Jannah Theme License is not validated, Go to the theme options page to validate the license, You need a single license for each domain name.

l’acteur et rappeur Kery James séduit dans « À huis clos », sa pièce puissante sur les violences policières


Cinq ans après le succès de sa pièce « À vive », Kery James présente « À huis clos » au Théâtre du Rond-Point, un texte qui résonne avec les injustices des violences policières. Un théâtre politique écrit par le rappeur qui joue dans la pièce et participe à la production.

France Télévisions – Culture Edito

Publié


Mise à jour


Temps de lecture :
3 minutes

Kery James et Jérôme Kircher dans la pièce "À huis clos" au théâtre du Rond-Point.  (SIMON GOSSELIN)

« Mais combien y avait-il de Nahels avant celui-ci ?! Combien?! ». Au théâtre du Rond-Point, le public est figé sur son siège, pétrifié par la voix tonitruante du rappeur Kery James. « Et ne nous faisons pas d’illusions, c’est uniquement parce que son exécution a été filmée que le sort du petit Nahel a ému la France entière ! ». On entend des petits cris, on voit des mains s’essuyer les yeux. Les groupes scolaires sont particulièrement attentifs et concentrés. Ce public finira par recevoir une standing ovation quasi générale. C’est À huis clos, la nouvelle pièce de Kery James. Un moment de théâtre qui fait tomber de sa chaise et qui existe rarement.

Violences et « quartiers prolétariens »

La thématique des violences policières est forte, souvent jugée sensible. Kery James incarne Soulaymaan, un étudiant en droit qui décide de prendre en otage le juge qui a libéré de prison le policier qui a assassiné son frère Demba. Le personnage de Soulaymaan figurait déjà dans la pièce précédente de Kery James, Brutainsi que dans son film populaire Les navetteurs.

Dans cette pièce, Kery James attaque sans filtre les notions de maintien de l’ordre, et les relations entre quartiers populaires – qu’il renomme « prolétaires » – et la police. Kery James enchaîne les phrases percutantes et ose dire tout haut ce que personne n’ose dire. On admire sa liberté, son courage, on est surtout déconcertés de se retrouver face à des réalités violentes incontestables. « Parce que, dans leur monde, Monsieur le Juge, il arrive qu’un flic urine sur un mineur de quatorze ans et le bat violemment alors qu’il est menotté à un banc ! Saint-Ouen, 2021 !» affirme Kery James, arme pointée sur le juge incarné par Jérôme Kircher.

Texte brut

Comment de telles situations peuvent-elles exister en France, pays qui se veut démocratique ? Ces situations sont-elles vraiment des cas isolés ? Pendant 1h30, Kery James confronte les arguments de ceux qui tentent d’excuser ou de minimiser cette violence. Celui qui joue le juge parle par exemple d’un « contexte tendu »celui du confinement. « Le gamin n’avait pas respecté le couvre-feu, alors pour le punir, le flic lui a pissé dessus, l’a attaché à un banc, l’a insulté, humilié et tabassé. En effet, le contexte était tendu !

Kery James et Jérôme Kircher dans la pièce

Kery James a l’art de déclamer un texte brut, sans filtre, sans détours. Son passé de rappeur lui permet de prononcer chaque phrase avec force et conviction au milieu du bureau en bois du juge. La pièce se déroule dans ce bureau circulaire, entouré de rails, avec des caméras qui tournent et filment tout le spectacle. Ces images retranscrites sur un grand écran au-dessus de la scène sont si bien filmées qu’on aurait l’impression de regarder un film au cinéma. Ils permettent de prêter attention à des détails auxquels on ne prêterait pas attention : gros plans sur les expressions faciales, détails du bureau ou angles de vue selon les personnages filmés. Le seul bémol est qu’on peut facilement passer le nez vers l’écran au lieu de la scène, ce qui dénature le principe du théâtre. Mais ce dispositif a aussi des effets positifs, notamment pour les spectateurs éloignés de la scène.

Cri d’alarme

Kery James dénonce les conditions de vie de ces derniers Des « citoyens de seconde classe », comme il les appelle. Les citoyens qui font partie d’un « ville dans la ville », un monde à part qui rassemble les plus précaires de la société française. Kery James confronte la démocratie à ses contradictions, en évoquant notamment les inégalités de traitement entre citoyens. « Avez-vous déjà subi un seul contrôle de police, monsieur le juge ? (…) Le flic vous voit et comme ça, arbitrairement, il décide que vous pourriez potentiellement avoir enfreint la loi. (…) Trente ans que j’essaye de démontrer que je peux être un Français comme les autres »dit Kery James au juge.

Loin de tomber dans le réquisitoire anti-police, Kery James montre davantage les failles d’une démocratie qui contient des excès. « Où sont les policiers qui ont le courage d’affronter le corporatisme et de dénoncer les dérives de leurs collègues ?! (…) Dans la police, on ne balance pas ! Nous nous protégeons les uns les autres !, rétorque Kery James. Des actions, des paroles, des comportements qui questionnent et révoltent. Une pièce profondément contemporaine et proche des minorités. La réflexion de Kery James s’impose comme un cri d’alarme et de détresse, d’utilité publique.

« À huis clos » mis en scène par Marc Lainé avec Kery James et Jérôme Kircher au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 3 décembre et en tournée dans toute la France.

grb2 FR

Toutes les actualités du site n'expriment pas le point de vue du site, mais nous transmettons cette actualité automatiquement et la traduisons grâce à une technologie programmatique sur le site et non à partir d'un éditeur humain.
Bouton retour en haut de la page