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Le boycott des événements sportifs, une illusion ?


Les origines du mot boycott remontent à 1880. Le britannique Charles Cunningham Boycott travaillait pour un riche propriétaire en Irlande. Il a abusé de ses employés. Ils ont alors décidé de se liguer contre lui en bloquant ses approvisionnements. Le terme boycott est né.

On verra le premier boycott sportif en 1896. Les Turcs refusent alors de participer aux Jeux Olympiques en Grèce. Il faut dire que les différents conflits armés entre les deux pays sont ancestraux. Puis, en 1908, les athlètes irlandais refuseront de concourir à Londres sous le drapeau anglaisexplique Éric Monnin, vice-recteur à l’Olympisme à l’Université de Franche-Comté et historien du sport, à Radio-Canada Sports.

Il y aura par la suite une série de boycotts, mais ce qui surprend le plus l’historien, c’est que les Jeux olympiques de 1936 à Berlin n’en aient subi aucun.

C’est très surprenant, car tout le monde s’attendait à un mouvement de boycott. Nous ne voulions certainement pas offenser Hitler. D’autant plus que le Premier ministre britannique Chamberlain sera envoyé en Allemagne et qu’il reviendra avec la promesse qu’Hitler n’envahira personne et qu’il n’y aura pas de guerre. Petit à petit, on va assister à un étrange mélange d’économie et de politique qui va s’inviter dans le monde du sport. Aujourd’hui, c’est encore plus vrai. Regardez le Qatar, on ne le boycottera pas, car il y a des hydrocarbures et avec la crise énergétique qui frappe l’Europe, on ne peut pas s’en passer.

Éric Monnin soutient qu’il est faux de penser que certains boycotts ont obtenu des résultats.

En 1976, par exemple, vous parlez du boycott des pays africains qui ont refusé de participer pour dénoncer la politique d’apartheid de l’Afrique du Sud, mais en fait ce n’est pas comme ça que ça s’est passé. En fait, ce retrait ne visait pas directement l’apartheid en Afrique du Sud, mais plutôt les liens économiques et politiques de la Nouvelle-Zélande avec ce pays. A l’époque c’est l’Organisation des Unions Africaines qui a envoyé un télex aux différentes délégations juste avant leur entrée dans le stade les invitant à se retirer. Non pas pour dénoncer la politique d’apartheid de l’Afrique du Sud, mais pour dénoncer la présence de la Nouvelle-Zélande à ces Jeux. Mais même si 28 pays africains se sont retirés, rien n’a changé. Il faut donc être prudent quand on dit que les boycotts ont servi telle ou telle cause.

Le boycott des événements sportifs, une illusion ?

Des fans de football devant un stade au Qatar.

Photo: Getty Images / ANNE LEVASSEUR

Dans le même ordre d’idées, le très passionné sociologue du sport estime qu’au lieu de parler de boycotts, il faut plutôt arrêter les idées de grandeur de certains pays.

On se trompe en voulant boycotter la Coupe du monde. En ce moment, en France, tout le monde se révolte contre les Saoudiens qui veulent organiser les Jeux asiatiques d’hiver en construisant une piste de ski de 500 milliards d’euros (680 milliards de dollars CA). Mais les Saoudiens ont raison de proposer des structures très absurdes, car c’est aux structures internationales de dire : ça suffit ! En ce moment, ils veulent nous culpabiliser, mais c’est un peu trop facile. Nous avons des structures comme l’Union européenne, l’ONU, l’UNESCO, comme les grandes fédérations sportives qui doivent prendre leurs responsabilités. Il est de la responsabilité de toutes ces structures de s’opposer à de telles candidatures.

Aujourd’hui, tout le monde dénonce le Qatar, mais où étaient tous ces gens il y a plus de dix ans quand le Qatar a remporté la Coupe du monde ? Pourquoi personne n’a-t-il dénoncé le Qatar à l’époque ?

Éric Monnin assure que les différents appels au boycott n’auront pas d’effet domino puisque l’économie l’emporte sur le sport.

Mais honnêtement, pensez-vous que cela changera quelque chose ? Personnellement, je crois qu’il y a un principe de réalité, alors ne me parlez pas de boycotter le Qatar. Le Qatar est le troisième plus grand producteur d’hydrocarbures au monde. Regardez la situation en France, il y a une pénurie de carburant. C’est un vrai cirque avec toutes ces gares fermées. Donc, personne ne va boycotter, car nous avons vraiment besoin de ces hydrocarbures.

Le boycott des événements sportifs, une illusion ?

Eric Monnin

Photo: Robert Frossi

Pour M. Monnin, d’autres alternatives doivent être encouragées.

Écoutez, la semaine dernière, il y avait cette émission à la télévision française, Compléments d’Enquête. C’est ce qu’il faut faire pour qu’il y ait une réelle prise de conscience. Vous devez y aller et enquêter, et montrer avec des preuves que tout cela existe.

Si les Jeux de Berlin avaient été boycottés, personne n’aurait vu Jesse Owens remporter ses quatre médailles d’or et montrer au monde l’absurdité de l’idéologie nazie. Cette race arriéenne supposée supérieure est devenue un non-sens total devant la performance d’un athlète afro-américain et tout cela sous les yeux d’Hitler. S’il y avait eu un boycott, peut-être que l’Allemagne nazie serait sortie plus forte de ces Jeux !

Pour le vice-président pour l’Olympisme à l’université de Franche-Comté, il faut désormais travailler en amont. Toutes ces attributions d’événements sportifs majeurs doivent être vraiment scrutées avant de les donner à un pays.

Arrêtons de demander aux athlètes de porter l’odieux pour aller concourir dans des pays problématiques. Arrêtons de reprocher aux gens de regarder la Coupe du monde. Les grands responsables de cette planète doivent mettre des garde-fous pour qu’on ne puisse plus voir de telles choses, comme construire une piste de ski en plein désert !

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