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L’Ouzbékistan ouvre la porte de ses trésors au Louvre et à l’Institut du monde arabe

Elle attendait depuis quinze siècles : une foule en liesse, venue raconter Samarcande avant Samarcande. Il y a cinq ans, lors de fouilles dans la résidence de dirigeants iraniens nomades, des archéologues ont découvert une porte en bois carbonisée. Ce n’était qu’un bloc informe; c’est aujourd’hui l’une des pièces majeures de l’exposition « Splendeurs des Oasis d’Ouzbékistan » au Louvre. Quand on la découvre, au printemps, elle sort d’une restauration miraculeuse effectuée à l’Institut du patrimoine de Samarcande. Le bâtiment décrépit ressemble à une école désaffectée. Il a cependant fallu déployer des merveilles de technologie et de savoir-faire pour faire parler ce morceau de charbon, et réveiller son armée d’ombres, sculptée vers l’an 550.

« Ce panneau est exceptionnels’enthousiasme Yannick Lintz, qui a orchestré l’exposition en tant que directeur des arts de l’Islam au Louvre. Lorsque nous avons proposé de trouver le décor, nous avons été traités comme des fous. Mais le résultat est bluffant. »

Brûlé lors de la conquête musulmane au 8èmee siècle, la porte a continué à brûler sous terre. « Le bois d’orme est passé d’organique à minéral, ce qui a permis une conservation exceptionnelle de la sculpture, s’émerveille l’un des restaurateurs français en charge de ce bijou. Cette restauration est la chance d’une vie, nous avons très peu de panneaux de bois de cette époque. » Pour le transporter au laboratoire, il a fallu créer un moule parfait en détourage numérique. Il a ensuite été consolidé à l’aide de résines avant, millimètre par millimètre, le décor d’origine a été retiré.

Rocco Rante, commissaire : « C’est un instantané fascinant de la communauté de l’époque, la cohabitation des mondes sacré et profane »

« C’est un instantané fascinant de la communauté de l’époque, la cohabitation des mondes sacré et profane », analyse l’archéologue Rocco Rante, également commissaire de l’exposition. Treize ans qu’il fouille, sous la tutelle du Louvre, les environs de Boukhara : il est intarissable sur l’incessante migration des peuples qui caractérise ce pays. Nomades iraniens, royaumes huns, sultans turcs qarakhanides, tribus de Gengis Khan, dynasties timourides puis mongoles… Il ne se lasse pas de décrypter ces strates entrelacées.

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Cette porte le fascine, car c’est l’un des témoignages les plus vivaces. « On y voit la population rendre hommage à la divinité Nana en lui apportant offrandes, fruits, encensoirs, harpes ou tambours, sous la tutelle d’un prêtre zoroastrien qui cultive le feu sacré : on le reconnaît à son étonnant masque à bec de canard. Nana est l’équivalent, en Asie centrale, de l’Ishtar de Mésopotamie, ou de notre Minerve : elle maîtrise l’eau, le Soleil et la Lune, la vie. » Elle est représentée, en bas, avec deux bras, style iranien ; à l’étage, avec quatre, style indien. Une porte au bord de plusieurs mondes, « la bande dessinée d’une époque charnière où l’Inde, la Chine, les mondes iranien et chrétien se rencontrent »résume Yannick Lintz.

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