L’historien Patrick Weil s’en prend à Marine Le Pen

POLITIQUE – Il est toujours dangereux d’invoquer l’histoire. D’autant plus lorsqu’il s’agit de l’utiliser à des fins politiques. Marine Le Pen vient d’en faire l’expérience, tandis que Jordan Bardella promet la fin de la loi foncière en cas de victoire aux législatives du 7 juillet.

Sur le réseau social HuffPost entre autres — rappeler que le système est hérité du XVIe siècle, et que sa suppression constituerait une rupture majeure dans la philosophie du droit français.

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 » Nouvelle fake news : « le droit du sol date de 1515. Non, le décret de 1515 ne visait que… l’héritage. Notre version du droit du sol date de 1889 et avait pour seul but de garantir que les enfants d’immigrés, notamment italiens, puissent être appelés au service militaire et mobilisés pour se venger de l’Allemagne. C’était donc il y a seulement 130 ans et pour une raison que la gauche aura du mal à assumer. « , a-t-elle déclaré ce jeudi 27 juin.

« Double imprécision »

Une vision très partielle de l’histoire que Patrick Weil, politologue et historien spécialiste des droits des immigrés, a corrigé sur le même réseau social, pointant un « double imprécision » commis par Marine Le Pen.  » Avant la Révolution, c’est toujours par l’héritage que se définissait la définition d’être Français. C’est une décision du Parlement (tribunal de Paris) de 1515 qui crée un droit foncier simple. » a répondu le chercheur, qui a autrefois fait campagne à gauche.

Et le spécialiste poursuit : « Depuis 1791, le droit du sol est inscrit dans la Constitution ou dans la loi. En 1889, elle fut renforcée, non pas pour fournir des soldats, mais pour imposer l’égalité devant le service militaire et assurer notre souveraineté menacée par les enclaves étrangères en Algérie et dans le Sud-Est.

N’en déplaise à Marine Le Pen, la suppression de ce pilier républicain tourne effectivement le dos à des siècles de tradition. C’est ce que souligne également Serge Slama, professeur de droit public à l’université de Grenoble. Sur le même réseau social, il souligne que Raymond Boulbès, « qui a écrit le code de la nationalité de de Gaulle » à la Libération considérait que droit foncier et droit du sang étaient indissociables dans un régime républicain. Ce qui donne, dans le texte « la qualité du français, une fois définitivement établie – qu’elle trouve son origine dans le jus Sanguinis ou dans le jus soli – est et reste indivisible « .

Dans une chronique publiée par Le monde le 22 juin, Patrick Weil alertait sur le changement de paradigme que cette mesure induirait : « Ce droit du sol républicain, progressiste et conditionnel est si fondamental pour notre identité nationale que même le régime de Vichy l’a maintenu dans le projet de réforme de la nationalité qu’il avait préparé. « . En cas de victoire le 7 juillet, Jordan Bardella compte bien aller bien au-delà.

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