Pourquoi est-ce important. Malgré les progrès, les personnes LGBT+ restent discriminées au travail

La situation des Français LGBT+(1) au sein de leur entreprise n’a jamais été aussi bonne, se réjouit un baromètre Ifop sur l’inclusion des personnes LGBT+ au travail pour l’association l’Autre Cercle(2) dévoilé ce jeudi.

Six salariés LGBT+ sur dix sont visibles par leurs collègues, soit une hausse « historique » de dix points en six ans, note L’Autre Cercle.

« Presque un non-sujet »

« Le climat de travail autour des sujets liés à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre n’a jamais été aussi progressiste qu’aujourd’hui », selon l’Autre Cercle. En effet, près de 9 salariés sur 10 sont favorables à l’accès aux droits parentaux pour leurs collègues ayant eu un enfant par GPA, et près des trois quarts sont favorables à l’accès aux toilettes pour les personnes transgenres ou non binaires. selon le genre auquel ils s’identifient (74%).

« Il y a eu de vraies évolutions juridiques, la dernière en date avec la PMA pour tous, et les mentalités évoluent avec le temps. Dans certaines entreprises, cela devient presque un non-sujet », souligne Julien Hamy, co-porte-parole de L’Autre Cercle et chef de projet du Baromètre LGBT+.

Les salariés toujours réticents envers leurs managers

«Mais ces résultats doivent être nuancés», explique Julien Hamy. Déjà parce qu’il existe « d’énormes différences » d’une entreprise à l’autre, souligne-t-il. Par exemple, les employés du secteur privé ont tendance à être beaucoup plus progressistes que ceux du secteur public. Selon le baromètre, les salariés de certains secteurs, comme l’agriculture ou l’industrie, sont à l’inverse moins ouverts, notamment concernant l’utilisation des toilettes selon le genre auquel on s’identifie.

« Si 60 % des personnes LGBT+ sont visibles par leurs collègues, seulement 49 % le sont par leurs managers », indique également Julien Hamy. La raison ? « Se rendre visible auprès de votre direction est engageant car ce sont ces personnes qui décideront des augmentations, des congés et de votre évolution professionnelle. Il existe souvent une forme d’autocensure préjudiciable aux personnes LGBT+, qui vont passer à côté d’opportunités ou de droits, comme les congés en cas de mariage ou d’adoption », explique Julien Hamy.

Un tiers des salariés LGBT+ victimes d’agressions au travail

Ces avancées ne doivent pas non plus cacher la persistance des agressions diverses et variées que subissent encore les personnes LGBT+ dans leur milieu professionnel. Selon le baromètre, trois salariés LGBT+ sur 10 déclarent avoir déjà été victimes d’au moins une agression LGBTphobe au travail.

« Les microagressions comme les moqueries et les propos injurieux sont les plus courantes », explique Julien Hamy. Par exemple, 53 % ont déjà entendu des expressions LGBTphobes sur leur lieu de travail, comme « enculé » (45 %) ou « gouine ». 10% des salariés LGBT+ déclarent même avoir déjà subi des actes de violences physiques au sein de leur entreprise en raison de leur identité de genre ou de leur orientation sexuelle.

« Ce sont des chiffres inquiétants. Mais nous sommes aussi dans un contexte de liberté d’expression, les gens ne veulent plus endurer, parler davantage et c’est pour cela que le niveau d’agressivité et de discrimination est resté stable depuis deux ans », explique Julien Hamy. « Toutefois, cela reste anormal d’avoir autant de personnes touchées. »

Les personnes transgenres et non binaires sont encore plus discriminées

Enfin, la situation est plus compliquée pour les salariés transgenres et non binaires que pour les gays, lesbiennes ou bisexuels au travail. Ils subissent en moyenne plus d’agressions, notamment physiques, que les autres personnes LGBT+, et ont plus souvent été confrontés à des inégalités dans l’évolution de leur carrière.

Comment l’expliquer ? « L’orientation sexuelle est invisible. Alors que la transidentité, on ne la laisse pas chez soi. C’est une affirmation de soi qu’on ne peut cacher », explique Julien Hamy. « De plus, les gens ont tendance à en savoir moins sur le sujet, à savoir ce que signifie être transgenre ou non binaire. Il existe beaucoup de fausses croyances. Quand on ne le sait pas, on risque davantage de faire des commentaires offensants. »

Pour le responsable de l’Autre Cercle, qui travaille dans les entreprises, la solution pour réduire ces statistiques est claire : sensibiliser et éduquer sur le lieu de travail. Et cela notamment auprès des managers, du management, des responsables RH, « des gens qui doivent être exemplaires sur ces sujets », insiste Julien Hamy.

(1) Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres.

(2) L’Autre Cercle est une association qui œuvre pour l’inclusion des personnes LGBT+ au travail. Elle rassemble plus de 280 entreprises publiques et privées signataires d’une Charte d’Engagement LGBT+.