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Meurtre de Gisèle Itale Betondi |  Un drame évitable

« Tu veux m’enlever mes enfants », « Je vais te chasser », « Tu dois m’obéir » : piégée dans le cercle vicieux des violences conjugales, Gisèle Itale Betondi avait rapporté ces propos troublants à sa sœur et sa tante aurait parlé par son mari Hosea Amorus Puhya quelques semaines avant qu’elle ne soit poignardée à mort.

Posté à 5h00

Meurtre de Gisèle Itale Betondi |  Un drame évitable

Mayssa Ferah
La presse

Ce drame aurait pu être évité si l’accusé avait été gardé derrière les barreaux, plaide la famille de la mère de trois enfants tuée le 8 septembre dans le stationnement de son appartement de LaSalle à Montréal. Elle a été poignardée à plusieurs reprises avant de succomber à ses blessures. Son partenaire, Hosea Amorus Puhya, est accusé de meurtre avec préméditation dans le cadre de l’affaire. Il a plaidé non coupable.

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PHOTO DE FACEBOOK

Gisèle Itale Betondi

« Je ne comprends pas pourquoi il a été libéré. ​​»

Assise dans le modeste appartement de LaSalle où vivait sa nièce, Clarice Betondi pousse un long soupir. Les jouets pour enfants reposent sur le sol gris. « Elle me parlait depuis longtemps de son mari violent. On lui a dit de le quitter, mais elle avait peur », a-t-elle déclaré lors d’une rencontre avec La presse Mercredi.

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PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Stationnement du logement de Gisèle Itale Betondi, à LaSalle, où cette dernière a été poignardée à mort

L’homme de 50 ans venait d’être libéré après avoir été détenu pour manquement aux conditions. Il avait dans le passé fait face à des accusations de violence domestique contre Mme.moi Betondi, 29 ans, mais avait été acquitté en juin.

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PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Gisèle Itale Betondi a été tuée le 8 septembre dans le stationnement de son appartement de LaSalle.

Elle avait – selon sa famille – subi des violences physiques et verbales pendant plus d’un an.

« Elle nous appelait à chaque fois. Mais on lui a dit : appelle plutôt la police », explique sa tante, bras croisés et cernes dans les yeux.

Mari détenu, puis acquitté

Puis il y a eu le temps de trop. L’hiver dernier, Gisèle Betondi a téléphoné à sa tante en panique. Elle était alors dehors, pieds nus et sans manteau. « Elle m’a dit qu’elle avait quitté l’appartement parce qu’il la poursuivait avec un couteau. Là, la police est intervenue. »

Puhya est alors arrêté, puis détenu. Il a ensuite été acquitté.

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PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Josiane Betondi, soeur de la victime

La victime a été manipulée par son mari et sa belle-famille et donc très encline à retirer sa plainte, pense Josiane Betondi, soeur de la victime.

Elle avait peur de son agresseur, minimisait son contrôle sur elle et s’était vu interdire de prendre des décisions concernant la maison, les finances ou ses propres enfants, selon la sœur.

Pendant qu’il était en prison, elle nous a dit que la famille de son mari l’appelait tous les jours. Ils l’ont fait se sentir coupable, comme si c’était sa faute s’il était détenu.

Josiane Betondi, soeur de la victime

Contrôle et manipulation

Une fois libéré, il semblait très en colère car la victime lui avait désobéi sur le nom à donner à leur troisième enfant, âgé de quelques mois lorsque son père était en prison, raconte la tante de Gisèle Betondi. « Il ne voulait pas qu’elle choisisse le prénom. Elle n’avait pas le droit. Il la contrôlait complètement », explique Clarice Betondi, à qui Gisèle Betondi s’est confiée.

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PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Clarice Betondi, tante de la victime

La presse a pu consulter les dernières conversations écrites entre la défunte et son mari à la sortie de prison de ce dernier.

« Enlevez ce nom choisi par Satan et prenez le nom que je vous donne. ça fait le 10e fois je vous le rappelle. Faites-le maintenant avant qu’il ne se déclenche un autre incendie entre nous », a écrit le prévenu dans un échange daté du 3 septembre, à peine une semaine avant le meurtre.

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PHOTO DU MESSAGER

Conversation entre Gisèle Betondi et son mari, dans laquelle ce dernier insiste pour choisir le prénom de leur enfant

La victime lui a alors demandé de cesser tout contact et de consulter un psychiatre.

Gisèle Betondi n’avait pas accès à un compte bancaire. Elle a donc dû passer par lui pour se dépenser, selon sa famille.

Lorsqu’elle a remis en question ses instructions, il l’a bombardée de vidéos YouTube axées sur la religion, leur rappelant qu’ils étaient mariés, selon sa sœur. « Elle était très religieuse », raconte Josiane Betondi à propos de sa sœur.

Un cercle vicieux

En janvier dernier, M.moi Betondi avait écrit à son mari. « Que Dieu vous bénisse pour tout ce que vous avez fait pour moi, mais la prochaine fois que vous entendrez parler de moi, ce sera pour un divorce. »

Cependant, elle a continué la relation. « Il lui a permis de vivre au Canada et ils ont eu trois enfants. Elle s’est sentie coupable de le quitter », raconte sa sœur Josiane Betondi, assistante sociale.

Le couple s’était rencontré en 2015 dans leur pays d’origine, le Cameroun. Hosea Puhya vivait déjà au Québec à l’époque.

Il est très fréquent qu’une victime de violences conjugales défende son agresseur, revienne vers lui ou cache certains détails à ses proches, estime Josiane Betondi. « C’est très dur de s’en sortir. »

Comme les parents du défunt sont au Cameroun et n’ont pas de visa pour se déplacer au Québec, la tante et la soeur de Gisèle Betondi tentent de récolter des fonds pour les obsèques, explique Clarice Betondi. La famille envisage de rapatrier la dépouille dans son pays natal.

C’est une façon horrible et violente de quitter ce monde. Nous voulons qu’elle soit enterrée paisiblement là où elle a grandi.

Clarice Betondi, tante de la victime

Rentrer avec un conjoint violent, retirer une plainte, mentir à son entourage ou minimiser les violences vécues au sein d’un couple : tous ces actes sont très fréquents pour les victimes prises dans des situations à risque, souligne Claudine Thibaudeau, de l’association SOS violences conjugales.

«Ce sont des moyens de se protéger. Les craintes sont fondées. Les victimes ont raison d’avoir peur », explique l’expert. Les femmes effrayées par leur partenaire violent craignent qu’une plainte ou une rupture n’aggrave leur situation. Lorsqu’il y a des enfants dans le portrait, la victime est consciente qu’un lien restera avec le père et pense à leur sécurité. « Les victimes sont souvent jugées comme si leurs décisions étaient mûrement réfléchies. Mais ces décisions sont en fait des réactions à des situations d’urgence. »

C’est pourquoi une victime peut porter plainte contre son bourreau, mais le défendre dès le lendemain.

Féminicides présumés en 2022 au Québec

  • 18 février : Patrizia Rao
  • 19 février : Maria Christovao
  • 31 mars : Madeleine Désormeaux
  • 1euh avril : Louise Avon
  • 8 avril : Cynthia Landry
  • 31 juillet : Audrey Sabrina Gratton
  • 18 août : Kamila Rodriguez Vital de Queiroz
  • 8 septembre : Gisèle Itale Betondi
  • 16 septembre : Vierge Marie Tous les Saints

Apprendre encore plus

  • 26
    Nombre de féminicides présumés au Québec en 2021

    9
    Nombre de féminicides présumés au Québec depuis le début de 2022


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