« La simplification et la polarisation des discours ne constituent pas une politique gouvernementale »

TPresque tout a été dit sur les raisons pour lesquelles le Rassemblement national est sorti grand vainqueur des dernières élections européennes et se retrouve aujourd’hui en tête des sondages pour les législatives françaises.

Le discrédit et le manque de confiance dont souffre la classe politique aux yeux du public peuvent être analysés dans les termes que les économistes utilisent pour décrire ce qu’ils appellent une « tragédie des biens communs », c’est-à-dire les résultats de la surexploitation d’une ressource commune. lorsque les agents économiques sont en situation de concurrence pour avoir accès à cette ressource.

Un exemple bien connu est celui de la surexploitation des revenus de la pêche dans certains endroits : chaque pêcheur a (individuellement) intérêt à prendre le plus de poissons possible, mais ce faisant, il contribue à réduire ce revenu, ce qui nuit à toute la communauté des pêcheurs, car la ressource n’a pas le temps de se régénérer. Cette situation est une forme de dilemme social : intérêt privé et intérêt collectif ne coïncident pas.

La confiance est un élément essentiel du vivre ensemble

Procédons maintenant par analogie. La fragmentation du spectre politique s’accompagne généralement de critiques virulentes adressées par les partis d’opposition à la politique menée par l’exécutif, quelle qu’elle soit, mais avec un point commun : l’accusation d’être « déphasé », incompétent, de ne pas comprendre les aspirations du « peuple », de ne jamais rien faire de ce qu’il avait annoncé, voire d’être à la solde de divers groupes d’intérêts.

Le droit des oppositions d’être entendues est évidemment un élément essentiel au fonctionnement normal d’une démocratie. Il y a cependant un effet pervers. Tant que les critiques des uns et des autres portent sur des orientations politiques et ne visent pas à disqualifier l’autre, il n’y a aucune raison pour que la confiance des citoyens dans leur personnel politique s’érode.

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Or, si tel est le cas, il y a fort à parier, et c’est ce que nous constatons déjà, que les arroseurs sont arrosés. La confiance accordée par les citoyens à leurs représentants est comme la rente de la pêche : une ressource commune qu’aucun parti politique ne peut s’approprier. La confiance est un élément essentiel du vivre ensemble et de la cohésion sociale.

La gouvernance de la Suisse et de l’Allemagne

Puiser dans cette ressource en discréditant systématiquement l’action de ceux qui sont au pouvoir réduit alors la confiance générale dans le monde politique dans son ensemble, à l’exception peut-être de ceux qui n’ont jamais gouverné et sont considérés comme « hors système ». Ceci est d’autant plus vrai que les oppositions sont fragmentées et donc enclines à la surenchère et que le pouvoir exécutif est très concentré, agrégeant par conséquent tous les mécontentements.

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