coût exorbitant de la guerre, le Kremlin pourrait donc être amené à négocier sans avoir pris la capitale. Lors d’une conférence de presse, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a déclaré mercredi que la Russie ne cherchait pas à « renverser le gouvernement » de l’Ukraine. Un changement de ton notable après plusieurs semaines de menaces proférées contre Volodymyr Zelensky et « sa clique de drogués et de néo-nazis ».

Dans le même temps, le président ukrainien s’est dit prêt à trouver un compromis sur le statut des territoires séparatistes de l’est de l’Ukraine lors d’un entretien avec la chaîne de télévision américaine ABC. Des concessions qui laissent entrevoir un mince espoir de cessez-le-feu, alors qu’une rencontre est prévue jeudi en Turquie entre Sergueï Lavrov et Dmytro Kuleba, les ministres des Affaires étrangères russe et ukrainien.



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