Marine Le Pen presque totalement « mélonisée »

Été 2017. Marine Le Pen, la cheffe de file de l’extrême droite française, fait campagne pour les législatives françaises avec un programme radical plutôt fidèle à la ligne du parti créé par son père, le Front national (FN). Le parti propose notamment une sortie de l’euro, la suspension des accords de Schengen permettant la libre circulation – suspension soumise à un vote référendaire – et un avancement de la retraite à 60 ans.

Les sujets les plus controversés concernaient l’immigration : taxes supplémentaires pour les travailleurs étrangers et réduction de moitié de l’immigration légale en France. A l’issue de ces élections législatives, le FN a obtenu 9% des voix, soit 8 sièges à l’Assemblée nationale.

Sept ans plus tard, le FN devient le Rassemblement national (RN) et Marine Le Pen devient présidente, rapporte le quotidien madrilène Le Monde. Avec déjà 88 sièges obtenus aux législatives de 2022, le parti vise désormais la majorité absolue (il lui faut pour cela 289 sièges sur les 577) aux législatives des 30 juin et 7 juillet 2024. Et, pour ratisser large, il a choisi d’adoucir son discours.

Un retour en arrière stratégique

Son programme ne comprend pas « ni sortir de l’euro, ni sortir de Schengen », analyse le quotidien conservateur. Quant à la retraite, elle est finalement portée à 66 ans « pour les Français qui ont commencé à travailler à 24 ans et ont cotisé pendant quarante-deux ans ».Sur l’immigration, l’idée est plutôt de maintenir la préférence nationale (c’est à dire les Français d’abord).

Ce rétropédalage est précisément ce que souhaitait Marine Le Pen, affirme le média espagnol, qui y voit l’aboutissement du processus de « diabolisation » de la RN, « affiné pendant une décennie par son leader ».

Déjà par le changement de nom, première esquisse du trait qu’elle a tiré sur le sombre passé du parti et de son père, Jean-Marie Le Pen, connu pour ses propos racistes et agressifs. Puis par le choix de prendre Jordan Bardella comme dauphin, ce « gendre idéal de 28 ans » expérience professionnelle pour lisser son image.

L’abandon des sujets qui fâchent a porté ses fruits à tous les niveaux, tant dans l’establishment local, jusqu’ici confiné à certaines régions spécifiques, que dans le rapprochement avec d’autres partis, comme la droite républicaine avec l’alliance avec Eric Ciotti.

Tout cela ressemble fortement à la stratégie de l’Italienne Giorgia Meloni, note Le Monde. Issue du parti postfasciste Fratelli d’Italia, Meloni a utilisé son image de mère chrétienne proche du peuple pour séduire, tout en jouant la leader consensuelle au niveau européen.

Au fil des années, l’extrême droite française a « édulcoré ses propositions les plus radicales pour accéder aux portes du pouvoir », conclut Le Monde. Sans le fameux « cordon sanitaire », Ou « Front anti-Le Pen », peut faire beaucoup à ce sujet maintenant.