Prêts immobiliers, épargne, investissement… Ce que peut changer la légère baisse des taux directeurs de la Banque centrale européenne

Un premier assouplissement après deux années de resserrement de la politique monétaire dans la zone euro. La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé jeudi 6 juin une baisse de ses taux directeurs. qui détermine à quel prix les banques commerciales peuvent se refinancer auprès de la BCE, passera de 4% à 3,75% à partir du 12 juin. Quels impacts concrets cette baisse aura-t-elle sur le quotidien des ménages et des entreprises ? Éléments de réponse.

Les taux des crédits immobiliers en (très légère) baisse

« Une baisse des taux directeurs réduit le ‘coût de l’argent' », résume pour franceinfo Stéphanie Villers, économiste spécialiste de la zone euro chez PwC France. Les banques commerciales pourront ainsi accorder des crédits plus facilement et à des conditions plus avantageuses. Avec la baisse des taux, ils pourront se refinancer plus facilement auprès de la BCE, comme c’était le cas avant que l’institution n’entame un resserrement sans précédent de sa politique monétaire en juillet 2022 (dix hausses de taux successives) pour contrer une inflation galopante.

Cette baisse des taux pourrait donc permettre une augmentation de l’octroi de prêts immobiliers, avec des taux plus bas. « Le taux immobilier va continuer de baisser »comme c’est déjà le cas ces derniers mois, anticipe Stéphanie Villers, qui rappelle que« on était monté très haut » : le taux moyen d’un prêt immobilier neuf avait atteint 4,17% (hors assurance) en janvier 2024, le taux le plus élevé depuis près de dix ans, selon la Banque de France. Depuis ce sommet, il a déjà commencé à redescendre, selon les chiffres de l’institution, et  » oh« On peut s’attendre à une baisse du taux immobilier de 1 point de pourcentage par rapport au point haut d’ici la fin de l’année, si le marché est rassuré. »estime l’économiste.

Mais cette baisse des taux d’intérêt devrait être limitée, car « Les banques sont généralement plus enclines à répercuter sur leurs consommateurs une hausse du coût de l’argent qu’une baisse », analyse Jezabel Couppey-Soubeyran, économiste et maître de conférences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle souligne qu’il n’y a pas nécessairement de lien automatique entre les taux directeurs de la BCE et les taux d’intérêt auxquels les banques prêtent : « La liquidité de la banque centrale ne sert qu’aux échanges entre elle et les banques, ou entre les banques ».

« C’est en accordant du crédit à d’autres agents économiques que les banques commerciales créent de la monnaie et décident du taux d’intérêt qu’elles appliquent. »

Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste

sur franceinfo

La baisse des taux directeurs de la BCE pourrait donc ne pas avoir d’effet marqué sur la reprise de la demande de crédit, et sur le marché immobilier au sens large. « Je pense plutôt que les Français attendent une baisse des prix (immobilier), et je crains que cette baisse des prix n’arrive pas vraiment »estimait en mai sur franceinfo Daniel Baal, président de l’alliance fédérale du Crédit Mutuel.

Comptes d’épargne à taux stables (pour l’instant)

La baisse des taux directeurs de la BCE pourrait également rendre les comptes d’épargne moins rentable. Le taux d’intérêt du Livret A est par exemple déterminé par plusieurs variables économiques qui suivent en partie les taux de l’institution basée à Francfort (Allemagne), comme l’évolution de l’inflation et le taux auquel les banques prêtent entre elles, explique le ministère de l’Éducation. l’économie. Mais il est fixé par l’Etat en dernière instance, et « Bruno Le Maire a promis qu’il resterait à 3 % jusqu’en janvier 2025 »se souvient Stéphanie Villers.

La baisse des taux directeurs n’aura donc aucun impact à court terme sur le placement préféré des Français, ni sur le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), qui rémunère l’épargne au même taux de 3 %. Mais ces taux pourraient donc baisser en 2025, si l’on s’en tient à la formule de calcul.

De meilleures perspectives pour les investissements des entreprises

Grâce à une plus grande marge de manœuvre des banques, les entreprises pourront également emprunter plus facilement et à de meilleures conditions, se refinancer ou investir. « Cette baisse de taux est un très bon signal pour les entreprises, qui étaient dans une période d’attentisme » analyse Stéphanie Villers.

« Ils ont souffert d’une faible consommation l’année dernière et, depuis le début de l’année, on voit que les ménages dépensent davantagerappelle l’expert. Donc, si les taux devraient également baisser, c’est une bonne nouvelle pour l’investissement.» Une bonne nouvelle dont l’effet pourrait être largement psychologique.

« Les banques centrales sont très attentives aux attentes des autres acteurs économiques et tentent de les influencer. »

Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste

sur franceinfo

« Même si la baisse annoncée des taux directeurs est faible, si on anticipe qu’ils continueront de baisser, on peut penser que les acteurs économiques pourront emprunter davantage, acheter, et que l’économie sera plus dynamique.détaille Jézabel Couppey-Soubeyran. jeIl sera donc plus facile de rentabiliser dès maintenant les investissements pour répondre à la demande future.« 

Des placements risqués (très légèrement) plus rentables

En revanche, pour les investisseurs, une baisse des taux directeurs favorise généralement une hausse des prix des actifs, de l’immobilier aux actions. « Lorsque le prix de l’argent baisse, on peut s’endetter davantage pour investir dans l’économie réelle, mais aussi pour acheter des titres aux perspectives plus ou moins spéculatives.explique Jézabel Couppey-Soubeyran. Et plus la demande de titres est forte, plus leur prix augmente.»

Mais là aussi, « les marchés anticipent déjà largement une baisse des taux de la BCE dans leurs décisions de prixestime Stéphanie Villers. La confirmation du consensus ne changera pas fondamentalement les choses. »

Effets suspendus aux autres décisions

« Cette réduction, à elle seule, n’aura pas d’effet majeur pour les entreprises ou les ménages », estime Stéphanie Villers. Déjà, parce que son ampleur est très limitée. « L’assouplissement sera extrêmement progressif, il ne s’élève qu’à 0,25 point. Et s’il continue, ce sera pour le long terme. » Une analyse confirmée par la BCE, qui insiste dans son communiqué sur le fait qu’elle « ne s’engage pas par avance sur une trajectoire tarifaire particulière » et qu’elle « maintiendra une approche basée sur les données, réunion par réunion, pour déterminer de manière appropriée le degré et la durée de ces directives restrictives ».

Cette progressivité doit notamment éviter un redémarrage de l’inflation qui, à 2,2% sur un an en mai, est toujours au-dessus de l’objectif de 2% visé par la BCE. Or, une baisse des taux d’intérêt risque de favoriser la croissance, mais aussi une hausse des prix, par exemple en facilitant les prêts et donc les achats ou les investissements. « La BCE est prudente »insiste Stéphanie Villers.

« La BCE explique qu’étant donné la stabilisation de l’inflation, il est moins nécessaire de maintenir des taux élevés. Mais il n’y a aucune raison non plus de les baisser fortement.»

Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste

sur franceinfo

Par ailleurs, les marchés ne se contentent pas d’examiner attentivement les annonces de la BCE. « L’autre référence mondiale, c’est la Fed, la Banque centrale américaine » se souvient Stéphanie Villers.

« Pour que les marchés financiers intègrent l’idée que nous entrons dans une période d’assouplissement monétaire, il faudra attendre la décision de la Fed. »

Stéphanie Villers, économiste

sur franceinfo

« La Fed a indiqué qu’elle n’envisageait pas de baisser les taux avant l’automne », rappelle le spécialiste. Pour que le contexte mondial soit officiellement plus favorable à l’activité, avec des conséquences plus visibles sur les crédits, les investissements ou les placements, il faudra donc attendre au moins quelques mois.