Le Grand Paris Express, un accélérateur de mobilité

Il est vrai qu’Alexa Faucher n’a pas un métier tout à fait comme les autres. La directrice de cabinet du maire de Chevilly-Larue, commune du Val-de-Marne proche de l’aéroport de Paris-Orly, part à l’aube, rentre tard et enchaîne les réunions publiques, les conseils municipaux et les imprévus. Avant le lundi 24 juin et le prolongement de la ligne 14 jusqu’à Orly, son trajet en RER et en bus entre Paris et Chevilly lui prenait deux heures par jour, minimum. Depuis, il a été divisé par trois. Que va-t-elle faire de tout ce temps ?  » Dormir ! « , confiait-elle le jour de l’inauguration de la station.

Lire aussi le décryptage | Article réservé à nos abonnés La ligne 14 et son prolongement permettent au Grand Paris Express de devenir une réalité

Même question posée à Colette et Bernard Biout, un couple de retraités. Quarante ans de voyages en bus à Clamart (Hauts-de-Seine) pour lui : « Une heure le matin, une heure le soir ; trente minutes aujourd’hui. » Souvenirs d’appels de parents qui ont raté le bus pour elle, ancienne directrice de crèche. A l’autre bout du fil, Carrefour-Pleyel, une mère de trois enfants profite du temps gagné depuis l’arrivée du 14 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Elle travaille à la gare de Lyon. Avant, c’était une heure avec la ligne 13, « et bien plus encore en termes de sensations »L’ajout d’une station la rapproche encore plus de chez elle.

Il n’y a rien d’ordinaire dans ces témoignages. L’arrivée du métro dans des zones auparavant difficiles d’accès est une révolution pour ceux qui y vivent ou y travaillent. Leurs histoires, comme celles recueillies le long du prolongement de la ligne 11, rappellent celles des banlieusards à la fin des années 1960, lorsque le RER A s’arrêtait devant leur porte. Le bureau ou l’usine n’était qu’à un moment raisonnable. Le voyage s’est effectué dans des trains silencieux et confortables. Rien à voir avec le quotidien du couple Marlène et Bernard qui, en Elle court, elle court dans les banlieues – l’adaptation cinématographique de 1972 du roman de Brigitte Gros Quatre heures de transport par jour (Denoël, 1970) –, passe sa vie coincé dans les bus bondés et les embouteillages.

« Le manque de transport était un véritable obstacle »

Le nombre de Franciliens dont le quotidien va changer d’un coup dans les dix prochaines années ne cesse de croître au fur et à mesure de la mise en service des 68 gares du Grand Paris Express (GPE) et de ses 200 kilomètres de lignes. Les territoires se transforment. Certains radicalement. Pour les sept seuls De nouveaux arrêts sur la 14, où vivent 125 000 personnes, quelque 25 000 habitants supplémentaires sont attendus entre 2025 et 2030, soit une augmentation de 30 %. Qui sont-ils, d’où viennent-ils ? Font-ils grimper les prix ? Combien de résidences haut de gamme à la place des maisons individuelles, combien de logements pour les plus modestes ?

Il vous reste 73.38% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.