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Le vrai du faux. La mairie de Lyon subventionne-t-elle le spectacle d’un homme nu avec des jouets sexuels devant des enfants ?

Des élus de droite et d’extrême droite relaient la vidéo d’une performance artistique et accusent la mairie de Lyon et son maire, Grégory Doucet, de l’avoir financée.

La vidéo d’un homme nu dans un jardin est largement partagée sur les réseaux sociaux, principalement par des médias et des élus de droite et d’extrême droite. Ils accusent la mairie de Lyon de subventionner des spectacles avec des jouets sexuels devant des enfants. La polémique est partie d’un tweet de Pierre Olivier, maire Les Républicains du deuxième arrondissement de Lyon. « La ville de Lyon et son maire (écologiste) Grégory Doucet ont coupé 37 subventions culturelles pour financer des individus nus dans un jardin avec des sextoys, devant des enfants. L’utilisation militante et extrémiste du budget n’a pas de limite, l’indécence non plus », il se plaint. L’élu de l’opposition a joint à son tweet la vidéo d’une performance artistique. On y voit un homme nu marchant à quatre pattes dans un jardin, humant les légumes, puis une vingtaine de personnes marchant en rond, on voit quelques enfants.

La vidéo, dénuée de contexte, a aussitôt été reprise par plusieurs médias et élus de droite et d’extrême droite, dénonçant une forme d’exhibition sexuelle financée par la mairie, certains interpellant même les autorités. Beaucoup de choses circulent sur les réseaux sociaux à ce sujet, faisons le point.

Une performance artistique de l’écosexualité

Voici un extrait d’une performance artistique de la jeune compagnie Lundy Grandpré, composée d’un danseur et d’un designer. Selon les informations de franceinfo, la performance a en réalité eu lieu deux ans plus tôt, en juin 2021. Les artistes avaient monté ce projet lors de leur résidence artistique à la Factatory, à Lyon, et l’ont présenté dans un lieu privé, à un public restreint. , seuls invités avertis, proches des artistes, connaisseurs de la scène artistique du moment, et certains de ces invités ont amené leurs enfants. Ce n’est donc pas un spectacle donné spécialement pour les enfants.

Le but de la performance, intitulée « Devenir une larve », c’est questionner le rapport de l’être humain à la nature et à la sexualité. Elle fait partie d’un courant artistique appelé écosexualité ou écosexe, fondé par deux artistes américains dans les années 2000. Un courant qui prône une forme radicale d’activisme écologiste basé sur l’idée de défendre l’environnement en agissant envers la planète comme envers un amoureux et qui use d’un humour absurde pour faire passer son message. Dans cette performance, des jouets sexuels sont plantés dans des mottes de terre, comme s’il s’agissait d’asperges. Si les deux artistes se sont mis nus à un moment donné, pendant la représentation, il n’y a pas eu d’acte sexuel.

Une subvention validée à l’unanimité en commission culturelle… où siège la droite

Ce spectacle n’a pas été subventionné par la mairie de Lyon. L’entreprise Lundy Grandpré n’a jamais reçu de subvention de la commune à l’heure actuelle, mais elle a fait sa première demande de subvention pour cette année 2023 et la mairie a en effet décidé de lui octroyer une de 1 500 euros, l’une des plus modestes les sommes accordées aux compagnies ou institutions artistiques. Il doit être voté au prochain conseil municipal. C’est dans ce contexte que Pierre Oliver a voulu dénoncer l’utilisation de l’argent public faite par la mairie. Il lui a fait rejeter cette subvention en son conseil d’arrondissement lundi 12 juin, mais il sait que cela n’aura aucune conséquence sur le prochain vote.

« Est-ce que ce type de pratique doit être financé par l’argent public ou non ? », s’interroge l’élu, auprès de franceinfo. Il déplore un « utilisation politique des subventions » et critique sévèrement certaines productions d’artistes, comme ces sachets de plantes pour faire des infusions appelées « L’analgésique »avec le A des anarchistes et le dessin d’une femme menaçant un policier avec un fouet, ou « Tsunamiii » avec le dessin d’une femme nue, en position de yoga, dans une flaque d’eau.

En face, l’assistante culturelle, Nathalie Perrin-Gilbert, dénonce une vaine polémique et « trompeur » de la droite. Elle explique à franceinfo que cette subvention a été validée à l’unanimité par la commission culturelle de la ville, dans laquelle siègent deux représentants du parti Les Républicains. « C’est ce qui me fait me demander »commente-t-elle. « C’est une bourse dans le cadre d’un coup de pouce aux jeunes diplômés (des Grandes Ecoles de Lyon). Si notre rôle n’est pas d’accompagner les artistes, je ne vois pas ce que c’est », Elle ajoute. La jeune compagnie artistique reçoit 6 000 euros de subventions de l’Etat dans le cadre d’un programme d’aide aux jeunes artistes en devenir.

Contexte de fortes tensions entre droite et gauche à Lyon

En réalité, au-delà du questionnement sur la place de la nudité dans la création artistique, cette polémique intervient dans un contexte de forte opposition entre la droite et la gauche autour de Lyon. Il y a un mois, en mai, la région Auvergne-Rhône-Alpes, dirigée par Laurent Wauquiez, député des Républicains, décidait d’opérer un « rééquilibrage » de ses subventions culturelles : elle a donné moins aux grandes institutions culturelles du secteur comme le Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape, La Comédie de Saint-Etienne ainsi qu’à plusieurs associations, et a totalement supprimé celle du Théâtre nouvelle génération de Lyon, au profit des petits acteurs ruraux. La gauche critiquait alors vivement la droite.

>> Dans une tribune, d’anciens ministres de la Culture interrogent la politique culturelle de Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes

C’est donc un mois après que Pierre Olivier, proche de Laurent Wauquiez, décide de lancer la polémique en inversant les rôles : désormais c’est la droite qui critique la gauche. « Ce qui me choque, c’est que depuis un an, on entendait le maire de Lyon être remonté contre le rééquilibrage du budget de la culture en région lyonnaise, et que maintenant il fait un rééquilibrage idéologique »explique-t-il à franceinfo.

L’opposant reproche à la mairie de vouloir, en parallèle, réduire les subventions de 37 associations, dont l’École des cuivres de Lyon qui entretient l’orgue de l’église Saint-François dans son quartier qui percevra 2.900 euros en 2023 au lieu de 4.000 euros en 2022, la compagnie de danse Hallet Eghayan (40 000 euros en 2023 au lieu de 60 000 euros en 2022) ou encore les danseurs de Pockemon Crew (8 000 au lieu de 10 000). Franceinfo n’a pas pu obtenir le nombre de subventions qui allait au contraire augmenter, ni celui de nouvelles subventions.

La conséquence moins visible de cette polémique politique est que les artistes de Lundy Grandpré ont reçu des dizaines de messages haineux en 24 heures, dont certains ouvertement LGBTphobes. « Ils sont très mauvais », regrette l’assistante à la culture de Lyon. Quelques heures après le début de la polémique, ils ont rendu leur compte Instagram privé afin qu’aucune autre image de leurs performances ne puisse être reprise sur les réseaux sociaux.



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