Les nouvelles armes du Hezbollah contre Israël

 » (Netanyahou) faut s’attendre (…) aux surprises » : cet avertissement a été lancé par le chef du puissant Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, lors d’un discours prononcé le 24 mai en hommage au président iranien Ebrahim Raïssi, décédé dans un accident d’hélicoptère. Volontairement énigmatique, cette phrase se voulait une réponse aux propos du Premier ministre israélien, tenus la veille lors d’une brève visite au quartier général du commandement nord de son armée. Il a indiqué que Tel Aviv avait « des projets détaillés, importants, voire surprenants »pour affronter le Hezbollah.

Si, depuis le 8 octobre 2023, les affrontements entre le mouvement chiite et Israël sont quasi quotidiens, ils se sont intensifiés ces dernières semaines. L’armée israélienne a étendu ses bombardements en profondeur sur le territoire libanais : elle a multiplié les frappes ciblées à l’aide de drones chargés de missiles visant des membres et dirigeants du mouvement chiite aussi bien au sud qu’à l’est, dans la Bekaa et dans la région nord du Hermel. , près de la frontière syrienne.

De son côté, le Hezbollah étend également ses frappes, dans le but de détruire les instruments des renseignements israéliens qui jalonnent la frontière, les centres de commandement et les bases militaires. « Le Hezbollah s’attaque aux centres de gravité de l’armée israélienne, et à tous les moyens qui donnent à Tel-Aviv la supériorité en matière de surveillance et d’écoutes, un des piliers de sa stratégie ».explique le général à la retraite Elias Hanna. Il veut dissuader Israël d’attaquer le Liban une fois qu’il aura terminé ses opérations à Gaza, en l’avertissant qu’une guerre contre lui sera très difficile. »

10 à 15% de son potentiel militaire exploité

Tandis que l’armée israélienne domine dans les airs, le Hezbollah surprend avec des opérations sans précédent et l’utilisation de nouvelles armes. Mi-février déjà, le mouvement annonçait avoir saisi deux drones israéliens Skylark puis, à la fin du même mois, avoir abattu un drone israélien Hermes 450 avec un missile sol-air, démontrant de nouvelles capacités anti-aériennes.

Le 16 mai, un nouveau palier a été franchi, lorsque le Hezbollah a publié une vidéo montrant un drone qui a d’abord lancé deux missiles air-sol S-5, généralement tirés depuis des avions, sur une base militaire de Metoula (Israël), avant d’exploser. à son tour contre sa cible. La veille, le mouvement chiite avait frappé une base militaire près de Tibériade, dans le nord, à un peu moins de 30 km de la frontière avec le Liban, son opération la plus profonde depuis le début des hostilités.

À cette armée de drones de fabrication iranienne s’ajoutent de nouveaux types d’armes. Au fur et à mesure des évolutions sur le terrain, le Hezbollah dégaine successivement plusieurs types de missiles guidés iraniens comme le Burkan, l’Almas et le Jihad Moughnieh, nommés en hommage à ce commandant tué en 2015 en Syrie par les Israéliens, sans oublier les missiles antichar. Kornet, d’une portée de 5 à 8 km.

Effet surprise

« Jusqu’à présent, le Hezbollah n’a utilisé que des missiles à courte portée et peu sophistiqués pour exercer une pression au Sud-Liban afin de forcer l’armée israélienne à partager ses efforts entre Gaza et le front nord »explique le général à la retraite Amine Hoteit. « Elle n’a utilisé que 10 à 15 % de son potentiel militaire car c’est une guerre de soutien. »

« Le Hezbollah ne veut pas donner à Israël l’opportunité de s’engager dans une guerre ouverte en le plaçant dans une position défensive, il continue. Si la situation l’exige, il pourrait attaquer des cibles situées au-delà de 200 à 300 km et atteindre par exemple Dimona. (la centrale nucléaire israélienne, NDLR). »

Et de rappeler que le Hezbollah entretient toujours l’effet de surprise quant à son arsenal, comme il l’a fait lors de la guerre de juillet 2006 avec Israël. Le 5 avril, Hassan Nasrallah a prévenu que son mouvement n’avait pas « pas encore utilisé ses armes principales » dans la bataille.