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« La richesse de mes reportages est la richesse de mes personnages »

Figure de l’audiovisuel français, le journaliste Pierre Bonte a été décoré de la Légion d’honneur le 23 juin. Il nous emmène dans les coulisses de sa longue carrière, à la découverte des villages de France et de ses habitants.

Père Liochon de Mâcon, ses tournées en France avec l’émission « Bonjour Monsieur le Maire » sur Europe 1… Pierre Bonte est à l’origine de séquences cultes à la télévision et à la radio françaises. Dans les années 1970, « Le Petit Rapporteur » et « La Lorgnette » sur TF1 et Antenne 2 mettent en lumière les habitants de petits villages loin des projecteurs. Des séquences que la jeune génération retrouve et « aime », grâce au travail patrimonial de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). A travers ces archives, on redécouvre une époque, des patois oubliés, des modes de vie d’autrefois. A quelques jours de sa remise de la Légion d’honneur le 23 juin, nous avons rencontré Pierre Bonte à son domicile parisien.

Franceinfo Culture : Certaines personnes que vous avez interviewées pour vos émissions sont devenues des « personnages » cultes. Quelle est la rencontre la plus mémorable pour vous ?

Pierre Bonté : Celle d’un couple de Bourguignons, les Dureuil, qui n’arrêtait pas de se chamailler. Ce sont des moments qui ne se mettent pas en scène, qui sont d’une vérité troublante. Tout le monde connaît des grands-parents qui se chamaillent mais qui sont inséparables. Ce sont des portraits de personnages intemporels. Quelques autres témoignages sont intéressants car ce sont les derniers témoignages d’une époque définitivement disparue, qui est celle de la civilisation rurale et agricole.

J’ai aussi été émerveillée par le caractère des femmes de cette époque, de cette génération. Elles avaient un certain âge, étaient souvent veuves et avaient eu une vie très dure, sans droit de parole. Je me souviens de certains repas où la femme était encore debout près de la table tandis que les hommes s’asseyaient pour manger. Souvent, quand elles se sont retrouvées veuves, les enfants partis, elles se sont libérées. Lorsqu’on leur a donné l’occasion de s’exprimer, ils étaient pittoresques et terriblement véridiques. Ils pouvaient enfin dire ce qu’ils pensaient et il n’y avait pas de jargon.

Aujourd’hui, ces vidéos retrouvent une seconde vie et touchent une nouvelle génération grâce à l’INA. Comment expliquez-vous ce succès actuel ?

Ce sont des échantillons d’humanité naturels, sensibles et généreux. Des personnes exceptionnelles, des anonymes, qui sont de vrais « personnages ». C’est ce que j’ai toujours eu le plaisir de « chasser » dans mon travail de reporter. Je n’ai jamais été intéressé par une star du showbiz, qui est déjà passée 300 fois à la télévision. Je voulais dénicher des personnes qui n’intéressaient personne mais qui me semblaient intéressantes à faire connaître, et réconfortantes.

Comment avez-vous fait pour trouver ces personnalités ?

Mon seul talent, c’est ça. La richesse de mes reportages est la richesse de mes personnages. Il fallait les retrouver, car c’étaient des gens qui vivaient cachés. J’avais un réseau qui s’est constitué grâce au courrier des lecteurs et des téléspectateurs. Ils m’ont recommandé un membre de leur famille, ou leur voisin. Après cela, j’étais en éclaireur avec mon équipe. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, ce serait plus facile.

Vous êtes décoré de la Légion d’Honneur au grade de Chevalier. Que signifie cette distinction pour vous ?

La personne qui a déclenché la demande de la Légion d’honneur est une de mes admiratrices, âgée de 75 ans et résidant en Anjou. Ma ville natale, dans le Nord, a également fait une demande. Je n’attache pas une grande importance à cette décoration, mais je suis flatté d’être distingué. J’ai fait mon travail comme des milliers d’autres personnes. Et il s’avère que cela aurait pu être utile.

Je voulais défendre la campagne, non pas pour moi, mais pour ceux qui y trouvent leur bonheur. J’ai grandi à la ville et j’ai découvert la France rurale grâce à l’émission « Bonjour, Monsieur le Maire » sur Europe 1. J’ai été émerveillé de voir autant de gens heureux, qui aimaient leur village. Je me suis dit qu’il fallait résister à cette vague d’exode, de perte de vie locale.

Au « Petit Rapporteur », vous aviez le rôle d’humoriste/journaliste, qu’on appelle « chansonnier ». Comment avez-vous vu l’humour évoluer à la télévision et à la radio ?

La nouveauté du « Petit Rapporteur » était que nous faisions de l’humour sous forme de reportages, pas seulement de sketchs. C’était à moitié improvisé, mais c’est ce qui a fait le succès du spectacle. Jacques Martin, qui dirigeait « Le Petit Rapporteur », était très exigeant et nous refusait parfois des rapports. Un jour, il manquait un sujet, alors Jacques Martin demanda à toute l’équipe de faire un « concours » de gobage de petits-suisses. Lui et Stéphane Collaro ont réussi parce qu’ils avaient l’habitude de le faire, mais nous avons tous jeté le Petit-Suisse à la figure ! Cette séquence est restée mémorable. C’était une comédie au premier degré, rafraîchissante et universelle. La force de Jacques Martin a été d’avoir créé cet esprit de bande de coquins, qui disait ce qu’il ne fallait pas dire.

Aujourd’hui, l’humour est plus agressif. On me dit parfois « Nous ne pouvions pas faire ce que tu faisais« . Il y a des choses qu’on ne pouvait plus faire et il y a des choses qu’on ne pouvait pas faire à l’époque et qu’on fait maintenant. Aujourd’hui il y a plus de liberté sur certains sujets, comme la sexualité. A l’époque, ceux qui nous regardaient se sentaient que c’était une impertinence folle par rapport à ce qui se faisait avant, mais ce n’est plus énorme par rapport à ce qu’on entend et ce qu’on voit à la télévision aujourd’hui.

Canal + a tout changé. On a commencé, avec Pierre Desproges, ce qui allait être le nouvel humour. Desproges est arrivé tardivement dans l’équipe du « Petit Rapporteur ». Il n’y est resté que six mois. Jacques Martin l’a découvert. Il aimait son humour, mais il s’est rendu compte que ce n’était pas l’humour populaire qui était dans la série. Desproges a quitté le spectacle avant la fin car, trois fois de suite, Jacques Martin a refusé de jouer le sketch qu’il avait préparé. Cela ne veut pas dire que le sketch n’était pas drôle, juste qu’il n’était pas dans l’esprit de The Little Draftsman. Desproges est resté sur sa ligne et sa forme d’humour a été de plus en plus acceptée par le public et s’est même développée grâce à Canal +, avec les Nuls.

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