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quel avenir pour les territoires occupés par la Russie ?


Trois mois après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, Moscou contrôle désormais un couloir du Donbass à la ville de Kherson et à la Crimée, après la chute le 20 mai de la ville portuaire de Marioupol. Des territoires qui seraient au cœur des négociations entre Kiev et Moscou si elles devaient reprendre, avec plusieurs scénarios possibles : un rattachement complet à la Russie, la reconnaissance d’une zone autonome ou la reconquête par l’Ukraine.

Serait-ce le signe d’un futur attachement à l’occupant ? Alors que la guerre en Ukraine entrait dans son quatrième mois, les nouvelles autorités pro-russes de la région ukrainienne de Kherson ont annoncé lundi 23 mai que la monnaie russe, le rouble, deviendrait la monnaie officielle de cette partie du sud de l’Ukraine. Ukraine, parallèle à la hryvnia ukrainienne.

« La région devient une zone à double monnaie : le rouble circulera de la même manière que la hryvnia. Les entreprises et les entrepreneurs pourront afficher les prix dans les deux devises », a annoncé l’administration civile et militaire pro-russe de cette région. dans une déclaration sur son compte Telegram.

Après avoir annoncé vendredi 20 mai avoir pris le contrôle total de la ville portuaire de Marioupol, la Russie a pratiquement réussi à affirmer son autorité sur un corridor allant du Donbass à la ville de Kherson. Malgré cela, « les forces russes n’ont fait que des gains minimes dans l’est de l’Ukraine » ces derniers jours, s’est qualifié lundi l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW).

Une carte affichant la position des forces militaires en Ukraine, basée sur les données du mardi 24 mai 2022


Si les négociations sont au point mort entre Kiev et Moscou depuis fin avril, ces territoires conquis par la Russie pourraient être au centre de leur éventuelle reconquête.

« Nous avons au moins trois sorties de crise possibles, à l’égard de ces territoires », explique à France 24 Cyrille Bret, spécialiste des relations internationales à l’Institut Jacques-Delors. « Le premier serait le scénario de type Crimée avec rattachement unilatéral de la Russie ; puis un scénario sur le modèle de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, où la région proclamerait son indépendance et la Russie la reconnaîtrait ; ou la reconquête de ces zones par Kiev.  »

Annexion, comme la Crimée en 2014

Depuis la prise de la région de Kherson, la première grande conquête russe le 3 mars, les responsables locaux et russes ont évoqué la possibilité que toute la région soit finalement rattachée à la Russie. Un scénario que l’adoption du rouble dans cette région pourrait confirmer : fin avril, un responsable local avait déjà affirmé que le rouble et la hryvnia pourraient circuler pendant une période de transition, avant un passage complet à la monnaie russe. Cette possibilité n’a pas été évoquée lundi par l’administration régionale pro-russe.

« Les autorités pro-russes semblent avoir fait exactement la même chose dans le Donbass [qu’elles contrôlent en partie depuis 2014, NDLR]», explique Michael Bociurkiw, chercheur en relations internationales pour le think tank Atlantic Council. Même s’il est difficile de connaître réellement la situation sur le terrain, « les forces pro-russes semblent tout mettre en œuvre pour éradiquer tout signe d’appartenance à l’Ukraine ». . Et cela inclut la monnaie, les statues, les drapeaux ou encore le programme scolaire : une fois que cela est modifié, il est très difficile de revenir en arrière », poursuit l’expert.

Des travailleurs locaux remplacent les panneaux routiers ukrainiens par des panneaux strictement russes, le 5 mai 2022, aux abords de la ville portuaire de Marioupol, sur une photo prise par les autorités pro-russes. © Ministère des transports de la République populaire de Donetsk, AFP

Une annexion totale – comme l’a fait la Russie avec la Crimée en 2014 – pourrait s’avérer un pari risqué à l’échelle internationale : elle « serait suivie de nouvelles sanctions contre Moscou, et Kiev ne reconnaîtrait pas cette extension russe vers le monde. « Ouest, bien sûr », selon Cyrille Bret.

« Je ne suis pas sûr que la Russie veuille vraiment annexer les territoires conquis », nuance Michael Bociurkiw. « Tout d’abord, il y a eu d’énormes dégâts infligés aux infrastructures et aux industries. Ensuite, dans les 70 % du territoire du Donbass qui ont échappé au contrôle des séparatistes pro-russes avant cette guerre, les citoyens sont de plus en plus pro-ukrainiens : il y aura une résistance très violente aux Russes ».

Indépendance reconnue par Moscou

Les territoires actuellement occupés pourraient également déclarer leur indépendance unilatérale, la Russie reconnaissant immédiatement celle-ci. Cette option, à l’image de ce qui s’est passé pour l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, est le scénario le plus plausible selon les spécialistes interrogés par France 24.

Suite à la guerre russo-géorgienne de 2008, la Russie a reconnu l’indépendance de ces deux régions séparatistes de Géorgie et y a installé des bases militaires. Cependant, les autorités ossètes semblent vouloir franchir une nouvelle étape : le 13 mai, elles ont annoncé l’organisation d’un référendum sur l’intégration de ces territoires à la Russie.

Pour Moscou, « l’option ossète serait un moyen de maintenir l’Ukraine en position de faiblesse en démantelant une partie de son territoire », abonde Cyrille Bret. Mais là encore, selon l’expert, la Russie ferait cavalier seul sur le plan international : l’Union européenne, notamment, « ne peut accepter la création d’un Etat par les armes : c’est même contraire à ses principes ».

« En février, peu avant la guerre, la Russie avait déjà officiellement reconnu l’autorité des séparatistes sur le Donbass : elle fera probablement de même pour les autres territoires conquis », estime Andrew Wilson.

Si cette hypothèse reste plausible, « elle n’est pas gagnée d’avance : l’Ukraine a déjà annoncé qu’elle n’accepterait aucune concession de territoire », ajoute-t-il.

victoire et reconquête de Kiev

Une intégrité territoriale chère à kyiv, dont « les capacités militaires ukrainiennes ne doivent pas être sous-estimées », note Cyrille Bret, qui évoque un troisième scénario : « La reconquête de ces territoires par kyiv est possible ».

« Mais pour cela, l’Ukraine devrait adopter une position offensive, alors qu’elle est encore sur la défensive », nuance Andrew Wilson. « La situation sur le terrain est très instable et pourrait changer à tout moment. » D’autant que « militairement, les Ukrainiens vont de mieux en mieux, avec de plus en plus d’équipements occidentaux, dont des drones », ajoute Michael Bociurkiw.

La Russie et l’Ukraine auraient pu s’entendre plus tôt sur « un statut spécial pour le Donbass, mais il est trop tard pour cela », selon Cyrille Bret. « Après ce qui s’est passé à Boutcha notamment, l’Ukraine n’est pas prête à transiger avec une nation qu’elle accuse de pratiquer le ‘génocide’ ou des crimes de guerre », insiste-t-il.


quel avenir pour les territoires occupés par la Russie ?
Un soldat russe entre dans la base du régiment ukrainien Azov à Yuriivka, près de Marioupol, dans une zone désormais sous contrôle des forces pro-russes, le 18 mai 2022. ©AP

« Tout ou rien » : les positions se radicalisent

Les « capitales occidentales – Paris, Berlin et Rome en tête – vont sûrement augmenter la pression dans les prochains jours pour que les Ukrainiens reprennent les négociations avec les Russes », explique Michael Bociurkiw. « Mais l’Ukraine n’accepterait pas de céder un territoire à la Russie ou un statut neutre spécial, surtout lorsque les Russes sont connus pour violer les accords passés. »

Selon Andrew Wilson, « il n’y aurait de discussion sur le Donbass que si Kiev obtenait suffisamment de garanties sur sa sécurité et se sentait protégée ». : il veut reprendre tous les territoires occupés. »

« Aucune sortie diplomatique n’est possible pour le moment, c’est tout ou rien », résume Michael Bociurkiw. Et Cyrille Bret de compléter : « Les négociations sont indispensables et elles devront avoir lieu bientôt, mais pour l’instant aucune des parties n’y est prête. Les guerres tendent à radicaliser les positions de chacun. »



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