Pourquoi tant de petits partis se présentent-ils, écrasés par les trois blocs ?

POLITIQUE – Il n’est pas facile d’exister au milieu de trois machines de guerre. Faire entendre une voix dissonante avec celles du Nouveau Front populaire, du Rassemblement national et du camp présidentiel s’avère épineux dans ces élections législatives : peu de médiatisation, moins de forces militantes, budget restreint, absence de poids lourds…

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Toutefois, comme vous avez pu le constater sur les panneaux d’affichage de votre commune ou en entrant dans le bureau de vote ce dimanche 30 juin, certains « petits » partis politiques, non représentés à l’Assemblée, participent au vote.

C’est le cas de Lutte ouvrière (LO). Ce parti trotskyste, historiquement représenté par Arlette Laguiller, sera présent dans 550 circonscriptions sur 577. Une prouesse quand on sait que les candidats n’ont eu qu’une semaine pour se déclarer à la préfecture. Citons également le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA Révolutionnaires), Debout la France, Equinoxe, le Parti radical de gauche, Reconquête…

Au-delà de la volonté de profiter de la campagne électorale pour faire entendre ses idées et mettre sur la table un certain nombre de propositions, un autre paramètre entre en jeu dans le choix de se présenter aux législatives : l’argent. C’est évidemment le nœud du problème puisque traditionnellement, les versements de l’État représentent un tiers du budget de fonctionnement des partis politiques. Les deux tiers restants reposent sur les dons et les adhésions militantes.

L’argent, le nerf de la guerre

Pour l’année 2024, la coalition de la majorité présidentielle reçoit 19 400 000 euros, le Rassemblement national 10 000 000 euros et La France insoumise 8 000 000 euros. Car lorsqu’un parti politique parvient à élire un des siens, cela lui rapporte au final 37 000 euros par an. Mais même en cas d’échec, les bénéfices pourraient être significatifs. Avec une règle simple : tous les partis politiques qui rassemblent plus de 1% des voix dans au moins 50 circonscriptions sont éligibles au financement de l’Etat. Et ce, quel que soit leur résultat final. Chaque vote rapportera chaque année 1,61 euros au parti lié.

Il y a donc au moins un enjeu financier à participer à ces élections, même si les chances de victoire sont minimes, voire nulles. Avec 0 député, Reconquête a quand même reçu 1 500 000 euros cette année. Et Lutte ouvrière, 370 000 euros. Une somme qui peut paraître importante mais qui, comme l’explique un militant de LO interrogé par franceinfo, est vite dilapidée : « « Ce n’est pas ce qui fait vivre notre parti. Cela couvre à peine les frais engagés. »

Le sujet est aussi crucial au moment de nouer des alliances et nécessite un travail délicat. Car derrière la naissance du Nouveau Front populaire, présenté comme un accord de gouvernement et un programme de près de 200 mesures, il y a d’évidents enjeux financiers. Si le PCF hérite de 50 circonscriptions, c’est avant tout parce qu’en dessous il ne reçoit aucun financement public. Quand LFI « cède » une centaine de circonscriptions au PS, il lui laisse aussi la possibilité de récolter davantage d’argent.

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