Mis aux enchères, ce prestigieux château, saisi par la justice, n’a pas trouvé preneur

Chaque année, environ 10 000 logements sont saisis par la justice, selon le ministère de la Justice. Ensuite, ils sont souvent vendus aux enchères au tribunal judiciaire. Le prix de vente permet au propriétaire d’honorer sa dette. Ces transactions sont encore plus rares – quelques dizaines par an – pour les biens d’exception et notamment les châteaux. Des ventes atypiques qui suscitent souvent l’envie des acheteurs. C’est le cas d’un prestigieux château du XIXème siècle, doté d’un parc de 30 hectares et situé à Montilliers, près d’Angers (49).

Estimée environ trois millions d’euros, cette propriété, construite sur les traces d’une maison forte du XVe siècle, a été adjugée 900 000 euros. C’est une réduction de 70 % ! La raison? La société immobilière de la propriétaire a été liquidée pour dettes impayées et son château a été saisi afin qu’elle puisse rembourser ses dettes. Une aubaine pour les acheteurs ! Et pourtant, personne ne s’est positionné et n’a fait d’offre, selon l’avocat de la poursuite. Dans le cas d’un article invendu, le bien «sera restitué à son propriétaire, le vendeur», selon le Conseil des maisons de ventes aux enchères. « Il peut toutefois être vendu soit à la suite d’une transaction « de gré à gré » à un acheteur désigné, soit dans le cadre d’une vente aux enchères ultérieure.»

Le château est occupé

Bien qu’il ait sérieusement besoin d’être restauré, le château de Tirpoil a néanmoins de quoi attirer les acheteurs. La propriété s’étend sur cinq niveaux, de la cave aux combles et dispose d’une bibliothèque, d’une salle de billard, de plusieurs salons et salles à manger, de huit chambres, de trois salles de bains et d’une ancienne chapelle. Cerise sur le gâteau : 18 hectares de forêts et 12 hectares de prairies et étangs. Un espace de rêve mais qui demande beaucoup d’entretien. Idem pour les multiples dépendances qui constituent un atout certain mais elles aussi ne sont pas très fraîches, comme le décrit le procès-verbal du commissaire de justice : les anciennes écuries sont en mauvais état, un château d’eau très dégradé et qui ne sert plus, un lavoir ou encore une maison de gardien vétuste.

Mais ces actifs attractifs cachent un inconvénient majeur : le vainqueur des enchères aurait acquis un bien occupé. La propriétaire actuelle a le droit de rester dans le château, c’est au nouveau propriétaire de lui demander de partir. « L’acquéreur peut exécuter le titre d’expulsion dont il dispose contre le débiteur.», précise les conditions de vente. « Le document qui confirme la transaction (reçu le jour de l’enchère) équivalent à un arrêté d’expulsion», précise Me Romain Rossi-Landi, avocat en droit immobilier. Mais ces ventes atypiques peuvent tourner au cauchemar, surtout si le vendeur est âgé. « J’ai attendu deux ans pour récupérer ma maison», s’insurge Bernard qui a acquis pour 325 000 euros une maison en Normandie, vendue aux enchères suite à une saisie. La faute en revient à l’ancien propriétaire, le fondateur des pains Jacquet, aujourd’hui octogénaire, qui a freiné brusquement pour quitter les lieux.