Nouvelle-Calédonie : le pire des cas

R.Reléguée au second plan de l’actualité en raison de la campagne des élections législatives, la situation en Nouvelle-Calédonie reste extrêmement préoccupante. L’archipel, qui fait l’objet d’un déploiement policier massif depuis le déclenchement des émeutes à la mi-mai, qui a fait neuf morts et causé des dégâts matériels considérables, a connu ces derniers jours une nouvelle flambée de violences.

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Le calme très relatif auquel chacun s’était engagé a été rompu dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 juin après la mise en examen de onze indépendantistes et sept d’entre eux immédiatement transférés en France pour y être incarcérés. Parmi eux, Christian Tein, le leader de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), un collectif informel soupçonné d’avoir organisé le soulèvement et sponsorisé ses violences en réaction au vote à Paris de la réforme du corps électoral que la population indigène kanak a connue. protesta. A l’annonce de ce transfert, les troubles sur l’île reprennent et s’étendent pour la première fois à tout le territoire. Le CCAT, qui dénonce « Tactiques coloniales » de la France, exige désormais « libération et retour immédiat » de ses militants afin qu’ils soient « jugés sur leur terre ».

Retour de la brutalité

Dans le climat d’extrême tension qui règne sur le « Caillou », il était certain que le transfert à 17 000 kilomètres de l’archipel, au risque de violer les règles d’un procès équitable, de ces sept hommes et femmes répartis dans sept établissements pénitentiaires différents, allait déclencher un nouvel épisode de violence. Il faut remonter à la tragédie d’Ouvéa, en 1988, pour retrouver une telle décision : les Kanaks accusés d’avoir pris des gendarmes en otage et tué quatre d’entre eux avaient été incarcérés en métropole avant de bénéficier d’une procédure d’amnistie.

Le procureur à l’origine de la décision prise samedi 22 juin évoque la nécessité de poursuivre les investigations « libre de toute pression ou consultation frauduleuse ». La procédure concerne la lutte contre « crime organisé » et comprend parmi les accusations celle de « complicité de tentative de meurtre » suite à des tirs contre la police.

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Abasourdis de n’avoir été informés du transfert de leur client qu’en toute fin d’audience, alors que l’avion était déjà prêt à décoller, les avocats des personnes détenues se sont indignés en retour de la brutalité et de la disproportion de la décision puisqu’il n’y avait aucun crime terroriste ou de sang. la qualification a été conservée. Ils sont particulièrement indignés par le cas de Brenda Wanabo, responsable de la communication du CCAT, renvoyée à Dijon alors qu’elle est mère de trois enfants dont un en bas âge. Tout, à leurs yeux, accrédite l’existence d’une justice d’exception, d’une justice politique.

Plutôt que de s’expliquer, la chancellerie est restée silencieuse, évoquant un « décision prise par un magistrat totalement indépendant ». Le différend, sur place, est d’autant plus grave qu’il s’inscrit dans une gestion volontairement tendue du dossier calédonien : plutôt que d’encourager les discussions entre Kanak et loyalistes pour tenter de tracer une voie après l’expiration des accords de Nouméa de 1998, Emmanuel Macron a continué à précipiter les démarches, cherchant à conclure des accords impossibles entre les courants les plus extrêmes, ce qui a conduit à une situation d’avant-guerre civile. Marginalisés, les modérés ne peuvent que constater l’ampleur des dégâts. Mercredi 26 juin, le Conseil des chefs coutumiers kanak de Nouvelle-Calédonie a déploré à son tour « une justice à deux vitesses » en désignant les membres de « milices » des loyalistes qui ne sont pas inquiets. Comment, dans un tel climat, ne pas craindre le pire ?

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