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l’affaire Quatennens, un « crash-test » pour La France insoumise

L’affaire du député Adrien Quatennens, qui a reconnu des violences conjugales sur son épouse, continue de faire des remous au sein de La France insoumise et des mouvements féministes. Il vient affaiblir Jean-Luc Mélenchon au moment où celui-ci était sur le point de redescendre dans l’arène politique.

Chaque jour a sa déclaration malheureuse. Après les tweets de Jean-Luc Mélenchon évoquant le « courage » et la « dignité » d’Adrien Quatennens, qui s’est retiré du mouvement avant l’ouverture d’une enquête pour violences conjugales, le leader de La France insoumise a enfoncé le clou jeudi 22. A une question d’un journaliste de l’émission Quotidien qui l’a interpellé devant les bureaux de l’Assemblée nationale pour lui demander s’il regrettait ses tweets, il a répondu : « Monsieur, je pèse tout le temps mes mots, c vous’ suis celui qui regrette ce que tu dis », en tapotant ce dernier sur la joue.

Puis, vendredi, son ancien directeur de campagne et successeur au poste de député des Bouches-du-Rhône, Manuel Bompard, a minimisé les agissements d’Adrien Quatennens sur le plateau de CNews : « J’essaie de donner un sens aux choses : une gifle n’est jamais acceptable mais une gifle n’équivaut pas à un homme qui bat sa femme tous les jours », a-t-il déclaré.

Des propos qui ont suscité de vives réactions de la ministre déléguée à l’Egalité femmes-hommes, Isabelle Rome, qui a évoqué « des propos abjects qui banalisent la violence », mais aussi de la militante féministe et conseillère Europe Écologie-Les Verts de Paris, Raphaëlle Rémy-Leleu, qui a interpellé Manuel Bompard sur Twitter.

« MAIS CE N’EST PAS POSSIBLE ! @mbompard sans rire : tais-toi ! Ce que tu racontes avec les camarades insoumis depuis une semaine est insupportable. Arrête de parler de la violence. Arrête au moins de nous faire souffrir. Trouve le courage de parler avec un féministe et comprenez à la fois votre manque de connaissances sur le sujet, votre complaisance politique et la douleur et la colère que vous générez. »


Les réactions de Mélenchon jugées « insuffisantes et inacceptables »

La conférence de presse organisée mardi à l’Assemblée nationale avait déjà révélé l’embarras des députés LFI contraints d’assurer le SAV. Deux jours plus tard, ni Clémentine Autain, ni Manon Aubry, ni Clémence Guette, ni Aurélie Trouvou, ni Danielle Simonnet, toutes contactées par France 24, n’ont souhaité s’exprimer sur le sujet.

« La position de Jean-Luc Mélenchon a créé d’importantes tensions au sein de LFI, c’est sûr. Je ne sais pas si on peut parler de crise. Mais ce qui est sûr, vu le rôle important qu’a joué Adrien Quatennens, en tant que numéro 2 du mouvement , c’est que cette situation est forcément vécue en interne comme un choc majeur », analyse le politologue Bruno Cautrès.

En effet, plusieurs voix se sont élevées dimanche dernier, quelques heures après le communiqué d’Adrien Quatennens reconnaissant avoir giflé sa femme, pour se désolidariser des tweets du chef insoumis. Clémentine Autain, dans Le Parisien, et Manon Aubry, sur franceinfo, ont toutes les deux déclaré : « Ce sont ses mots, pas les miens ». Mais c’est le communiqué de la néo-députée LFI de la Dordogne, Pascale Martin, qui est allée le plus loin, jugeant « insuffisantes et inacceptables » les réactions de Jean-Luc Mélenchon.


« Cette affaire est un crash-test pour La France insoumise, estime Bruno Cautrès. On voit en effet qu’il introduit des discussions et des débats. On verra comment LFI saura gérer ces positions internes et le bruit médiatique qui va avec. »

D’autant que le parti de Jean-Luc Mélenchon n’a jamais été connu pour être un haut lieu de la démocratie participative. Les décisions au sein de ce « flux de gaz », comme le définit lui-même l’ancien député, sont généralement prises en petit cercle autour de lui. Peu de place est laissée au débat et à la contestation par le leader.

Risque de fracture entre LFI et les féministes

Pourtant, le risque est grand pour LFI de se couper des mouvements féministes, alors même que le programme de L’Avenir en commun était considéré par ces mêmes mouvements lors de la campagne présidentielle comme le plus avancé sur le sujet des violences faites aux femmes. Désormais, certaines féministes, comme celles du collectif « Relève féministe », tout juste créé, exigent la démission comme député d’Adrien Quatennens et s’indignent de la réaction de Jean-Luc Mélenchon.

« Son tweet m’a abasourdie, je me suis dit : ‘l’homme défend l’homme’. Il sait, en tant que troisième candidat à la présidentielle, quelle influence il a dans ce pays, il savait ce qu’il faisait », s’indigne Sirine Sehil auprès de l’AFP. « Pour moi, il est grillé, il ne se représentera probablement pas mais je ne vois pas comment il peut représenter les féministes », ajoute-t-elle, tout en reconnaissant avoir « un petit goût amer » d’avoir voté pour lui en avril.

>> À lire : Violences sexistes et sexuelles en politique : « Relève féministe » ne veut plus rien laisser passer

Au-delà des relations de LFI avec les mouvements féministes, quel impact l’affaire Quatennens aura-t-elle sur le poids politique de Jean-Luc Mélenchon et des insoumises dans le débat public, alors même qu’ils s’apprêtent à mener d’importantes batailles sur la réforme des retraites, l’impôt sur les superprofits ou la réforme de l’assurance-chômage ? ?

« Pour Adrien Quatennens, on voit qu’il est touché et que cette affaire laissera des traces. Il va devoir consacrer du temps à ses affaires personnelles et au redressement de son image publique, juge Bruno Cautrès. Quant à LFI, c’est certains qu’il n’est jamais bon qu’un événement perturbe négativement l’image d’une formation politique. Or, cette affaire a-t-elle pénétré profondément dans la société et les fragilisera-t-elle à long terme ? Il est trop tôt pour le dire, il faudra regarder les sondages d’opinion dans les semaines à venir. »

La marche contre la vie chère et l’inaction climatique, organisée par La France insoumise et la Nupes le dimanche 16 octobre, sera sans doute un premier révélateur.



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