Moussa Kebe, un maillon en Seine-Saint-Denis

De nombreux enfants rêvent de devenir pompier. Moins nombreux sont ceux qui, en tant qu’adultes, réalisent leurs rêves. Moussa Kébé en fait partie. Enfant, il observait la caserne des pompiers depuis la fenêtre de sa maison familiale à Aulnay sous-Bois (Seine-Saint-Denis), s’imaginant partir un jour lui aussi en mission. Dès la fin de ses études secondaires, il s’engage comme pompier volontaire tout en poursuivant ses études.

Après avoir enseigné la physique et la chimie pendant six ans, il décide de changer d’orientation et de passer le concours pour intégrer les pompiers professionnels. Depuis 2022, il est commandant de la caserne de Gonesse (Val d’Oise), celle-là même où il a été pompier volontaire durant ses études. « Tout ce que tu peux imaginer dans ta tête, je l’ai vécu, même les pires choses »» parle-t-il aujourd’hui de son métier, alors qu’un signal d’alerte retentit dans la caserne.

Moussa Kebe dirige le centre de secours de Gonesse depuis 2022.

Passionné de football, il évolue dans l’équipe des pompiers du Val d’Oise et est en charge de la sélection féminine. Il est également l’un des fondateurs de l’association Espoirs Jeunes à Blanc-Mesnil, la commune où il a grandi après le déménagement de sa famille. Un engagement sur tous les fronts qui tient pour beaucoup au fait qu’il ait été choisi par le département pour porter la flamme olympique le 25 juillet, à la veille de l’ouverture des Jeux.

Lorsque la proposition lui fut faite, il n’hésita pas un instant : « Il faudrait être fou pour dire non, ça n’arrive qu’une fois dans sa vie », il a dit. Il le considère comme « un symbole de reconnaissance » pour tout ce qu’il a pu accomplir, mais surtout comme un encouragement à aller encore plus loin. Avec une fierté non dissimulée de voir son département au centre de l’attention générale : « Tous les projecteurs seront braqués sur le 93il se réjouit. Ce que nous faisons, nous le faisons pour le 93”.

Moussa Kebe a un fort attachement à son département et à son quartier, malgré les conditions de vie précaires qu’il y a vécues. Avec ses fonctions et son parcours, il ne pouvait rester passif face aux émeutes survenues à l’été 2023, suite au décès du jeune Nahel, et tenta de jouer un rôle de médiateur vis-à-vis des jeunes, s’efforçant de rétablir la communication entre eux et les institutions. « Chacun est coincé dans son monde et pense avoir raison »note-t-il.

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Le commandant des pompiers a donc imaginé un projet de réserve pour les jeunes citoyens. Pour les communes, il s’agirait de mettre en place un groupe de 50 à 100 jeunes pouvant intervenir en cas de risque de violences. En échange, ces jeunes se verraient proposer une formation professionnelle. « Dans mon quartier, sur 150 jeunes, il doit y en avoir dix avec qui on ne peut plus rien faire et une quarantaine qui sont entre les deux.il dit. Les autres sont des jeunes tranquilles. » Le projet de réserve citoyenne concerne les jeunes de « l’entre-deux », afin d’éviter de les voir tomber du côté de « l’irrécupérable ».

Toujours dans le même esprit, Moussa Kebe cherche à améliorer la perception des pompiers auprès de la population. Il enrôle ainsi seize jeunes habitant à proximité de la caserne comme pompiers volontaires, également afin d’améliorer la représentation des jeunes des quartiers populaires dans sa profession. Une initiative qui contribue également à réduire les risques de calculs lors des interventions.

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Son implication au sein de l’association Espoirs Jeunes, qu’il a fondée en 2010 avec des amis du secondaire et dont la mission est de favoriser le développement personnel et l’engagement citoyen des jeunes, est un autre aspect de son engagement. L’association intervient dans les domaines de la formation et de l’éducation, de la sensibilisation aux enjeux environnementaux, de la prévention des addictions et du divertissement.

Le trentenaire est devenu une référence et un maillon dans son département. La cérémonie organisée pour sa prise de commandement au centre de secours de Gonesse en 2022 en fut le meilleur exemple. De nombreux riverains étaient présents. « Mes collègues n’avaient jamais assisté à une cérémonie de passation de pouvoir comme la mienne, c’était incroyablese souvient-il avec émotion, dans son bureau décoré de trophées et de médailles sportives. Et quand je suis revenu dans mon quartier, c’était comme le 4 juillet. »

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« Le Monde » décrypte l’actualité et les enjeux des Jeux olympiques et paralympiques de 2024.

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Une façon pour le futur relayeur de célébrer un parcours exceptionnel et de se souvenir d’où il vient, dont les parents, venus du Sénégal, ne savent ni lire ni écrire. « Quand on réussit, il faut regarder derrière soi et ne pas oublier ceux avec qui on était avantil a dit. On ne réussit jamais seul. »

Opération « Terrains de jeux »

Ce sujet a été réalisé dans le cadre du projet « Terrains de Jeux », soutenu par Visa, partenaire mondial des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024.

Jusqu’en novembre 2024, huit jeunes, accompagnés de journalistes de Monde, racontez l’année olympique vue de la Seine-Saint-Denis sous forme d’articles, de vidéos et de podcasts. Ils ont été repérés par l’association Sport dans la ville dans le cadre d’un partenariat avec Visa dont l’objectif est de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes issus des quartiers prioritaires. L’écriture du Monde est responsable du choix des sujets et du contenu éditorial.

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