on vous explique l’affaire qui a conduit à l’arrestation d’un assistant d’un député européen allemand d’extrême droite

Jian Guo, employé de l’AfD, est soupçonné d’avoir partagé des informations émanant du Parlement européen. Ces accusations, que Pékin rejette, interviennent en pleine campagne pour les élections européennes.

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Des députés européens à Bruxelles, Belgique, le 11 avril 2024. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Le Parlement européen au coeur d’une affaire d’espionnage ? Le parquet fédéral allemand a annoncé mardi 23 avril l’arrestation d’un assistant de Maximilien Krah, L’eurodéputé allemand de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne, extrême droite), en raison de soupçons d’espionnage en faveur de Pékin. Jian Guo est accusé d’avoir transmis des informations sur des opposants chinois en Allemagne et d’avoir partagé des informations sur le Parlement européen avec un service de renseignement chinois. Franceinfo vous explique cette affaire qui se déroule à quelques semaines des élections européennes (9 juin).

Des informations sur le Parlement européen « transmises » à Pékin

Il travaillait pour Maximilian Krah à Bruxelles depuis 2019. Sur le site du Parlement européen, Jian Guo, de nationalité allemande, fait partie de la liste des assistants accrédités de l’eurodéputé, tête de liste AfD aux prochaines élections européennes du 9 juin. a été arrêté lundi à Dresde (Allemagne de l’Est) et son domicile a été perquisitionné. Il aurait « a transmis en janvier 2024 à plusieurs reprises des informations sur les négociations et les décisions du Parlement européen à son client depuis les services de renseignement » Chinois, a expliqué mardi le parquet fédéral.

Jian Guo a été suspendu du Parlement avec effet immédiat, « vu la gravité des révélations », a assuré un porte-parole de l’organisme. Maximilian Krah a indiqué qu’il s’était séparé de Jian Guo. Selon une enquête menée par la télévision publique allemande, il n’est pas un inconnu des services de renseignement allemands à qui il avait proposé, sans succès, ses services d’informateur il y a au moins dix ans. Par ailleurs, les autorités allemandes ont arrêté lundi trois autres ressortissants également accusés d’espionnage pour le compte de la Chine, tandis que deux hommes ont été inculpés à Londres (Royaume-Uni) pour des soupçons similaires.

Nouveau coup dur pour le parti d’extrême droite allemand

Le parti d’extrême droite allemand a cherché mercredi à limiter les dégâts. Le mouvement anti-migrants et anti-euro a décidé de maintenir en poste sa tête de liste pour les élections européennes de juin, Maximilian Krah. Ce dernier a estimé qu’il n’avait pas commis « erreur » et a transféré toute la responsabilité de l’affaire sur son assistant. Cependant, « afin de ne pas nuire à l’image du parti », il ne participera pas au lancement de la campagne européenne de l’AfD prévu ce week-end. Le mouvement est actuellement deuxième dans les sondages relatifs au vote, rappelle le site Politico.

Cette arrestation et ces accusations ont été jugées « très inquiétant »par le parti, qui a annoncé la convocation du député européen pour s’expliquer devant les instances dirigeantes de Berlin. « Comme nous n’avons actuellement aucune information supplémentaire à ce sujet, nous devons attendre la suite de l’enquête menée par le procureur général », a ajouté l’AfD. Ce scandale s’ajoute à celui impliquant certains parlementaires européens, qui auraient accepté de l’argent pour diffuser des positions pro-russes sur un site d’information financé par Moscou, et auquel Maximilian Krah était déjà associé.

La ministre allemande de l’Intérieur, Nancy Faeser, a qualifié l’affaire de« extrêmement grave ». Si c’était confirmé, «ce serait une attaque contre la démocratie européenne», a-t-elle déclaré dans un communiqué. Les députés européens de la coalition de centre-gauche du chancelier Olaf Scholz ont annoncé jeudi un débat au Bundestag sur le sujet. « Menace pour notre démocratie : la Russie, la Chine et le rôle de l’AfD ».

Pékin nie formellement les accusations

Pékin, premier partenaire économique de l’Allemagne, qui a reçu la visite d’Olaf Scholz à la mi-avril, a totalement nié ces accusations. « La théorie de la menace d’un prétendu espionnage chinois n’est pas une nouveauté dans l’opinion publique européenne », a déclaré un porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin. Il a déploré un « calomnie » propre à « détruire l’atmosphère de coopération entre la Chine et l’Europe ».

Or, selon Emmanuel Véron, spécialiste de la Chine contemporaine, interrogé par franceinfo, « cette affaire révèle la dimension abyssale de l’action des services secrets chinois sur le territoire européen, et en particulier dans les démocraties occidentales. » L’objectif de Pékin est de « défaire le lien transatlantique et ramener les démocraties occidentales d’Europe », il expliqua. Selon lui, « Les extrêmes sont plus perméables aux formations politiques déstabilisatrices venant d’en bas en Europe occidentale ».

En France, le RN reste prudent, les partis de gauche réclament des sanctions

Les autres partis siégeant à Bruxelles n’ont pas tardé à réagir. Allié de l’AfD au Parlement, le Rassemblement national a assuré par la voix de son porte-parole, Sébastien Chenu, qu’il ne savait pas « qu’y avait-il dans ce fichier ». Expliquer sur franceinfo que le RN a «un certain nombre de différences avec l’AfD»il a insisté sur le fait qu’il n’avait pas « Pas de problème de s’asseoir avec des gens qui ont des divergences avec nous sur leur politique nationale ».

Les écologistes européens ont exhorté la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, à accélérer l’enquête sur les liens entre certains députés et puissances étrangères. « Les autocraties comme la Chine et la Russie cherchent activement à saper nos démocraties en Europe. Cela doit cesser »a dénoncé le député Terry Reintke dans un communiqué. « Les hommes politiques qui attaquent l’intégrité de nos démocraties doivent rendre des comptes »elle a insisté.

Pour Manon Aubry, coprésidente du groupe de gauche au Parlement européen, cette nouvelle affaire démontre une fois de plus l’urgence des réformes pour que l’institution puisse s’équiper. « pouvoir d’enquête et de sanction ». « Il faudra faire du combat pour l’éthique l’un des combats majeurs de la prochaine mandature (…) pour que, une fois pour toutes, l’éthique prime sur l’argent »a ajouté la tête de liste de La France insoumise en conférence de presse.

De son côté, l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, tête de liste des socialistes français aux élections européennes, a souligné France 2 que « L’extrême droite est un patriote de pacotille au service des tyrannies étrangères ». « Ce n’est pas de la corruption, mais une trahison »a-t-il affirmé.