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Poursuite civile contre le gouvernement du Québec |  Jean Charest règle ses comptes

Après des années de silence, Jean Charest a réglé ses comptes avec l’Unité permanente anticorruption (UPAC), le gouvernement Legault et la vice-première ministre Geneviève Guilbault dans un témoignage poignant de sa poursuite civile contre l’État québécois. L’ancien premier ministre a également révélé que l’UPAC avait obtenu des autorisations pour le mettre sur écoute.

Mis à jour à 0:36

Poursuite civile contre le gouvernement du Québec |  Jean Charest règle ses comptes

Louis-Samuel Perron
La presse

« C’est humiliant de se lever le matin et de voir qu’on nous présente comme un criminel. Tout le monde le sait, tout le monde le voit. C’est une gêne, c’est une frustration. C’est aussi une humiliation. C’est irréparable », a déclaré Jean Charest, lundi, devant le juge Gregory Moore. Son témoignage est passé inaperçu cette semaine au palais de justice de Montréal. La presse a toutefois obtenu l’enregistrement audio de l’audience de mercredi.

L’ancien premier ministre du Québec et ancien candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada réclame 2 millions de dollars au gouvernement du Québec pour l’atteinte à sa vie privée causée par les fuites de l’enquête Mâchurer de l’UPAC sur le financement du Parti libéral du Québec. Lancé en 2014, Mâchurer a été fermé par l’UPAC l’hiver dernier sans aucune accusation criminelle.

Jean Charest a déclaré lundi avoir subi un « choc » en voyant la couverture du Journal de Montréal, le 24 avril 2017, qui a révélé qu’il était directement visé par l’enquête criminelle de l’UPAC. Ce rapport, qui est au cœur du procès civil, découle du « flow », la divulgation du dossier d’enquête criminelle aux médias de Québecor, estime le camp Charest.

Charest tourmenté

Aujourd’hui encore, Jean Charest dit ne pas savoir s’il a été mis sur écoute par l’UPAC. « Je peux vous dire qu’ils ont envoyé un avis indiquant qu’ils avaient obtenu des autorisations pour le faire. Ce qui, encore une fois, est un choc. Il est difficile de voir les circonstances qui auraient pu justifier une atteinte aussi importante à ma vie privée. Difficile de comprendre pourquoi », s’est-il indigné.

Depuis, Jean Charest vit un « supplice de la goutte d’eau », puisqu’il ne sait pas ce que les médias ont reçu et quand d’autres informations pourraient être publiées.

Tout cela pèse très lourd dans ma vie. J’ai mon travail, j’ai ma réputation. Il pend au-dessus de ma tête comme une épée de Damoclès.

Jean Charest, ancien premier ministre du Québec, lors de son procès civil contre l’État québécois

La « fuite » s’est poursuivie après 2017, a déploré Jean Charest, avec la parution du livre PLQ inc. : Comment la police s’est heurtée au parti de Jean Charest par des journalistes de Québecor. « Un tas de ragots, des rumeurs d’affirmations. Rien n’est vérifié », a résumé l’ancien chef libéral.

La vice-première ministre Geneviève Guilbault a brandi le livre PLQ inc. en plein Assemblée nationale à l’automne 2021. Un geste qui a « profondément choqué » Jean Charest. Il accuse le gouvernement Legault d’avoir ainsi « entériné[é] coulée par l’UPAC ».

« Cela m’a profondément choqué. Le gouvernement s’approprie la fuite pour dire : c’est ma fuite, en gros. C’est tellement méprisant des institutions, de la vie privée de quelqu’un, de la justice, de l’Assemblée nationale. Je n’ai jamais rien vu de tel. Je n’ai jamais été témoin d’un acte aussi odieux envers quelqu’un. Et délibéré », a-t-il protesté.

Pas d’excuses du gouvernement

Avant de déposer sa poursuite en 2020, Jean Charest avait demandé des excuses au gouvernement. Cependant, il n’a reçu aucune réponse. « C’était le mépris ultime. Du coup, on ne répond même pas », a-t-il déploré. C’est donc « à contrecœur » qu’il a entamé les poursuites judiciaires.

L’homme politique expérimenté a également dénoncé la « longue histoire de fuites systématiques » à l’UPAC. L’organisation policière est également décrite comme une véritable « passoire » dans une enquête administrative de l’UPAC déposée en preuve, souligne Jean Charest.

Poursuite civile contre le gouvernement du Québec |  Jean Charest règle ses comptes

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Jean Charest et son épouse, Michèle Dionne, au palais de justice de Montréal

« C’est triste de lire ce document. Honnêtement désolé. Nous apprenons que l’enquête dont j’ai fait l’objet était un buffet dont se servaient volontiers tous ceux qui voulaient y avoir accès. Il n’y avait aucun contrôle. Tout cela me fait grincer des dents. Ça m’a renversé, mais malheureusement ça ne m’a pas surpris », a-t-il témoigné.

Jean Charest a également plaisanté sur les « enquêtes sur l’enquête de l’enquête », qu’il compare à un « schéma de Ponzi ». A chaque enquête, son nom revient dans la sphère publique, a-t-il déploré. Le Bureau des enquêtes indépendantes mène depuis quatre ans une enquête sur les fuites à l’UPAC (Projet Serment) et sur l’enquête initialement initiée en interne pour faire la lumière sur celles-ci (Projet A).

Des institutions « méprisées »

Pourquoi demande-t-il à l’État 2 millions de dollars ? Lorsque son avocat lui a posé cette question, Jean Charest s’est lancé dans un plaidoyer émouvant.

« Toutes ces institutions sont totalement bafouées. C’est comme si on instituait une justice parallèle, au mépris des tribunaux, des juges, de tout le monde. Et là, on règle nos comptes. Un tribunal populaire où nous réglons nos comptes. Franchement c’est horrible ! Je suis attiré dedans. Fuite, ça continue, ça continue, ça continue à l’Assemblée [nationale]. Dommages-intérêts punitifs? Le procureur général et l’État doivent comprendre qu’il y a une fin à cela. C’est inacceptable. Personne ne s’est levé pour dire : ‘Ça suffit ! Assez ! » », a affirmé Jean Charest.

« L’État doit assumer ses responsabilités », a-t-il conclu.

En contre-interrogatoire, Jean Charest a indiqué que Marc Bibeau était un « bon ami » qui s’occupait à l’époque du financement au sein du Parti libéral en tant que « bénévole ». Il a également déclaré n’avoir appris qu’il faisait l’objet d’une enquête que lorsque l’article a été publié en 2017.

Mercredi, l’avocat du PGQ, Me Michel Déom, a plaidé que les révélations du média Quebecor en avril 2017 étaient « somme toute anodines[es] dans le cadre de l’enquête pénale. De plus, la personne qui a fourni les informations confidentielles à QMI Média « a probablement commis un acte criminel », a plaidé l’avocat du PGQ.

« Il y a une limite à ce qu’on peut reprocher à l’Etat en matière de publication », a décidé Me Deom.

Le juge a pris l’affaire en délibéré.


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